‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 70 sur 168 · VINGT-TROISIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIÈME MÉDITATION

De la douceur.

Discite a me quia mitis sum et humilis corde, et invenietis requiem animabus vestris (1). La douceur est l'accessoire nécessaire de la charité, elle en est comme l'assaisonnement. C'est elle que le Seigneur, notre modèle dans toutes les vertus, a aimée plus que les autres et a rendue recommandable par sa conduite, afin de montrer que ce n'est pas en vain qu'il nous commandait la charité mutuelle. La douceur est une vertu qui, par le charme qu'elle donne à la charité, ouvre le cœur du prochain et l'attire ; c'est pour cela qu'elle concilie, qu'elle attache, qu'elle unit les esprits. Prenez cette vertu, vous qui êtes pasteur du troupeau ; par elle vous vous concilierez les hommes, vous les unirez entre eux et vous les unirez h Dieu.

Ier Point. — Verbum dulce multiplicat amicos et mitigat inimicos (2). Si la puissance d'une parole douce est si grande, combien le sera davantage la douceur ellemême pour s'attirer les cœurs, elle qui prend garde de ne jamais déplaire et qui cherche à plaire en toutes choses !

1° Elle domine surtout sur l'esprit , elle modère et réprime toutes les émotions qui pourraient offenser le prochain. Si l'esprit se trouve indigné à cause de la laideur et de l'infamie du péché, il ne s'enfle point, il ne méprise point; mais, selon qu'il le juge meilleur, il dissimule la faute, ou reprend le coupable avec une charité toute paternelle. Si le zèle des âmes l'émeut, la douceur n'empêche pas la correction et le châtiment du crime ; cepen-

(l)Malth. 11. — (2) Eccl. 6.

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