‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 79 sur 168 · DU SACREMENT DE PÊNITENCB. J · texte numérisé non relu

DU SACREMENT DE PÊNITENCB. J

continence et la mortification de la chair; aux avares, la générosité et l'aumône ; aux ivrognes, l'abstinence. Il doit bien persuader à son pénitent qu'il n'en agit pas ainsi par mauvaise humeur ni par sévérité, mais par nécessité. Si le pénitent refuse ces moyens, il est évident qu'il se fait une honteuse illusion et qu'il ne veut pas être guéri.

3° Mais la plupart promettent tout pour obtenir une absolution. Cependant il yen a à qui l'on doit la refuser, si, par exemple, ils sont dans une occasion prochaine de péché qu'ils ne veulent pas quitter, s'ils ne veulent pas se réconcilier avec leurs ennemis, rendre ce qu'ils ont pris lorsqu'ils le peuvent, et qu'ils le refusent avec opiniâtreté. Quelquefois l'aveuglement et l'opiniâtreté des pécheurs est incroyable; il faut alors une grande patience, il ne faut point céder à leurs outrages, ni à leurs prières, ni même à leurs menaces, ne pas répondre à leurs calomnies, surtout s'il fallait pour cela violer le secret de la confession, qui, dans tous les cas, est appuyé sur le droit naturel et divin , sur le droit civil et ecclésiastique, et qui n'admet aucune exception. Il y en a d'autres auxquels on doit différer l'absolution: ce sont ceux qui, entraînés par une mauvaise habitude, retombent fréquemment dans les mêmes péchés, ceux qui n'ont pas réparé la réputation du prochain ou les torts qu'ils ont faits, ni restitué ce qu'ils avaient promis. Je ne voudrais pas qu'on renvoyât pour trop longtemps les habitudinaires, parce que, tombant dans le désespoir, ils s'abandondonnent à leurs désirs déréglés. Il faut les faire revenir fréquemment au médecin, afin qu'il puisse juger de l'accroissement ou du décroissement de la maladie. Saint Léon donne un. conseil bien sage aux prêtres : la bonté ou la bienveillance est plus utile pour corriger que la sévérité, l'exhortation vaut mieux que l'émotion, la charité plus que l'autorité.

IIIe Point. — Amen dico vobis, quœcumque alligaveritis

super terram erunt ligata etincœlo, et quœcumque soloerilis super terram erunt soluta et in cœio (1). Les clefs sacerdotales, dit le concile de Trente, n'ont pas été données seulement pour délier, mais encore pour lier; c'est la doctrine des anciens Pères, c'est ce qu'ils ont cru et enseigné. Les paroles du Seigneur que nous venons de rapporter montrent qu'ils ont bien cru et bien enseigné. Ainsi la l'onction du prêtre dans le saint tribunal n'est pas seulement l'exercice de la puissance et de la miséricorde divine, mais aussi de la justice qui exige une certaine sévérité et une certaine mesure d'équité, qui relâche, il est vrai, de ses droits par le mérite du sang de Jésus-Christ, mais qui demande cependant une certaine satisfaction et une espècede caution contre de nouvjlles fautes, afin qu'on ne la méprise pas impunément. C'est pourquoi le concil» avertit les prêtres qu'ils doivent, selon la qualité des fautes et la faculté des pénitents, leur imposer des satisfactions salutaires et convenables.

1° C'est pourquoi les satisfactions doivent d'abord, selon la qualité des crimes, être salutaires, c'est-à-dire capables d'éloigner les maladies de l'âme et de rendre la santé, de peur que le pécheur, en fuyant les souillures du monde et s'y laissant de nouveau envelopper, ne se trouve vaincu, et que son dernier état ne soit pire que le premier. Il faut se rappeler ce que nous avons dit plus haut, d'après saint Grégoire, pour l'exposer au pécheur. Celui qui a pris du bien d'autrui doit donner du sien, celui qui s'est abandonné à la passion de la chair doit la crucifier et la réduire en servitude, le gourmand et l'ivrogne doivent jeûner : et il ne faut pas laisser cela à la volonté du pénitent, mais il faut tout régler, tout fixer selon la mesure des péchés. On peut aussi imposer une pénitence contre la rechute, afin que le pécheur se contienne davantage.

(I) Mutlh. 18.

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