DB LA DOUCEUR
se réjouiront dans l' abondance de leur paix {i). La douceur ne jouit pas seulement de la paix avec les autres, mais elle établit ou affermit la paix entre les autres ; car le pasteur doux et plein de mansuétude, comme le Pasteur des pasteurs, répand encore sur tout son troupeau l'esprit de douceur, et conserve la paix et l'amitié parmi ses brebis; s'il se trouve quelques esprits qui soient aigris, il éloigne avec prudence tout ce qui peut les irriter et leur applique adroitement tout ce qui est capable de les calmer.
4° Souvent un mot, un petit intérêt engendre une division que des amis ou des parents ont soin d'entretenir. Les querelles entre des domestiques accroissent le mal; des flatteurs, par leurs instigations, y mettent le feu ; des délateurs, en rapportant des bruits qui se répandent, changent tout en fureur, en haine, en inimitié. Le bon pasteur a soin d'éloigner tout cela de son troupeau; car le Seigneur n'habite pas dans le trouble, et Dieu n'est pas le Dieu de la division, mais de la paix. Il y a six choses que hait le Seigneur, et il déteste la septième : c'est celui qui sème la discorde entre les frères. La loi ne veut pas aussi qu'on soit accusateur et brouillon. Lorsque le bois manquera, le feu s'éteindra; de même, lorsqu'il n'y aura plus de brouillons, les querelles finiront. Le bon pasteur veille sur toutes ces choses, car il aime la paix, et si l'un des adversaires vient à se répandre en injures et à montrer sa colère devant lui, en y ajoutant l'outrage et la menace, jamais il ne rapportera à l'absent ce qui lui a été dit, mais il l'excusera de son mieux, le défendra avec douceur, sans élargir la plaie de celui qui se plaint ; il se souvient de ce qu'a dit le sage : Respomio mollis frangit iram, sermo durus suscitât furorem (2).
2° Si des dissensions éclatent et qu'elles durent avec scandale, le bon pasteur ne restera pas oisif, mais, selon
;ij Pè. 3G. - (2; Prov. 15.
que le Seigneur l'a ordonné, il entrera dans la maison ; il dira : Paix à cette maison (1) et à tous ceux qui l'habitent. Il prendra ces esprits irrités et parlera à chacun en particulier, il les adoucira par ses paroles et ses bons procédés, il interposera son autorité, il proposera des arbitres et s'offrira lui-même pour apaiser la querelle ; si même il le juge à propos, il implorera l'aide de ses amis. Celui qui fréquente l'orgueilleux, dit le sage, deviendra orgueilleux, et celui qui fréquente un homme colère deviendra colère lui-même. Pourquoi donc un homme doux et paisible ne pourrait-il pas communiquer aux autres sa douceur et sa mansuétude, soit par ses discours, soit par ses exemples? Moïse était un homme d'une grande douceur, et il surpassait en cela tous les habitants de la terre (2). Saint Ambroise rapporte qu'il s'était tellement attaché l'esprit du peuple tout entier, qu'il l'aimait plus pour sa douceur qu'il ne l'admirait pour ses grandes actions. Aussi c'était à lui qu'étaient portées toutes les affaires du peuple, jusqu'à ce que, voyant qu'il ne pouvait pas suffire à cette multitude de choses, il choisit des juges inférieurs pour connaître des choses de moindre importance.
L'apôtre réprimande fortement les Corinthiens de ce qu'ils confiaient leurs démêlés à des infidèles : Je le dis à votre honte, il ne se trouve pas parmi vous quelqu'un qui soit assez sage pour s'établir juge de ses frères. Si vous avez des jugements à faire rendre, choisissez les derniers des fidèles et rendez- les juges du différend. Il est très à propos qu'un pasteur, pour l'amour de la paix et pour obtenir la confiance du peuple, se charge d'un semblable fardeau; qu'il mette fin aux querelles et aux contestations par sa douceur quand il le peut, il s'acquerra une grande gloire devant Dieu et devant les hommes, et il ne perdra pas le prix de son œuvre et de son travail. Rien ne rend
(1) Mallh. 10. — (2) Nomb. 12.
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l'homme plus semblable à Dieu, dit saint Chrysoslôme, que la vertu de douceur, et il est écrit : Heureux ceux qui sont pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu. IIIe Point. — « Allez et apprenez de moi ce qu'il en « est; je veux la miséricorde et non le sacrifice (I). » Les prêtres et les pharisiens blâmaient surtout l'indulgence du Sauveur envers les pécheurs, mais il leur répondit plusieurs fois avec sa bonté ordinaire : Je veux la miséricorde et non le sacrifice ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. Ceux qui se portent bien n'ont pas besoin de médecins, mais ce sont les malades. Malgré les accusations et les jalousies, jamais la bonté et la douceur ordinaire de son âme ne l'abandonna; il montra même à ses adversaires, par un argument ad hominem et sans réplique, que c'était la voie sûre de la conversion des âmes : Je vous le dis en vérité, les publicains et les femmes de mauvaise vie vous procéderont dans le royaume du ciel (2), Telle est donc la puissance de la prérogative singulière de la douceur, qui consiste non seulement à réconcilier les hommes entre eux et à se les concilier, mais encore à les réconcilier avec Dieu ; car elle pénètre jusque dans les plaies de l'âme par l'espérance du pardon qu'elle apporte, et par l'onction de sa douceur elle guérit ces plaies.
i° 11 faut d'abord que le pécheur soit amené à confesser sincèrement ses péchés, ensuite à les détester sincèrement; mais la sévérité n'est pas propre à exciter le pécheur à découvrir les plaies de son âme et à lui faire déclarer intégralement et sincèrement ses fautes. Il y a bien des pécheurs qui fuient la confession par une certaine timidité et par honte; il y en a beaucoup qui redoutent la sévérité du prêtre, à cause de leurs péchés graves et honteux ; d'autres, troublés dès qu'ils commencent à déclarer leurs fautes, tombent dans le décourageai Matth. 9. — (2)Mallh. 21.
ment, et si on ne les encourage en les aidant par des paroles pleines de douceur, ils gardent le silence sur ce qu'ils voulaient dire ; d'autres enfin, pour avoir été mal accueillis ou rebutés, ne reviennent pas au saint tribunal, ou n'y reviennent qu'avec peine. Mais le ministre de Jésus plein de douceur, sachant qu'il lient sa place, s'écrie : Venez tous à moi, vous qui êtes chargés et fatigués, et je vous soulagerai (1). Il a grand soia de ne pas inspirer de la honte et de ne pas effrayer les pénitents tandis qu'ils lui ouvrent leur conscience ; il compatit au contraire aux maux de ses frères, se sentant lui-même faible et infirme ; il s'attire leur confiance ; il aide leur mémoire ou leur ignorance par de prudentes interrogations jusqu'à ce qu'il connaisse l'état intérieur de ses pénitents.
S'il se sent ému et indigné à cause de la gravité des crimes, et que, semblable à Jacques et à Jean, il s'aperçoive qu'il est disposé à appeler le feu du ciel, il écoute aussitôt le Seigneur, qui les reprit en disant : Vous ne savez pas quel est l'esprit qui vous anime; le Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les âmes, mais pour les sauver (2) .
2° Le prêtre, après avoir entendu la confession, ne perdra point sa douceur ; il évitera les réprimandes dures et les reproches qui pourraient exaspérer ou fatiguer ; il suppliera les vieillards comme ses pères, les jeunes gens comme ses frères, les femmes âgées comme ses mères, les jeunes filles comme ses sœurs (3) ; il ne cherchera pas tant à les effrayer par la pensée des châtiments et des supplices qu'à les toucher par le souvenir de la bonté de Dieu, de ses bienfaits, de sa charité, de la passion du Sauveur et de la grandeur de ses souffrances; il tournera son pénitent vers Dieu, de telle manière qu'il laissera plutôt de la dévotion et des consolations dans cette âme qu'un sentiment de terreur et de crainte, qui se trouve bientôt détruite ou du moins diminuée par l'absolution.
(1) Matin 11. - (2) Luc 9. — (3) 1 Tim. 5.
Quant à l'absolution, nous savons ce qu'ordonne le concile de Trente; il faut sur cet article éviter une trou grande largeur, mais plus encore une trop grande sévérité, qui fait que l'on charge ies pénitents au-delà de leurs forces. Avec quelle douceur le Seigneur reçut la femme qui avait été surprise en adultère ! comme il l'arracha des mains de ses accusateurs ! Femme, personne ne vous a condamnée? — Personne, Seigneur. — Ni moi non plus, je ne vous condamnerai point : allez et ne péchez plus (I). Nous savons quelle pénitence s'imposa Zachée, quelle longue et terrible pénitence fit Marie, et nous comprenons aussi ce qu'a pu faire dans leurs âmes la bonté et la douceur de notre Seigneur Jésus-Christ.