‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 59 sur 168 · DIX-HUITIEME MÉDITATION · texte numérisé non relu

DIX-HUITIEME MÉDITATION

Des bénéfices ( I ) .

Qui non intrat per ostium in ovile ovium, sed ascendit aliunde, ille fur est et latro (2). Nous abordons une matière fameuse par ses écueils et par les naufrages des ecclésiastiques, qui, en se présentant avec assurance aux bénéfices et à la conduite des âmes, sont souvent enlacés dans les filets du démon. On peut définir le bénéfice le droit perpétuel de servir dans l'église avec la faculté d'en retirer un appointement ecclésiastique. Ici il y a trois choses à remarquer : le bénéfice, la fonction et le salaire. C'est un triple lien qu'on rompt difficilement (3), et qui conduit facilement à la perte. Vous n'y échapperez pas, à moinsque la possession du bénéfice ne soit légitime, l'accomplissement de votre fonction saint et la dispensation de votre solde fidèle.

Ier Point. — Pour que la possession du bénéfice soit légitime, il faut une vocation divine, une intention droite, une intention canonique.

1° Nemo sumit sibi honorem nisi qui vocatur a Deo (4). Cette vocation divine est nécessaire pour un bénéfice comme pour l'ordination, surtout à cause que la charge des âmes y est annexée. Ainsi, la première vocation, qui

(I) Cette méditation pourrait paraître hors de saison au clergé français, vu que parmi nous il n'y a plus de bénéfices ; mais il no faut pas oublier que l'indemnité donnée par le gouvernement est regardée comme imposant les mêmes devoirs que les anciens bénéfices, proportion gardée. C'est le sentiment d'un grand nombre de théologiens. On se fondesurunedécisiondelasaintePénitencerie du 9 janvier 1823. Méditons donc et profitons. {Sote de l'éditeur.) — (2) Jean 10. — (3) Eccl. 4. - (4) Hebr. 3.

est appelée élection, ne suffit pas. Ce n'est pas vous qui m avez choisi, c'est moi qui vous ai tirés du monde (1). Il en faut une autre qu'on appelle mission. Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie (2). Ces diverses vocations sont en effet traitées diversement et reçoivent dans l'Ecriture des noms différents, parce que c'est Dieu qui appelle et qui a non seulement le droit de choisir pour le ministère, mais encore de désigner à chacun la place et le genre de minis'ère qu'il doit remplir dans sa maison : Ipse dédit quosdam quidem apostolos, ados vero pastores et doctores; numquid omnes apostoli (3) ? Quoique dans l'ordination on donne au prêtre le pouvoir des clefs, cependant l'exercice de ce pouvoir impose un nouveau fardeau que les saints ont grandement redouté et dont personne ne peut se charger sans témérité avant d'avoir consulté le Seigneur.

Il y en avait plusieurs à Antioche qui faisaient les fonctions saintes, il n'y en eut que deux qui furent envoyés et désignés par l'Esprit saint : Séparez-moi Saul et Barnabas pour l'œuvre à laquelle je les ai destinés (4).

Mais comment connaît- on cette vocation ? Par le mérite, la vertu et la science ; car le saint concile de Trente enseigne que tous ceux qui ont droit de promouvoir à un emploi pèchent mortellement s'ils n'y placent pas ceux qu'ils jugeront les plus dignes ; il dit la même chose des curés. D'après cela, saint Thomas conclut que celui qui demande à avoir la charge des âmes en est indigne par là même, à cause de sa présomption. Cependant un ecclésiastique pauvre peut demander un bénéfice sans charge d'âmes. Saint Bernard ajoute : Celui qui demande pour lui-même est déjà jugé ; peu importe qu'il demande par lui ou par d'antres. Cependant il n'est pas défendu de se présenter au concours, parce

(I) Jean 15. - (2) Jean 20. — (3) Eplies. i et I Cor. 12. —

1) Act. 13.

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que le concours a lieu pour connaître le plus digne. (Consultez les règles de l'élection par saint Ignace ; nous les avons données dans le quatrième volume, au 25 août.)

2° Il faut donc que celui qui est conduit par la voix de Dieu, sans être poussé par la cupidité ou l'ambition, ait soin d'avoir une intention droite; que, sans inquiétude au sujet de la nourriture et du vêtement, il n'ait les yeux de l'esprit fixés que sur la gloire de Dieu et le salut du prochain; qu'il ne cherche point ses intérêts ni l'augmentation de son temporel, mais l'avantage et le gain dus âmes. S'il se propose principalement et en premier lieu, comme la fin de son occupation et de son travail, les avantages temporels et les émoluments, saint Thomas le taxe de simonie mentale, parce qu'il rapporte sa charge au bénéfice, tandis que le bénéfice n'est donné qu'à cause de la charge, et, comme dit saint Bernard, c'est un renversement criminel de Tordre que de faire le commerce des choses terrestres par le moyen des choses célestes.

C'est pourquoi le même saint prédit la perte d'un grand nombre d'ecclésiastiques : « Ils courent, dit-il, « aux charges ecclésiastiques comme s'ils devaient vivre « sans charge lorsqu'ils seront arrivés aux charges; « courant à Todeur d'un honteux profit, ils regardent « la piété comme un gain. Leur condamnation est as- « surée (1). »

3° Il faut encore une institution canonique. Si elle est en quelque manière entachée de simonie, la possession du bénéfice est nulle, et l'Eglise rejette et chasse par des censures et des peines très-graves le possesseur de mauvaise foi qui s'ingère avec connaissance de sou crime; elle le déclare inhabile à tout autre bénéfice, elle ne lui permet pas de profiter des fruits qu'il a retirés injustement, elle l'oblige à une restitution pleine et

(1) De Vit. cler. c. v.

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