CE QUI DÉTOURNE DE LA VOCATION
à la piété d'avoir soin d'un père vieux, d'être reconnaissant envers lui, et Jésus-Christ ne désapprouve pas cela; mais il condamne celui qui abandonne sa vocation par amour pour ses parents ou par crainte d3 leur déplaire. Car, de même qu'il y a des parents qui poussent leurs enfants au saint ministère, il y en a d'autres qui les en retirent avec violence. Us imposent des chaînes à leurs entants, mais l'amour de Dieu et la crainte de l'enfer les brisent facilement. N'attendez pas la mort de votre père ou de votre mère; si vous entendez la voix de Dieu et qu'ils ne veuillent pas l'entendre, surmontez l'amour des parents par l'amour de Dieu. Laissez les morts ensevelir les morts, et annoncez le royaume de Dieu.
1° 11 n'y a qu'un Père de tous et qui est au-dessus de tous, qui vous a fait, qui vous a créé, dans les mains duquel est notre sort, et non dans celles des parents, qui, sans le secours de Dieu, ne peuvent ni nous donner la vie, ni nous la conserver. Il est permis de leur déplaire, si cela est nécessaire pour plaire à celui auquel nous devons plaire avant tout. Car il n'y a personne qui soit plus notre père que celui qui nous a aimés d'une charité perpétuelle et qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous. Et comment avec lui ne nous a-t-il pas tout donné (1), lui qui, tout indignes et pécheurs que nous étions, nous a pris dès le sein da notre mère, et nous a régénérés pour l'héritage impérissable du ciel? Ni le frère, ni le père, ni la mère .ne peuvent racheter, mais l'homme. Fils de Dieu, nous a rachetés, et c'est lui qui, pour sa dignité, pour sa charité, pour ses mérites et ses promesses, nous demande un amour au-dessus de tout autre amour : Qui amat patrem aut matrem plus quam me, non est me dignus; qui vero reliquerit patrem aut matrem propter nomen meum centvplum accipiet et vitam œternam possidebit. Si vous aimez vos parents, vous faites bien, mais craignez
(1) Rom. 8.
Dieu encore davantage: vous vaincrez ainsi l'amour par l'amour et la crainte par la crainte.
2° Comme nous sommes obligés d'aimer Dieu sur toute chose, nous sommes aussi obligés de le craindre par-dessus tout; c'est Jésus-Christ qui nous l'enseigne. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer Pâme, mais craignez plutôt celui qui peut perdre le corps et l'âme dans l'enfer ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ; je suis venu séparer l'homme de son père, de sa mère, et la fille de sa mère. Celui qui veut venir après moi, et qui ne hait pas son père et sa mère, ne peut être mon disciple. C'est-à-dire que nous devons être opposés lorsque notre père ou notre mère sont euxmêmes opposés et qu'ils veulent pousser leur fils à sa perte. « Pour montrer qu'ils sont les parents des corps, « dit saint Chrysostôme, et non des âmes, ils aiment les « corps de leurs enfants, mais ils méprisent leurs âmes ; « ils désirent qu'ils soient en bonne santé et qu'ils réus- « sissent dans le siècle, mais ils ne se mettent pas en « peine de ce qu'ils souffriront dans l'enfer. »
D'où le même saint tire cette conclusion : Quand même votre mère, les cheveux épars, les vêtements déchirés et vous montrant les mamelles qui yous ont nourri, quand même votre père se jetteraient en travers de la porte, allez, foulez aux pieds votre père, et volez à l'étendard de la croix les yeux secs. Si les menaces vous effraient, que les promesses de Dieu vous excitent-, que l'exemple des enfants de Zébédée vous soutienne : ils laissent leur père déjà vieux et suivent Jésus-Christ au royaume des cieux.
IIIe Point. — Et ait alter : SeqXtar te, Domine, sed permette milii primum renuntiare his quœ domi sunt. Ait ad Ulum Jésus : Nemo mittens manum ad aratrum et respiciens rétro, aptus est regno Dei. Ce récit désigne ceux que le travail présent effraie et que l'amour du repos retient: qui, étant appelés, ne refusent pas de venir, mais qui veulent différer et jouir du siècle, et ensuite, disent-ils, ils