DE LA CÉLÉBRATION DE LÀ MESSE
sée (1). Quel est le laïque qui s'en approche d'une manière aussi indécente? Vraiment, dit saint Jérôme, c'est une chose qui détruit horriblement l'Eglise, de voir des laïques meilleurs que des prêtres.
IIe Point. — Hoc facite in ineam commemorationem (2). Si le prêtre qui s'approche pour célébrer pouvait voir des yeux du corps ce qui se passe invisiblement, il sentirait facilement combien il est nécessaire d'exciter son attention et son respect, s'il pouvait voir l'Ancien des jours assis sur son trône, l'Agneau mis à mort dès le commencement du monde, la Jérusalem céleste descendant du ciel et ayant la clarté et la lumière de Dieu, les vieillards qui s'avancent le visage baissé et la face contre terre, les anges qui offrent de l'encens dans des encensoirs d'or; des voix, des foudres, des tonnerres descendent du trône avec ces mots : Hors d'ici les chiens, les empoisonneurs, les impudiques, et quiconque fait ou aime le mensonge (3) ! Plût à Dieu que ce que vous ne pouvez voir avec saint Jean, vous le conceviez et le conserviez dans votre esprit, afin que vous compreniez l'excellence du nouveau sacrifice et l'abondance des grâces qui en découlent!
1° Jésus-Christ Dieu-homme a pu seul offrir à Dieu une victime digne de lui, qui lût égale à sa grandeur et capable de rendre la gloire et l'honneur à la majesté divine et de réparer l'injure qui lui avait été faite, parce que la dignité de la personne qui s'offre est infinie, et que, par une seule oblation, elle a rendu parfaits pour toujours ceux qu'elle a sanctifiés (A). D'où l'apôtre tire deux conclusions : la première, c'est que Jésus-Christ, par cette oblation, a abrogé tous les anciens sacrifices à cause de leur inutilité; secondement, qu'il demeure, suivant le serment de son Père, prêtre éternel, non selon l'ordre
(1) Malach. 1. — (2) I Cor. il. — (3) Apoc. 13, 21, 8, 4 et 22. — (4) Hebr. 10.
d'Aaron, qui répandait du sang, mais selon l'ordre de Melchisédech, qui, étant prêtre du Très-Haut, offrit du pain et du vin. Ainsi, le sacrifice de l'autel n'est pas différent de celui de la croix quant à la substance, mais seulement quant à la manière et aux circonstances, en ce que l'un fut sanglant, l'autre est non sanglant; mais il n'en est pas moins le sacrifice de la nouvelle loi, par lequel on offre une chose sensible selon l'institution divine, et ceux qui l'offrent sont aussi des prêtres légitimes. La chose offerte est changée au corps et au sang du Sauveur, et, par la vertu des paroles de la consécration, l'un est séparé de l'autre mystiquement. Enfin le but de l'offrande est de reconnaître le suprême domaine de Dieu sur les créatures ; c'est la même hostie, dit le concile de Trente, et celui qui l'offre par le ministère des prêtres est le même qui s'est offert sur la croix.
L'apôtre en tire d'importantes observations ; la première est celle-ci : comme nous n'avons qu'une hostie et non plusieurs, si vous l'offrez avec négligence, en péchant, à la hâte, d'une manière inconvenante, sans respect, en négligeant les cérémonies de l'Eglise qui donnent de la décence au culte et qui édifient, qui vous rendra Dieu propice et qui l'apaisera? // ne vous reste plus une hostie pour vos péchés, il ne vous reste que l'attente terrible du jugement et l'ardeur du feu (1). Seconde observation : si Dieu a été si sévère à l'égard des anciens sacrifices, quand on n'immolait que des animaux, tellement qu'il punissait de mort les plus légères négligences, quelle plus sévère sentence ne portera-t-il pas contre ceux qui foulent aux pieds le Fils de Dieu et qui profanent son sang (2) ?
2° Comprenez quelle est la puissance et l'efficacité de ce sacrifice, quel est le fruit de cette hostie, qui suffit à obtenir toutes les fins pour lesquelles on offrait autrefois
(I)Hebr. 10. — (2) ïbid.