‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 14 sur 168 · DE CEUX QUI NE SONT PAS APPELÉS · texte numérisé non relu

DE CEUX QUI NE SONT PAS APPELÉS

ne soit pas pénible ; et si l'on rencontrait tout à coup un moyen pour parvenir aux dignités séculières, ou un bel héritage, la vocation s'évanouirait, et l'on avouerait qu'il n'y en avait aucune.

IIe Point. — Si quis spiritum Christi non habet, hic non est ejus (1). Dieu prépare et forme lui-même par son esprit à remplir convenablement son emploi celui qu'il a choisi pour certaines fonctions; on le voit par l'exemple de Moïse et de plusieurs autres; de là l'apôtre conclut ainsi : Sufficientia nostra ex Deo est qui nos idoneos fecit ministros Novi Testamenti, non littera sed spiritu. C'est cet esprit que le Père a donné à son Fils dans sa plénitude, aux autres selon la mesure du don de Jésus-Christ ; car le Fils le donne de la part de son Père, selon la vocation et le besoin de chacun. Ainsi celui-là n'est point appelé au saint ministère qui n'a pas l'esprit propre de sa vocation, lequel se manifeste par ses opérations. Le désir ardent de plaire et de servir Dieu se manifeste, le désir ardent et continuel d'avancer dans la vertu se manifeste, le ferme et inébranlable propos de persévérer se manifeste.

1° Le premier fruit du Saint-Esprit qui est donné avec la vocation consiste à nous attirer à Jésus-Christ, à nous unir à lui, à ne faire qu'un esprit avec lui. On n'a pas d'autre désir que de lui plaire, de le servir ; la seule chose qui fasse plaisir, c'est d'être avec lui, parce qu'on le craint et qu'on l'aime ; on est toujours prêt à lui obéir au moindre signe de sa volonté ; on examine son désir, on le prévient : on ne rejette point son ordre sur les autres , mais on le reçoit avec une pieuse émulation et on l'accomplit avec joie. Personne n'oserait offenser Dieu en présence d'un tel homme ; il aime ceux qu'aime le Seigneur, il aime l'Eglise son épouse, il a du zèle pour les âmes, car il vit en Jésus-Christ et dit avec lui à Dieu son Père : Le zèle de

(1) Rom. 8.

votre maison me dévore ; je ne cherche point ma gloire ; il faut que je m'applique à ce qui regarde le service de mon Père.

Si, lorsqu'on récite l'office, l'esprit se refroidit, et que le prêtre ou le clerc ne dise pas : Seigneur, que voulezvous que je fasse? parlez, car votre serviteur vous écoute ; me voici, Jésus, envoyez-moi, celui-là n'est pas appelé à l'apostolat, car il n'a pas l'esprit de Jésus-Christ.

2° Cet esprit est saint, comme dit le sage ; il aime ce qui est bien, il a toute espèce de vertu et de sainteté, ii allume dans l'âme le désir de toute espèce de biens et ii l'embrase ; il est subtil, délié, rien ne peut l'arrêter; il ne refuse aucun travail ; il peut tout, et en demeurant en luimême il renouvelle tout; il ne craint aucune difficulté : ii arrive à tout à cause de sa pureté ; il recherche la société de Dieu ; il choisit pour ses amis ses prophètes, ses apôtres ; c'est lui qui se reposa sur le Fils de Dieu qui donnait de jour en jour de nouvelles marques de vertu et de grâce ; il croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

Celui donc qui ne croit pas en vertu, qui n'a aucun goût pour son avancement, qui ne se sent point de courage, celui-là n'est point appelé au ministère, parce qu'il n'a pas l'esprit de Dieu.

3° Le môme esprit, comme dit le sage, quoique plus mobile que toutes les choses les plus agissantes, est cependant infaillible, st ble, sûr; si on le compare à la lumière, il l'emportera, car la nuit succède au jour, mais la malignité ne peut prévaloir contre la sagesse. Aussi le Sauveur exclut du royaume des cieux les hommes inconstants, incertains, et qui n'ont rien de fixe. Celui qui met la main à la charrue et qui regarde en arrière n'est pas propre au royaume des cieux (I).

Ne dites donc pas qu'ils sont appelés, ceux qui boitent

(î) Luc 9.

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