‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 38 sur 168 · IL FAUT AU PRÊTRE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

IL FAUT AU PRÊTRE LA SCIENCE

prévenances, a établi des séminaires dans divers lieux et a pourvu à l'entretien de ses ministres, afin que, n'ayant pas à s'occuper du vêtement et de la nourriture, ils puissent facilement s'appliquer aux sciences et à leurs fonctions, mais non pas afin de leur donner le moyen de flatter leur penchant et de vivre dans l'oisiveté. Que celui qui ne veut pas travaille)' ne mange pas (I).

Il a été dit à tous les enfants d'Adam : Vous mangerez votre pain à la sueur de votre front. Comme les cultivateurs doivent labourer, voiturer, semer, moissonner, les prêtres doivent feuilleter les livres, répandre la parole de Dieu, porter la moisson dans les greniers du Seigneur. Le paresseux qui cache sa main sur son aisselle ne peut pas être appelé un fidèle dispensateur, mais plutôt un serviteur méchant et inutile, que l'Eglise nourrit pour son malheur. Car le docteur ecclésiastique doit briller autant par sa doctrine que par la sainteté de sa vie : la science sans la bonne vie rend orgueilleux, la bonne vie sans la science rend inutile, dit le concile d'Aix-la-Chapelle.

IIIe Point. — Vœ vobis duces cœcif Celui qui accepte le sacerdoce sans une science convenable est évidemment dans un danger actuel de son salut, car il accepte une charge dont il ne peut pas s'acquitter. Si son esprit est tellement incapable qu'il ne puisse pas acquérir la science nécessaire, il n'y a pas de sa faute ; mais il est irrégulier, d'après le canon de Gélase, et il n'y a point de dispense pour cette espèce d'irrégularité. Mais s'il a négligé d'apprendre, son ignorance est un péché au châtiment duquel il n'échappera pas. Malheur ù vous, guides aveugles ! car on ne connaît pas facilement ce péché et on le répare difficilement.

i° On connaît difficilement le péché d'ignorance, parce que 1° c'est le propre de l'ignorance d'induire en erreur et de tromper la conscience par illusion, parce que la mail) Tbess. 3.

tière de ce péché s'accroît insensiblement, de telle manière que ce qui était d'abord léger devient très-grave : autre chose est d'être oisif pendant quelques heures ou quelques jours, autre chose de ne rien faire pendant des mois et des années, tellement que, par une négligence qui va toujours croissant, on tombe dans une ignorance crasse, et l'on devient inhabile, incapable de remplir son emploi; parce que 2° l'ignorance qui ne procède pas de l'incapacité est ordinairement accompagnée de la présomption, qui se fortifie au moyen d'un léger examen et aveugle l'esprit de plus en plus. On en voit qui, étant instruits bien médiocrement, résolvent avec audace les questions les plus difficiles; car ils ne voient nullement les difficultés qui se rencontrent de part et d'autre : ils sont d'autant plus nuisibles qu'ils se défient moins de leur savoir et d'eux-mêmes.

2° On corrige plus difficilement le vice de l'ignorance. Quel est celui qui , après avoir parcouru le cours de ses études, après avoir fait le noviciat du séminaire, apprend sans maître ce qu'il n'a pas voulu apprendre, soit par dégoût, soit par paresse, ce qu'un maître expliquait publiquement? Celui qui, persuadé de son ignorance, voudrait la quitter, n'apprendra pas la science en un moment ; il lui faudra beaucoup de temps pour s'instruire; mais comme il a du dégoût pour les livres, il a l'habitude de les mépriser, il ne peut pas les voir sans un nouveau dégoût, et il ne s'y accoutumera pas; il s'ensuit que le danger de l'âme augmente. Que fait au milieu des hommes un prêtre qui n'aime pas l'étude et les lettres? Il se livre à l'oisiveté, il se laisse aller à tous les maux qu'enseigne l'oisiveté, aux jeux, aux repas et à d'autres vices encore plus graves.

3° Le péché d'ignorance se répare difficilement. Que fera un prêtre qui a administré les sacrements autrement qu'il ne le devait, qui a uni des époux avec un empêchement dirimant, qui, interrogé sur un point de la loi ou

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sur la toi, a mal répondu, qui n'a pas imposé au pénitent une restitution quanti il la devait, ou qui en a ordonné une qu'il ne devait pas? Quelle peine pour se tirer de cet embarras! Aucun art n'est censé s'apprendre, dit saint Grégoire, que par une sérieuse méditation, et cependant souvent ceux qui n'ont aucune connaissance des préceptes spirituels ne craignent pas de s'annoncer comme médecins des cœurs.

Je conviens que ceux qui sont chargés de la conduite des âmes ont besoin d'une plus grande instruction ; cependant les autres prêtres ne doivent pas s'imaginer qu'ils sont exempts du péché d'ignorance, s'ils ne travaillent pas; car, par l'ordination, ils sont destinés aux mêmes fonctions que les autres; il n'y a qu'un sacerdoce, quoiqu'il y ait deux pouvoirs différents. Le sacerdoce ne donne à personne le pouvoir de célébrer sans lui donner en même temps le pouvoir des clefs pour remettre les péchés et paître le troupeau de Jésus-Christ. Quiconque a reçu le sacerdoce professe par là même qu'il est apte à toutes les fonctions; il doit être toujours prêt devant le Seigneur à toute espèce d'emploi, de crainte que le Seigneur ne lui dise : « Parce que vous avez repoussé la « science, je vous rejetterai de mon sacerdoce, afin quo « vous n'en exerciez pas les fonctions (1). » Et celle-ci : Labia sacerdotis custodient scientiam; vœ vobis qui clavem scientiœ tulistis et ipsi non introistis, vœ vobis duces cœci(% ! Seigneur, donnez-moi votre sagesse, qui est toujours au pied de votre trône, car je suis votre serviteur. Homme faible et misérable, j'ai peu d'intelligence de votre jugement et de vos lois ; qui connaîtra votre pensée, si vous ne lui donnez la sagesse, et si vous ne lui envoyez d'en haut votre Saint-Esprit?

(1) Osée 4. —Luc 11.

Si MÉDITATIONS.

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