‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 60 sur 168 · HO MÉDITATIONS · texte numérisé non relu

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entière de tout ce qu'il a perçu ou même qu'il n'a pas perçu par sa négligence.

C'est un infernal chaos, où les monstres de l'enfer se promènent dans les ténèbres. La descente est facile, mais le retour est difficile, parce qu'il y a plusieurs sortes de simonies : il y a la mentale, la conventionnelle, la réelle, la confidentielle ; il y a des présents sous lesquels se glisse la simonie confidentielle, le cadeau d'obligeance, de la main, de la langue. Lorsqu'un gros bénéfice vient à vaquer, que de machinations, que d'adulations, que de promesses, que de gratifications, que d'artifices pour se tromper et pour tromper les autres ! quelle passion brûle dans le cœur et conduit dans l'abîme ! et ce qu'on recherche avec tant d'ardeur, on ne le quitte pas sans douleur.

IIe Point. — Vide ministerium quod accepisti in Domino ut illud impleas (1). Tout bénéfice est joint à une fonction, qui est la chose première et principale ; l'autre n'est qu'accessoire et secondaire. Si donc vous voulez entrer dans un bénéfice (ou dans une cure, en suivant l'ordre des choses), il faut voir d'abord quel ministère vous avez reçu, afin de vous en acquitter. Que servirait-il d'être légitime possesseur d'un bénéfice, si vous ne l'êtes saintement, et si vous n'êtes irréprochable dans l'administration de votre charge ? La première chose consiste donc à satisfaire avec soin à toutes vos obligations et à toutes vos fonctions ; secondement, à résider régulièrement dans l'église qui vous fournit la nourriture et le vêtement pour que vous la serviez; troisièmement, à ne pas accumuler plusieurs bénéfices quand un seul suffit pour votre entretien convenable.

1° L'obligation grave et générale attachée à tous les bénéfices oblige à réciter chacune des heures canoniales et chaque jour, à moins qu'il ne survienne un empêchent) Coloss. 4.

nient légitime. Six mois après le bénéfice obtenu, le possesseur, en punition de son omission volontaire, est privé de la part des fruits qui correspond à l'omission ; on doit la mesurer; le coupable est obligé de donner cette part à la fabrique de l'église ou de la distribuer aux pauvres. Chacun doit chercher avec soin à connaître les autres devoirs qui sont attachés au bénéfice, afin de ne pas offenser gravement Dieu, qui déteste la rapine dans l'holocauste.

Qu'on ne se félicite pas de ce que les émoluments du bénéfice sont grands et la charge légère. L'oisiveté a enseigné beaucoup de malice (1), elle a perdu beaucoup d'ecclésiastiques riches. Ils ne sont pas dans les travaux des hommes, ils ne se sont pas fatigués avec les hommes; c'est pourquoi l'orgueil s'est emparé d'eux. Leurs jours se passent dans la vanité (2).

2° Tout bénéfice, selon le droit commun, exige la résidence, qui ne consiste pas dans la vaine présence du corps, mais dans l'accomplissement de sa fonction par soi-même. Le titre requis pour la réception des saints Ordres autrefois n'était rien autre que l'église à laquelle le clerc était attaché et qu'il administrait. Pendant douze cents ans, il n'est jamais venu dans l'esprit de personne de penser à obtenir dans la maison de Dieu un ministère qu'il ne remplirait pas par lui-même. Mais la cupidité invente toutes sortes de moyens. De là est venue la division dans les bénéfices, dont les uns exigent la résidence, les autres non. Les premiers sont le canonicat et tous ceux qui sont à charge d âmes. Ceux-ci ne permettent pas une longue absence sans une cause grave et sans péché mortel. C'est pourquoi le concile de Trente dit : « Comme il est ordonné de précepte divin à tous ceux « qui ont reçu charge d'âmes de connaître leurs brebis « et de leur donner des soins qui ne peuvent leur être

(1) Eccl. 33. — (2) Ps. 72 et 77.

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« donnés par ceux qui, semblables à des mercenaires, « abandonnent leur troupeau, le concile les avertit qu'ils « doivent être les modèles du troupeau, lui donner le « pain de la parole et le gouverner (1). »

Le pasteur est donc obligé de nourrir, de garder, de détendre lui-même et en personne son troupeau, sans quoi il entendra ces paroles du Seigneur : Vœ pastoribusf lac comedebatis et lanis operiebamini, gregem autem ?neum non pascebatis, et dispersœ sunt oves meœ, eo quod non esset pastor; ecce ego ipse super pastores requiram gregem meum de manu eorum (2).

3° Vous voyez une nouvelle invention de la cupidité. En cherchant à remplir un emploi, on accumule plusieurs bénéfices, ce qui, selon saint Thomas, renferme plusieurs désordres; car, ne pouvant servir dans plusieurs églises à la fois, il s'ensuit nécessairement une diminution dans le culte de Dieu, une violation de la volonté des testateurs, une injuste inégalité entre les ministres : l'un regorge, et l'autre, qui serait plus utile à l'église, manque du nécessaire. C'est pour cela que la Faculté de Paris, avec saint Bonaventure et plusieurs autres docteurs, a déclaré qu'on ne pouvait sans péché mortel posséder en même temps deux bénéfices quand l'un des deux suffit pour un honnête entretien. Il y a sur ce point un décret du saint concile de Trente qui veut qu'on observe cette règle (sess. 24, cap. 17, De Réf.).

Mais la cupidité est un feu qui ne dit jamais : C'est assez, et comme elle n'a jamais ce qu'il lui faut, elle a recours au siège apostolique ; cependant, comme le dit le cardinal Bellarmin, la dispense pontificale, lorsqu'il n'y a pas une cause juste, est valide dans le for extérieur, mais elle est invalide au tribunal de Dieu; elle tranquillise la conscience, mais elle ne la met pas en sûreté. Ce-

(1) Sess. 23, c. \, De Réf. — (2) Ezéeh. 3i.

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lui qui multiplie ses bénéfices recevra de: supplices multiples, dit saint Bernard.

IIIe Poikt. — Habentes alimenta et quibus legamur, kis contenti sumus (I). Telle est la règle que l'apôtre a établie pour lui-même, pour Timothée et pour tous les ecclésiastiques : rien au-delà de la nourriture et du vêtement, et ne pas désirer ce qui est superflu, parce que ceux qui veulent être riches tombent dans plusieurs désirs dangereux qui jettent les hommes dans leur perte. Mais comme le prêtre est semblable au peuple, que l'un et l'autre désire, que l'un et l'autre aime le monde, il s'ensuit une grave question touchant le superflu des ecclésiastiques, non pas sur ce qui vient du patrimoine, mais sur ce qui provient des oblations ou des offrandes des fidèles. Nous allons examiner en quoi consiste le superflu et à qui il appartient.

1° L'enseignement commun et constant des docteurs, c'est que les choses offertes à Dieu par les fidèles ne peuvent être appliquées qu'à l'usage de l'Eglise et aux besoins des indigents, parce que les vœux des fidèles sont le paiement pour les péchés et le patrimoine des pauvres. Ainsi, la cause est jugée ; c'est en vain que le prêtre mendie ce qu'il est obligé de donner. Mais on fait des arguties, et l'on demande par quel droit il y est obligé ; est-ce par droit de charité et aussi par droit de justice qui oblige à la restitution? Qu'importe, dit Bellarmin, que vous périssiez par défant de charité ou par défaut de justice?

Si vous interrogez les canons les plus anciens, les conciles, les pontifes et les docteurs, vous comprendrez que les biens de l'Eglise ne vous appartiennent pas, et que vous devez les employer en «bonnes œuvres. Ainsi, le •45e canon apostolique, que le concile de Trente mentionne avec éloge, interdit aux ecclésiastiques d'augmen-

(1)1 Tim. G.

ter la fortune de leurs parents des revenus de l'Eglise. Vous vous souviendrez que les évêques sont les administrateurs des biens ecclésiastiques, mais qu'ils n'en sont pas les maîtres. Ainsi, Alexandre III déclare que tout ce que les ministres de l'Eglise retiennent de l'autel au-delà de la nourriture et du vêtement est un vol et un sacrilège, parce qu'ils ne sont que les économes du Seigneur et non les maîtres. Saint Jérôme et saint Bernard disent : Vous saurez que les biens de l'Eglise ont été donnés aux pauvres et non aux évêques, qui ne sont que les économes des pauvres. Saint Thomas déclare que les ecclésiastiques qui retiennent quelque chose des revenus de l'Eglise, outre leur nourriture et leur entrelien, sont des voleurs obligés à la restitution. Saint Raymond et saint Antonin, avec une multitude d'autres, disent que les héritiers d'un ecclésiastique qui n'avait point de patrimoine sont obligés à la restitution.

Que dirions-nous de plus? Qui oserait se persuader qu'un prêtre ne commet pas une autre espèce de péché qu'un laïque en conservant du superflu ou en le dissipant, tandis que les saints canons mettent une grande différence entre les biens patrimoniaux même du prêtre et les biens ecclésiastiques? Ils permettent de laisser les uns à ses parents et ne le permettent pas pour les autres. Ce que l'on dit, qu'anciennement on fit un partage des biens de l'Eglise et qu'on donna leur part aux pauvres, cela, dis-je, n'est pas vrai. Il y eut un ordre donné de partager, mais on n'a aucune preuve que ce partage ait été fait. Le concile de Trente n'en a pas eu connaissance; cependant il fait mention des canons les plus anciens. Qui donc peut changer la nature des biens que les fidèles ont voués et consacrés à Dieu? Ce qu'on ajoute, que le clerc a la jouissance des fruits, ne peut pas faire une difficulté. Oui, il en a la jouissance quant à l'usage, mais non quant à la propriété et au domaine. Autre est le droit de se servir, autre est le droit de disposer à son gré.

2° L'autre question, qui est plus difficile, c'est de savoir en quoi consiste le superflu, ou ce qui est nécessaire pour l'honnête entretien, ce qu'il faut selon le temps et le lieu, l'état et la dignité, selon les peines et les affaires de l'Eglise. Il y a nécessairement variation suivant les circonstances, par conséquent une certaine latitude qui ne peut être circonscrite dans d'exactes limites et qui ouvre une large porte à la cupidité. Il s'ensuit qu'il ne reste pas plus aux ecclésiastiques qu'aux laïques de quoi donner aux pauvres. Souvent même ce qui suffit à un laïque pour nourrir sa famille ne suffit pas au prêtre pour son entretien. L'apôtre signale trois choses nécessaires à la vie : la nourriture, le logement et le vêtement; nous devons nous en contenter. Est-il nécessaire que vous soyez traîné en calèche ou porté sur un coursier, que vous tentiez la fortune aux cartes et aux jeux, que vous imitiez le mauvais riche en festins?

Ceux qui sont nus vous crient, ceux qui ont faim vous crient : Ce que vous dépensez inutilement est à nous, dit saint Bernard ; tout cela n'est pas nécessaire pour la nourriture et le vêtement, ce n'est qu'un objet de luxe et de faste; ce n'est pas une nécessité, mais une vanité. Donnez et recevez, et justifiez votre âme (i). Faites l'aumône et recevez la grâce et la miséricorde, et vous justifierez votre âme ; jugez-vous vous-même, jugez le pauvre, pesez lun et l'autre dans la même balance, dans la balance du sanctuaire, sans quoi vous tomberez dans la main du Seigneur. Or, cest une chose horrible de tomber dans les mains du Dieu vivant (2), qui est le père du pauvre, le juge des riches, le vengeur du crime. Seigneur, faites que sous votre conduite nous passions de telle manière par les biens temporels, que nous ne perdions pas ceux qui sont éternels.

(1) Eccl. 14. (2)Hebr. 10.

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