VINGTIÈME MÉDITATION
Du zèle de la maison de Dieu.
Zelus domus tuœ comedit me (2) . Autant le Sauveur Jésus montre de zèle pour la maison de son Père, à qui il parle dans ce psaume, autant le ministre de l'Eglise doit en montrer afin de préserver autant qu'il est possible le temple de Dieu de toute injure ; il doit le défendre soit par ses paroles, soit par son exemple. Lorsque Salomon eut achevé la construction de la maison de Dieu, le Seigneur lui dit : Sanctificavi mihi locum istum; oculi mei erunt aperti et aures meœ arrectœ et cor meum ibi cunctis diebus (3). De là vous conclurez quel respect extérieur vous devez avoir pour le saint temple, puisque Dieu a dans ce lieu les yeux ouverts ; quelle attention d'esprit , puisque Dieu y a les oreilles attentives ; quelle dévotion de cœur, puisque Dieu a là son cœur, qu'il incline et qu'il approche de vous.
Ier Point. — Oculi mei erunt aperti. Mes yeux seront ouverts afin de remarquer et de voir le respect extérieur de chacun. Sans cette modestie, la maison de Dieu res-
(1) II Tim. 2. — (2) Ps. 68. - (3) II Parai. 7.
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semble à une caverne de voleurs; car la sainteté du lieu est profanée et le peuple fidèle est scandalisé.
1° Quoique Dieu soit présent partout et qu'il n'habite point comme une idole dans les temples faits de la main des hommes, cependant il est des lieux qu'il sanctifie et dans lesquels il manifeste sa présence par des signes et des bienfaits. Là, il exige un respect particulier et le témoignage de notre piété. Le patriarche Jacob vit le Seigneur sur un siège élevé, et s'écria : Que ce lieu est terrible! c'est ici la maison de Dieu et la porte du ciel (1). Moïse vit le buisson ardent, et, comme il s'approchait, le Seigneur lui dit : N'approchez pas, ôtez votre chaussure ; le lieu où vous êtes est une terre sainte. Le Seigneur s'étaut montré sur le Sinaï, défendit, sous les peines les plus graves, que personne ne passât les bornes qu'avait placées Moïse ; il défendit aussi que les Gentils entrassent dans son temple et son sanctuaire. Quelle plus grande vénération n'exige-t-il donc pas dans nos temples, qui sont saints et sanctifiés par la présence de notre Seigneur Jésus -Christ, en qui la plénitude de la divinité habite corporellement (2) !
Tremblez à la vue de mon sanctuaire, dit le Seigneur (3). Moïse se cacha le visage et n'osa pas regarder le Seigneur, qui lui apparut dans le buisson. Autant son respect fut grand, autant en manque celui qui, entrant dans le temple, ne donne aucune marque, aucun signe d'humilité et de modestie, mais qui, semblable à un apostat, marche avec un visage audacieux, fait signe des yeux, frappe du pied, parle avec le doigt, et profane le saint lieu par sa posture et ses ris coupables. 11 n'oserait pas montrer une semblable audace dans le palais des rois.
2° Si quis templum Domini violaverit, disperdet illum Dominus, quia templum ejus sanctum est (4). Il est là présent avec ses anges, il a les yeux ouverts, il voit votre tell) Gen. -28. — (2) Coloss. 2. - (3) Lév. 20. - (4) 1 Cor. 3.
mérité, le mépris que vous faites de lui, et il ne vous laissera pas partir impunément. Ignorez-vous qu'il envoya une flamme qui dévora les deux enfants d'Aaron parce qu'ils offraient un feu étranger? Ignorez-vous qu'Oza tomba frappé de Dieu pour avoir porté témérairement sa main sur l'arche? Ignorez-vous de quelle mortalité Dieu punit les Bethsamites parce qu'ils avaient regardé sans respect et avec trop de curiosité l'arche sainte? Ils en furent tellement effrayés qu'ils s'écriaient : Qui pourra soutenir la présence de ce Dieu (i) ?
Pensez-vous, ô homme, que vous échapperez au jugement de Dieu, vous qui assistez avec insolence aux mystères les plus grands et les plus terribles, et qui peut-être y promenez des regards pleins de fornications et d'adultères, qui sont l'objet de la haine du Seigneur? Le Seigneur est envieux, il s'appelle jaloux; sa colère viendra, et il se vengera (2).
Jérémie annonça une vengeance qui ne tarda pas. Le Seigneur appela les Mèdes pour frapper les Chaldéens, qui avaient violé le temple et les vases sacrés : Acuité sagittas, impiété pheretras, quoniam ultio Domini, ultio templï sui (3). Le Fils de Dieu a souvent pardonné avec boule les autres péchés, mais il châtia sévèrement les impiétés et les scandales qui profanaient la maison de Dieu. Avec quel zèle ne chassa-t-il pas du temple, armé d'un fouet, les vendeurs et les acheteurs qui faisaient un commerce de ce qui était nécessaire aux sacrifices ! 11 renversa les tables des changeurs et des vendeurs, et leur fit cette sévère réprimande : Il est écrit : Ma maison est une maison de prières, et vous en avez fait une caverne de voleurs. Celui qui scandalisera un de ces enfants qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui suspendît une meule de moulin au cou et qu'on le jetât au fond de la mer. Mais quel scandale peut être plus grand que celui
(1) I Rois 6. - (2) Eccl. 5. - (3) Jer. 51.
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qui se commet dans l'église, où l'on voit affluer des fidèles de tout âge et de tout sexe, lorsqu'on trouble l'office divin en y causant, en s'amusant, en y prenant ses aises, en s'y tenant dans une posture indécente ou imitant les génuflexions de la cohorte et des Juifs? Il s'ensuit que le peuple ne peut s'appliquer aux louanges de Dieu.
Le péché des enfants d'Héli était grand, car ils éloignaient les hommes du sacrifice du Seigneur (1). Si un homme pèche contre un homme, on peut apaiser le Seigneur ; mais s'il pèche contre Dieu, qui priera pour lui? Je suis le Seigneur, j'aime la justice et je déteste la rapine dans l'holocauste (2).
IIe Ponvr. — Erunt aures meœ arrectœ. La maison de Dieu est la maison de prière ; celui qui y demande reçoit. L'homme témoigne à Dieu son indigence, et en l'invoquant il lui rend le culte qui lui est dû. C'est pourquoi il est écrit : Celui qui invoquera le nom du Seigneur sera sauvé (3). Mais puisque Dieu prête l'oreille à nos prières, il est juste que de notre côté nous y apportions une attention intérieure, qui doit être excitée par la présence de la majesté de Dieu, par la sainteté des cérémonies et par la piété du peuple qui y assiste.
1° Nous croyons ce que vit le peuple d'Israël, que les lieux saints sont remplis de la majesté de Dieu. Lorsque Moïse dressa le tabernacle, au même instant une nuée le couvrit, et il fut tellement rempli de la gloire ',de Dieu, que la majesté sainte enveloppait le toit au point que Moïse ne pouvait y entrer. Lorsque Salomon eut bâti le temple, la gloire du Seigneur le remplit tellement d'un nuage lumineux, que les prêtres ne pouvaient remplir leurs fonctions, et que Salomon s'écria : Il faut donc croire que Dieu habite réellement sur la terre (4). Et qu'est-ce que Dieu ne promit pas à ceux qui prieraient dans ce temple?... Or, le prophète Aggée nous assure que la gloire
(1) I Rois 2. — (2) Isaïe 61. - (3) Act. 2. — ,4) III Rois 8.
du second temple sera bien plus grande que celle du premier, à cause de la présence corporelle de Jésus-Christ notre Seigneur. Que ne peut donc pas maintenant obtenir la prière, si elle est faite avec l'attention requise et telle que l'exige la présence de la majesté divine? Notre Dieu n'est pas comme les dieux des païens, qui ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas ; il ne voit pas seulement ce qui paraît au dehors, il sonde même l'intérieur : Scrutans corda.
Que pensez-vous donc et que faut-il dire de ceux qui np tiennent ni leurs sens ni leur esprit recueillis dans le saint temple, qui n'y viennent point en esprit, mais seulement de corps? Us approchent de Dieu, ils frappent ; mais lorsque le Seigneur ouvre, ils ne demandent rien, ou bien ils demandent avec une âme si dissipée qu'ils ne savent même pas ce qu'ils demandent. Leur cœur court çà et là, puis enfin ils s'en vont. Qui oserait se jouer ainsi d'un prince de la terre? Que leur prière devienne un péché (1).
2° Remarquez, je vous prie, combien sont saintes les cérémonies par lesquelles l'Eglise veut attacher et appliquer notre esprit. Quels profonds mystères elle offre à nos méditations, lorsqu'elle renouvelle la mémoire de la passion de Jésus-Christ, qu'elle change le pain et le vin au corps et au sang du Sauveur, et que le Fils de Dieu prend dans les mains du prêtre un corps comme dans le sein de la Vierge, qu'il descend du ciel environné des anges, qu'il s'offre et s'immole pour nous ! En même temps les chants de l'Eglise, composés de psaumes et d'hymnes, nous rappellent ce que Dieu a révélé, puis elle rend grâces à Dieu et demande de nouveaux bienfaits.
Ce lieu où le prêtre prie pour les péchés et les crimes du peuple est donc vraiment saint! Et ce qui montre combien l'homme est charnel, c'est qu'il apporte toute son attention aux spectacles du siècle et aux avanta-
(1) Ps. 108.