‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 47 sur 168 · QUATORZIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME MÉDITATION

Du mépris du siècle.

De mundo non estis, sed ego elegi vos de mundo (\). Ce que Jésus-Christ a dit à ses apôtres, il le dit à leurs successeurs et à tous les ecclésiastiques : qu'il les a séparés pour être à lui seul et à son culte, qu'il les a choisis et consacrés pour les conduire à la sainteté par l'exercice des vertus en abandonnant les pompes du siècle. Celui qui veut être un fidèle ministre de Jésus-Christ doit donc éloigner son esprit du siècle et mépriser, fuir, vaincre le monde avec toutes ses erreurs, ses terreurs et ses amours. Il faut qu'il méprise le monde, parce qu'il déteste la vertu ; qu'il le fuie, parce qu'il dresse des pièges à la vertu ; qu'il vainque le monde, parce qu'il persécute la vertu.

Ier Point. — Quelle alliance peut-il y avoir entre le monde et la vertu? Ses principes ne sont pas les mêmes, ses sentiments ne sont pas les mêmes. Du côté de la vertu, vous ne verrez rien que de grand, de sublime, de beau et de digne de la raison d'un homme sage ; du côté du monde, rien que de vil, de corrompu, de sordide et d'indigne d'une âme immortelle. Autant les premiers sont méprisables, autant les autres doivent obtenir notre préférence.

\° Le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde, parce que le prince de ce monde est le prince des ténèbres, qui a aveuglé le monde et l'a réduit en servitude. Il le tient dans les chaînes éternelles et dans les ténèbres pour le tourmenter ; car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et

(1) Jean \o.

DU MÉPRIS DU SIÈCLE. lljT

rgueil de la vie (1). Mais la concupiscence, lorsqu'elle nfante, engendre le péché, qui engendre la mort(2). l'est ainsi que les vices monstrueux se propagent et u'une hideuse fourmilière de crimes se répand comme ne sentine de toute sorte de maux. La vertu s'apuie sur l'éternelle vérité et sur la sagesse , qui est ortie de la bouche du Très-Haut, qui est descendue sur i terre venant du Père des lumières, qui a pris la tâche 'établir la justice et la sainteté; elle a enseigné aux Lommes ce qui est juste, ce qui est bien, et les a conuits dans la liberté et dans l'adoption des enfants de ►ieu. Si la vertu pouvait tomber sous les yeux, elle emraserait d'amour pour ses charmes. Elle est l'éclat de la tmière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu t l'image de sa bonté (3), la mère du bel amour, de l'honlêteté et de l'honneur qui constitue les amis de Dieu.

Combien ces deux choses sont éloignées dans leurs trincipes et dans leur origine! combien elles s'accordent nal! Quelle alliance, en effet, peut-il y avoir entre la ustice et l'iniquité, quelle société entre la lumière et les énèbres, quelle convention entre Jésus-Christ et Bélial ? „e monde n'a pas connu la sagesse de Dieu, et il ne peut >as recevoir son esprit : la lumière est venue en ce monde. it les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. iinsi, sortez du milieu d'eux, séparez-vous-en, dit le Sei- ;neur : ne touchez pas ce qui est impur (A).

2° Le monde va selon ses désirs, qui ne sont pas purs ; nais les désirs de la vertu sont bien différents; car le nonde veut les choses terrestres, dans lesquelles il se donge comme dans un bourbier profond sans s'en rassaier jamais. Quoiqu'il ait la tête haute, il ne s'en sert pas )our considérer les choses den haut; semblable aux aninaux sans intelligence, il se laisse corrompre par ce qu'il roit naturellement et blasphème ce qu'il ne connaît pas :

(1) I Jean 2. - (2) Jac. I. — (3) Sap. 7. - (4) il Cor. 6.

iOS MEDITATIONS.

il s'abandonne à ses inclinations déréglées, qui flattent les sens et la chair ; il dirige de ce côté-là tous ses efforts et tous ses travaux. Ainsi, il ne peut servir Dieu, car on ne peut servir deux maîtres. La vertu, au contraire, mortifie la chair avec ses vices et ses concupiscences ; elle méprise les biens temporels; elle soupire avec ardeur vers les biens éternels ; elle rapporte toutes ses œuvres au culte et à l'obéissance qu'elle doit à Dieu. Voilà en quoi consiste la vraie religion, à se conserver pur au milieu du siècle (1).

Nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'esprit qui vient de Dieu (2), un esprit élevé qui méprise la substance, les biens d'ici-bas, qui s'applique aux bonnes œuvres, qui ambitionne les choses célestes. Nemo militans Deo, dit l'apôtre, implicat se negotiis secularibus, ut ei placeat cui se probavît et qui eum elegit (3) . Si , après avoir fui les souillures du monde, l'homme s'y laisse aller de nouveau, son dernier état devient pire que le premier (4).

3° Entendez, enfants de Lêvi : regardez-vous comme peu de chose que Dieu vous ait séparés du peuple pour vous unir à lui, afin que vous le servissiez dans le culte de son tabernacle (S)? De même que ni les principes ni les affections ne sont les mêmes, de même aussi la récompense n'est pas la même pour le monde et pour la vertu ; et comme personne ne peut servir deux maîtres, il n'est pas possible de recevoir la récompense des deux. Le monde trompe et ne promet que des choses frivoles ; car la figure de ce monde passe (6). Le monde passe, et l'amour des choses qu'il promet passe avec lui (7). Les choses terrestres qu'il promet souillent quand on les aime, chargent quand on les possède, tourmentent quand on les perd; elles mentent, elles meurent, elles conduisent à la mort, dit saint Au-

(1) Jac. 1. — (2) I Cor. 2. — (3) HTimotli. 2. —(4) IlPetr. 2. — (5) I Cor. 7. - (6) 1 Jean 2. — (7) Malth. 16.

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