U2 MÉDITATIONS
du cœur, qui doit être d'autant plus sublime par rapport à l'ancienne loi qu'elle n'était qu'un élément sans vertu, tandis que les sacrements de la loi nouvelle donnent le secours de la grâce. Autant il y a de différence entre l'ancien et le nouveau sacerdoce, autant il y en a entre les rits et les cérémonies de l'Ancien et du Nouveau Testament, autant il doit y en avoir entre le clerc ou le prêtre et le lévite. Il faut que ce qui a été dit aux anciens : Les lévites seront à moi, et je serai leur héritage ; qu'ils soient donc saints, parce que je suis saint, moi le Dieu qui les sanctifie; il faut, dis-je, que ces paroles nous soient spécialement appliquées.
C'est pourquoi le Sauveur dit aux apôtres : Si vous ne vous convertissez et si votive justice n'est pas plus abondante que celle des pharisiens, si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n 'entrerez point dans le royaume des deux.
2° Mais si parmi les chrétiens vous comparez le prêtre aux laïques, il doit autant les précéder par la sainteté de ses mœurs et l'éclat de ses vertus que la grâce qu'il a reçue par l'imposition des mains renferme une plus abondante onction de l'Esprit saint. C'est une grâce toute spéciale; aussi il reçoit des secours tout particuliers, afin qu'il soit spécialement sanctifié et plus que tous les fidèles. L'apôtre, écrivant à Timothée, lui défend de négliger cette grâce et lui ordonne de la ressusciter, parce qu'on demandera beaucoup à celui à qui on a beaucoup donné, et on exigera beaucoup de celui à qui on a beaucoup confié (1). La vie du prêtre n'est pas digne de son état et de sa vocation, elle ne mérite pas une récompense éternelle, si le prêtre vit comme le peuple. La vocation du prêtre est si parfaite, dit saint Léon, que ce qui n'est pas regardé comme une faute dans les autres membres de l'Eglise passe en lui pour illicite. Et saint Grégoire ajoute : Souvent ce qui n'est pas une faute dans un laïque est un crime dans ceux qui ont reçu le sacrement de l'Ordre.
(1) Luc 12.
Vous le voyez, on ne veut rien de vulgaire dans le prêtre, rien de bas, rien de commun, rien qui ressemble aux choses, aux usages, aux mœurs de la multitude, mais une gravité modérée qui le sépare de la foule, une vie sérieuse; la dignité sacerdotale entraîne donc avec elle de graves conséquences et exige un respect tout spécial. C'est une grande confusion pour les prêtres et pour les clercs lorsque les laïques sont meilleurs qu'eux, dit saint Chrysostôme; et comment ne serait-ce pas une confusion d'être inférieur aux laïques, quand c'est déjà une grande confusion de les voir ses égaux ?
3° Ceux qui ont reçu les saints Ordres doivent l'emporter par la sublimité de leur sainteté même sur les moines et les religieux qui n'ont pas reçu l'ordination; car, comme le déclare saint Thomas, il faut pour les saints mystères une sainteté qui surpasse celle de l'état religieux, quoique celui-ci exige qu'on s'élève à la perfection selon ses forces; mais ceux qui sont employés au saint ministère doivent déjà avoir atteint la perfection delà vertu. En effet, la consécration que l'on fait de soi par les vœux de religion, qui d'eux-mêmes ne peuvent rien opérer, est tout différente de l'ordination, qui sanctifie par une vertu qui lui est propre et qui imprime dans l'âme un caractère ineffaçable, ce qui fait dire à saint Denis: L'Ordre monastique doit suivre les Ordres sacrés et croître en sainteté en imitant les prêtres.
Saint Isidore ne parle pas autrement : Ceux qui exercent les fonctions sacerdotales, dit-il, doivent être plus saints et plus purs que ceux qui sont allés habiter sur les montagnes. Et saint Grégoire ajoute : Toute grâce qui renferme les dons célestes est grande, mais la plus grande est la dignité sacerdotale. Connaissons donc notre dignité et montrons dans notre conduite ce que nous sommes par état, afin que le nom soit conforme à l'action et que l'action convienne au nom, que le nom ne soit pas sans signification et le crime énorme, que l'homme ne soit pas su-
blime et la vie indigne, la dignité éminente et l'âme basse et rampante. C'est saint Bernard qui parle ainsi.
IIe Point. — Sacerdotes incensum Domini et panes Dei sui offerunt , et ideo sancti erunt (I). La dignilé du saint ministère exige une haute sainteté, une sainteté sublime, car il lui est accordé de s'approcher du Dieu de majesté ; la fonction du prêtre consiste à servir à l'autel Jésus- Christ le souverain pontife, à conférer les sacrements de l'Eglise, à rendre, par ses prières, Dieu favorable au peuple : pour de semblables fonctions, la pureté des anges serait insuffisante.
1° Omnis pontifex ex hominibus assumptus pro hominibus constituitur in Us quœ sunt ad Deum, ut offerut dona et sacrificia pro peccatis (v2). Or, ajoute l'apôtre, il nous fallait un pontife saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, plus élevé que les cieux, tel que pouvait l'être Jésus-Chri&t seul, qui par son propre sang est entré une fois dans le Saint des saints, où il demeure comme un pontife éternel. Mais ses ministres, qui participent au même sacerdoce, doivent aussi participer à ses vertus et à son innocence, afin que par eux il soit offert dignement : cela est d'autant plus essentiel que le. prêtre à l'autel exerce la fonction de Jésus-Christ même. Aii.si, il doit avoir sa sainteté et sa justice, car c'est en se servant des paroles de Jésus-Christ qu'il consacre le pain et le vin, et qu'il en fait le corps et le sang du Sauveur, dans lequel habite corporellement la plénitude de la divinité ; il le touche de ses mains, il le prend, il le distribue.
Aussi les saints Pères s'écrient avec étonnement: 0 miracle! ô bonté! celui qui est assis dans le ciel avec Dieu le Père se laisse toucher par les mains du prêtre (3) ! O vénérable dignité des prêtres, s'écrie saint Augustin, entre les mains desquels le Fils de Dieu prend un corps comme dans le sein de la Vierge! Qui pourrait, par la sainteté de sa
(I) Lévit. 21. — (2) Hébr. o. - (3) S. Chrys., De Sacerd.
vie, arriver à une perfection égale à une si haute dignité?
2° Le sacrifice qu'offre le prêtre est infiniment saint, les sacrements qu'il puise dans les trésors de l'Eglise et qu'il distribue sont infiniment saints. L'apôtre dit que le ministère de Jésus-Christ l'emporte de beaucoup sur celui d'Aaron, que les sacrements de l'ancienne loi ont pris fin parce qu'ils n'étaient que l'ombre des sacrements de la nouvelle : ceux-là étaient terrestres, ceux-ci sont célestes ; que l'Ancien Testament a été rejeté à cause de son insuffisance et de sa faiblesse, mais que l'introduction de la loi nouvelle nous donne une espérance plus vive, que par elle nous nous rapprochons de Dieu. Cependant on recommande aux enfants d'Aaron d'être saints : Incensnm Domini et panes Dei sui offerunt, et ideo sancti erunt. Pavete ad sanctuorium meum sanctificabor in iis qui oppropinquant mihi et in conspectu populi gloripcabor (i). S'il fallait avoir tant de respect pour la figure, combien n'en faut-il pas pour la vérité?
Les choses saintes doivent être traitées saintement, afin de ne pas souiller par les ordures du péché et par des mains impures les sources sacrées du Sauveur: Irritam quis faciens legem Moysi sine ulla mise?*atione duobvs vel tribus testibus moritur ; quanto magis putatis détériora mereri supplicia, qui sanguinem testament i in quo sanctificatus est, pollutum duxerit et spiritui gratiœ contumeliam fecerit (2) .
3° C'est encore le prêtre qui a le pouvoir de bénir et de prier le Seigneur afin d'apaiser sa colère pour les péchés du peuple. 11 faut donc que nous ayons en lui un pontife saint, sans tache, séparé des pécheurs, afin que le Seigneur ne le menace pas ainsi : Je parle à vous, prêtres; si vous ne m écoutez pas et que vous ne rendiez pas à mon nom la gloire qui lui appartient, je maudirai vos béné-
(1) Lévit. 2G et 10. — (2) H<>br. 10.
dictions (I). Et comment, en effet, dit saint Grégoire, peut-il demander pardon pour les autres quand il ne sait pas même s'il est en paix avec Dieu? Nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs lorsqu'ils demandent pour les autres et qu'ils s'oublient eux-mêmes. Il ne faut pas une piété médiocre, mais une piété remarquable pour obtenir un bienfait signalé comme l'obtint l'aveugle-né.
Saint Chrysostôme a donc bien parlé quand il a dit : Le sacerdoce s'exerce sur la terre, mais on doit le classer dans l'ordre des choses célestes. C'est là que nous devons monter, et ne croyons pas que nous y sommes arrivés ou que nous sommes parfaits; mais oubliant ce qui est passé et nous efforçant d'atteindre ce qui est devant nous, allons en avant et obtenons la palme de notre vocation.
IIIe Point. — Insufflavit et dixit eis : Accipite Spiritum sanctum, quorum remiseritis peccata remittuntur eis (2). Le Seigneur, avant de donner à ses apôtres le pouvoir des clefs pour la conversion et le salut des âmes, leur donna son Saint-Esprit en soufflant sur eux pour les sanctifier plus abondamment ; car, pour exercer ce pouvoir avec fruit, il faut une sainteté parfaite et resplendissante. Le Seigneur les en avait déjà avertis auparavant en leur disant : Vous êtes la lumière du monde, comme il s'appelle lui-même la lumière des hommes, qui luit dans les ténèbres et qui éclaire tout homme qui vient en ce monde. C'est ainsi qu'à proportion le ministre de Jésus- Christ, le prêtre du Très-Haut, doit être resplendissant par la sainteté de sa vie, l'emporter par l'intégrité de ses mœurs, par l'éclat de ses vertus, par la fécondité de ses bonnes œuvres.
1° Vos estis lux mundi. Il faut d'abord que le prêtre soit irrépréhensible et qu'on ne puisse pas le confondre, qu'il ne soit point adonné au vice, qu'il n'aime pas à contester, qu'il ne soit ni cupide ni orgueilleux, afin que son
(l)Malach. 2. — (2) Jean 20.
adversaire le respecte, n'ayant aucun mal à dire de lui. C'est en vain que nous prêchons aux autres, si nous n'observons pas ce que nous prêchons. Les peuples, disent les prêtres, nous imposent de lourds fardeaux, mais ils ne veulent pas les toucher du bout du doigt. Le prêtre est le modèle du troupeau; les autres doivent l'imiter. Mais s'il est rempli de vices, le peuple l'imitera. Comment le peuple pourrait-il respecter, dit saint Ambroise, celui qui est tout à fait semblable au peuple, et s'il voit dans celui qu'il pense devoir respecter les mêmes défauts qui le font rougir sur sa propre conduite? Il suffit que le disciple soit comme son maître ; et si la lumière qui est dans le corps est ténèbres, que seront donc les ténèbres ellesmêmes?
Ainsi, mes bien-aimés, me servant des paroles de l'apôtre, je vous exhorte de la sorte : Purifions-nous de toutes les souillures de la chair et de l'esprit, travaillant à notre sanctification avec la crainte de Dieu, ne donnant à personne occasion de blâme afin que notre ministère ne soit pas méprisé ; montrons-nous en toutes choses comme de dignes ministres de Dieu.
20 Vos estis lux mundi. Or, on n'allume pas un flambeau pour le mettre sous le boisseau , mais sur le chandelier, afin qu'il éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Il faut que le prêtre soit pur, prudent, hospitalier, modeste, bon, juste, saint, chaste, orné de toutes les vertus, comme il convient à un dispensateur des mystères de Dieu, qu'il se fasse tout à tous pour les gagner à Jésus-Christ; car il rendra compte des âmes de ses frères, et non seulement il sera condamné pour ses propres péchés, mais encore pour les leurs. 11 convient, dit saint Denis, qu'il ait de si grands trésors de vertus qu'il puisse en répandre la plénitude sur les autres.
Ne pensons pas qu'il nous suffise, pour être sauvés, de valoir autant dans notre conduite que des ignorants. Autre chose est ce que Dieu exige des prêtres, autre chose tome v. 5
ce qu'il veut des laïques. Chacun sera jugé selon la mesure de la grâce de son état et de sa condition, et il sera absous ou condamné selon qu'il y aura ou n'y aura pas correspondu.
3° Vos estis lux mundi. Que votre lumière brille donc aux yeux des hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. Il faut que le prêtre soit adonné à toutes les bonnes œuvres, chantant des psaumes, priant, veillant, annonçant la parole de Dieu, entendant les confessions, visitant les prisonniers, défendant les veuves et les orphelins, se distinguant en tout, comme l'apôtre en avertit Tite et Timothée. « Soyez, dit-il, le modèle des fidèles dans vos paroles, « dans vos conversations, dans la charité, dans la foi, dans « la chasteté; soyez le modèle de tout ce qui est bien, en « doctrine, en innocence et en gravité (1).»
Pierre de Blois conclut de là qu'il y a une obligation attachée à votre état, d'après laquelle on exige de vous une mesure plus grande d'œuvres spirituelles. Saint Bernard dit que la dignité du prêtre exige la perfection de la vertu, le sommet de la sainteté. Il est certain qu'il vaudrait mieux être sauvé dans un degré inférieur avec le peuple fidèle que de vivre mal dans la sublimité du sacerdoce pour être jugé plus sévèrement. Jugez-vous vous-mêmes et considérez tout ce qui vous manque.