MODESTIE QUI CONVIENT AUX ECCLÉSIASTIQUES
i° L'apùtre la met au nombre des dons du Saint-Esprit. De là vient que saint Ambroise ne craint pas de dire que la modestie est une portion de Dieu même. L'apôtre la met encore au nombre des vertus qui plaisent spécialement à Dieu et qui causent de la joie dans le ciel : Induite vos sicut ekcti Dei modestiam. Comme elle préside à la décence du corps, il semble qu'elle a peu de rapport avec ce qui concerne les esprits célestes ; cependant le même apôtre dit que les ministres de Dieu sont donnés en spectacle aux anges; or, le spectacle est ce qui paraît à l'extérieur. Ensuite il veut que les femmes soient voilées dans l'église, à cause des anges (1), afin qu'ils ne soient pas témoins d'une chose honteuse ; car il est honteux à une femme de paraître la tête nue dans une réunion d'hommes. Si les esprits ne se mettent pas en peine de l'extérieur de notre corps, pourquoi l'apôtre encore, écrivant aux Philippiens, leur recommande-t-il la modestie, parce que le Seigneur est proche, soit pour en être témoin, soit pour la récompenser? Pourquoi le Seigneur défend-il à Aaron et à ses enfants, sous peine de mort, d'approcher du tabernacle ou de remplir leur ministère sans caleçons?
2° Mais ce qui montre clairement combien la modestie est agréable à Dieu et combien il l'estime, c'est qu'elle calme sa colère, et qu'à cause de cette vertu, il remet les péchés. Je vois le pharisien s'avançant avec arrogance vers l'autel, je vois le publicain qui se tient éloigné et qui, par respect et par honte, n'ose lever les yeux au ciel, mais qui, se frappant la poitrine, dit : Seigneur, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur. Celui-ci s'en retourna dans sa maison, justifié. L'humilité prit la forme de la modestie et obtint la rémission des péchés, parce qu'elle plut à Dieu, qui condamna l'arrogance du pharisien. L'impie Achab, effrayé des menaces d'Elie. et voyant sa mai-
(1) Il Cor. il.
son sur le bord de sa ruine, déchire ses vêtements, quitte ses ornements royaux, couvre son corps de cilicos, dort revêtu d'un sac, et marche la tête penchée; le Seigneur dit au prophète : N'avez-vous pas vu qu'Achab s'est humilié devant moi? Je ne lui enverrai pas pendant sa vie les maux dont je l'ai menacé, mais pendant le règne de son fils. Telle fut la puissance de l'humble conversion qui abandonna sa vanité, son orgueil et son faste pour se revêtir d'un habit d'humiliation.
3° L'Ecriture fait aussi mention de grâces signalées obtenues surtout parla modestie. La forte Judith est prosternée dans son oratoire- revêtue d'un cilice et la cendre sur le front, elle crie vers le Seigneur, persuadée que ses cris ne seront pas exaucés, à moins que sa prière n'ait toutes les conditions requises et ne soit accompagnée du plus profond respect ; elle demande la victoire contre des armées ennemies qui sont innombrables; elle prie humblement et avec respect, et, en tranchant la tête au général ennemi, elle délivre son peuple. Quelles vertus pratiqua la reine Esther pour se préparer au combat et à la victoire? Elle jeûna, pria trois jours, et, humiliant son corps, elle quitta ses vêtements royaux, prit des habits de deuil, et se couvrit la tête de cendre et de poussière; tous les lieux où elle avait eu du plaisir furent couverts des cheveux qu'elle s'arrachait ; elle exposa avec respect et humilité à Dieu sa modestie. Vous savez, Seigneur, disait-elle, dans quelle nécessité je me trouve : j'ai en horreur les signes d'orgueil qu'exige ma position et que je mets sur mon front aux jours des solennités ; je les déteste et je ne les porte point aux jours oh je suis seule et tranquille. Ainsi préparée, elle combattit et vainquit, elle remporta promptement une pleine et entière victoire.
Si l'on pense qu'il faut attribuer cela aux vertus intérieures, j'avouerai sans doute que la modestie ne serait pas une vertu, si elle ne procédait d'une affection inlé-