AUX EXERCICES SPIRITUELS
paroles inutiles, vos sens de toutes les choses extérieures, et votre esprit de toutes les affaires, afin que, délivré de tout, vous ne vous appliquiez qu'à Dieu seul et au salut de votre âme. Que servirait la solitude du corps sans la solitude de l'esprit? dit saint Bernard. Si nous en jugeons d'après le succès ordinaire, votre progrès dans la vie spirituelle sera d'autant plus grand que vons serez davantage séparé de vos amis et de la sollicitude de toutes les choses du monde.
Il s'ensuivra trois principaux avantages, sans parler de plusieurs autres. D'abord, la vie commune et la privation de la société mérite et obtient une grande grâce devant Dieu. Ensuite, l'esprit, par cette retraite absolue, étant moins distrait et moins évaporé, ne s'applique qu'à une chose, à obéir à Dieu et à travailler à son salut; il se sert plus librement et plus avantageusement de ses forces pour trouver ce qu'il désire. Enfin, plus l'âme est séparée et solitaire, plus elle est apte à chercher Dieu et à le trouver, plus elle s'en approche, plus elle est disposée à recevoir les dons de la bonté divine. Pendant ces jours il ne faut donc point orner sa chambre, car ces bagatelles donnent des distractions et obscurcissent le bien.
3° L'auteur ajoute encore plusieurs observations.
La première, c'est qu'étant au lit, avant de vous endormir, vous pensiez un instant à l'heure à laquelle il faudra vous lever et à l'exercice que vous devez faire.
La seconde, c'est qu'étant levé, vous éloignerez de suite toutes les autres pensées ; vous appliquerez votre esprit au sujet de la méditation, en vous représentant un lieu propre à cela. Par exemple, si vous devez méditer sur les péchés, vous vous mettrez devant Dieu, comme un sujet devant son roi et devant toute sa cour, rougissant, inquiet, tremblant ; car vous êtes convaincu d'avoir péché gravement contre le Roi lui-même après en avoir reçu de grands bienfaits.
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Troisièmement, n'étant éloigné que d'un pas ou deux du lieu où on doit méditer, vous élèverez un peu votre esprit, vous considérerez le Seigneur Jésus présent et vous regardant ; vous lui témoignerez votre respect par une humble génuflexion.
En quatrième lieu, ayant suivi ce saint exercice pendant un quart d'heure, vous verrez comment vous avez fait votre méditation ; si c'est bien, vous rendrez grâces à Dieu et vous suivrez la même marche; si c'est mai, vous en chercherez la cause, vous vous repentirez, et vous vous proposerez de mieux faire.
Cinquièmement, vous vous abstiendrez de rire et de toute parole qui excite à rire ; dans les premiers jours, vous vous abstiendrez même de toutes les pensées qui inspirent la joie, telles que la glorieuse résurrection de Jésus-Christ, parce qu'une semblable pensée empêche les larmes et la douleur des péchés que l'on doit surtout chercher en ce moment , en se mettant sous les yeux le souvenir de la mort et du jugement. 11 ne sera pas même inutile de vous priver de la clarté de la lumière, fermant les portes et les fenêtres autant qu'il vous conviendra.
Sixièmement, vous ne fixerez vos regards sur personne, à moins qu'il n'y ait quelque nécessité.
Septièmement, vous ajouterez à tout cela une satisfaction et une pénitence non seulement intérieure, mais aussi extérieure, parce que la sagesse ne se trouve pas dans la terre de ceux qui vivent dans les délices ; vous vous priverez donc non seulement de ce qui est superflu dans la nourriture, ce qui est de la tempérance, mais de ce qui convient. Pour ce qui regarde le sommeil, vous retrancherez non seulement ce qui est trop doux et qui plaît, mais aussi ce qui est opportun, autant qu'il est possible, sans cependant nuire à votre santé, en vous conformant à la prudence et à la discrétion du directeur. 11 faut aussi que la chair éprouve quelque douleur à l'ex-
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téïieur, soit en fléchissant les genoux longtemps, soit en tenant les bras en croix pendant que vous priez, soit enlin en châtiant le corps de quelque autre manière. Il en résulte trois espèces de fruits : vous faites quelque satisfaction pour les péchés passés, vous soumettez mieux Ja partie inférieure et sensitiveà la supérieure, à la raison, et vous en obtenez de Dieu quelque grâce.
Huitièmement, vous devez observer avec soin l'ordre prescrit et faire l'examen particulier pour détruire les fautes et les négligences qui ont coutume de se glisser dans les exercices et dans ce qu'on y ajoute. Jl faut qu'il y ait un papier qui indique l'ordre des exercices et qui soit placé dans l'endroit ordinaire.
Celui qui observera toutes ces choses selon ses forces et appuyé sur la miséricorde de Dieu, recevra la bénédiction, trouvera la vie et puisera le salut dans le Seigneur. Que le Dieu tout puissant vous bénisse, Père. Fils et Saint-Esprit. Amen-
DE L'ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE