CINQUIÈME MÉDITATION
Marques d'une vocation divine.
Spiritus ubivult spirat et vocem ejus audis (1). Ce serait en vain que Dieu appellerait quelqu'un, s'il ne manifestait sa volonté par des signes certains. Qui pourra savoir le dessein du Seigneur ou connaître votre sentiment, ô mon
(1) Jean 3.
Dieu, si vous ne lui donnez la sagesse et si vous ne lui envoyez d'en haut votre esprit, et qu'ainsi les hommes connaissent ce qui vous plaît? Or, Dieu nous parle de plusieurs manières et en diverses occasions qui font connaître la vocation divine ; il y a des signes qui la distinguent, d'autres qui la confirment.
Ier Point. — L'esprit souffle où il veut, et vous entendez sa voix, non pas tant par l'oreille du corps que par celle du cœur, afin que vous compreniez ce que vous entendez; car l'esprit de Dieu a rempli l'univers ; comme il contient tout, il sait tout ce qui se dit (i). Ainsi, ceux que Dieu choisit pour le saint ministère, il les appelle par de saintes aspirations, par de saintes exhortations, ou même par diverses tribulations.
1° Dieu parle intérieurement à tous les hommes ; sans cette voix intérieure, celle qui est extérieure ne sert de rien. On entend cette voix et on la goûte dans le sens intime, par un certain instinct de la grâce divine , qui , comme dit saint Thomas, est accordée à chacun selon ce à quoi Dieu le destine, et par une impulsion du Saint- Esprit, qui, en éclairant l'entendement, incline la volonté et la fait pencher en l'attirant à celui qui l'appelle. Or, ce signe de la vocation divine est un pieux mouvement de l'âme, une affection constante à un genre de vie et une ferme propension à ce qui en dépend.
Mais on doit prendre garde que, par la dissipation de l'esprit, cette voix intérieure ne vienne à se taire, ou qu'elle ne soit étouffée par le commerce des hommes et le bruit des affaires du siècle. Comme l'a dit quelqu'un, la voix de Dieu ne se fait pas entendre dans les carrefours, ni au dehors, et l'homme animal ne comprend pas ce qui vient de l'esprit (2). Comment celui qui est tout répandu dans les choses extérieures peut-il entendre celui qui parle intérieurement?
(1) Sag. 1. — (2) ICor. 2:
MARQltS DE VOCATION. 43
2° Quelquefois Dieu unil la voix extérieure à l'intérieure pour répandre dans l'âme l'une par l'autre. C'est ainsi qu'il appela Abraham et Moïse par ses anges, et ses apôtres par son Fils, d'une manière sensible. C'est encore ainsi qu'il en a appelé plusieurs en se servant du ministère des hommes, tels qu'Elisée par Elie, Nicolas et Ambroise par la bouche des enfants à la mamelle ; souvent il en a appelé par la voix de l'évêque, quoiqu'ils résistassent. Enfin, c'est ainsi qu'il en attire encore maintenant par la prédication, par les bonnes lectures et par des exhortations saintes, tandis qu'ils sont plongés au milieu des flots du siècle et qu'ils marchent dans la voie large. Il en convertit d'autres par l'exemple de leurs semblables, en leur montrant la vanité du siècle, la fragilité de cette vie, la durée interminable de la récompense et du châtiment ; alors ils se montrent prêts à obéir et à servir.
Xe négligez pas ces marques si frappantes, mais écoutez ce que le Seigneur dit au dedans de vous, parce qu'il parlera un langage de paix à son peuple, à ses saints et à ceux qui rentrent en eux-mêmes.
3° Si vous refusez de l'écouter, il parlera dans sa colère, et, vous forçant de revenir à lui par beaucoup de tribulations, il vous donnera le troisième signe qu'il ordonna à Moïse de donner aux Israélites. S'ils ne se rendent pas à ces deux signes, dit-il, et qu'ils n'écoutent pas votre voix, prenez de l'eau du fleuve et répandez-la sur la terre; tout ce que vous puiserez se changera en sang (1). Les fleuves sur lesquels vous voyagez vous paraissent agréables, mais le Seigneur lient dans sa main une coupe pleine d'amertume ; vous y boirez jusqu'à ce que vous fassiez à Dieu votre sacrifice dans la solitude. Combien cette riche maison donnait une belle espérance à ce jeune homme' Tout à coup elle a été perdue par une ruine totale ; c'est
! Exod. 4.
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ainsi qu'il a ramené ce jeune homme hautain à de meilleurs sentiments. Combien cet autre se promettait une vie pleine de délices , lorsqu'une grave maladie vint éprouver celte santé florissante qu'il n'a pu recouvrer que par un vœu ! Quoique ces accidents ne soient pas toujours une preuve bien forte de vocation, cependant ils lèvent les empêchements et deviennent des signes de la volonté de Dieu en ce sens qu'ils sont les châtiments d'une vocation négligée.
Mais vous, ne la négligez pas, ne la méprisez pas, car le Seigueur est grand et terrible dans ses desseins sur les enfants des hommes.
IIe Point. — Nolite omni spirituicredere, sed probate spiritus si ex Deo sint (I). Souvent l'esprit est entraîné dans des partis contraires par des affections opposées, car les esprits qui le poussent sont différents: c'est le bon esprit et l'esprit mauvais. Il faut les distinguer à certains signes, afin de savoir quelle est l'inspiration ou l'impulsion que nous devons suivre pour trouver la vocation divine. Car toute impulsion intérieure n'est pas un signe de vocation, mais il y en a une qui est le signe delà nature, une qui est la voix et le signe de Satan : Probate spiritus.
1° Saint Jean ajoute : In hoc cognoscitur spiritus Dei : omnis spiritus qui confxtetur Jesum Ckristum in carne venisse, ex Deo est ; et omnis spiritus gui solvit Jesum, ex Deo non est. Ainsi, ce mouvement est un signe de la grâce de Dieu qui vous appelle, quand il est fondé sur les principes de la foi, qu'il est tiré des motifs de la foi, qu'il est dirigé selon les règles de la foi, et qu'il tend à la consommation de la foi. Or, la foi nous enseigne qu'il n'y a qu'un seul principe de toutes choses, qu'une fin dernière, la gloire de Dieu, le salut de l'âme ; qu'il faut d'abord chercher le royaume de Dieu et sa justice; qu'il y a après
(1) I Jean 4.