VINGT-HUITIÈME MÉDITATION
Sur le péché véniel.
Représentez-vous un homme couvert de lèpre, imaginez que c'est vous-même.
Domine, si vis potes me mundare. Prœcipio tibi coram Deo ut serves mandatum sine macula, irrépréhensible, usque in adventum Domini nostri Jesu Christi (2).
(1) Osée 9. ~ (2) Matth. 8 et ï Tirnoth. 6.
sir le PÉcnÊ vt.y\£L. 215
Seigneur, fuites-moi connaître la malice du péché véniel.
I" Point. — L'apôtre veut que tous les chrétiens et surtout les prêtres évitent avec soin non seulement le péché mortel, mais encore le péché véniel. Considérez-le en luimême, dans .;os effets, dans les châtiments qu'il mérite, et tous serez persuadé de sa gravité.
1° Le péché véniel est une offense faite à la majesté de Dieu par une vile créature pour un mince intérêt. C'est une offense légère si on la compare au péché mortel, mais elle est très-grave si on la considère en ellemême. Sa malice est en quelque sorte infinie, puisqu'il offense une majesté infinie, qu'il lui déplaît, qu'elle le défend ; c'est une atteinte portée à la gloire divine, qui ordonne l'accomplissement total de la loi ; c'est un mépris du bon plaisir de Dieu, auquel on préfère sa volonté propre, volonté qui n'est ni juste ni raisonnable; c'est enfin une irrévérence faite à Dieu, en sa présence, et une désobéissance qu'on lui témoigne. Ne soyez donc pas étonné si l'on dit qu'il vaudrait mieux que tout l'univers pérît que de commettre le moindre péché véniel, et que toutes les bonnes œuvres de toutes les créatures qui ont été, qui sont et qui seront, ne sont pas capables d'effacer un seul péché véniel. Toutes les créatures ne sont devant Dieu qu'un pur néant, à moins que leurs mérites ne soient unis à ceux de Jésus-Christ.
2° Ajoutons que ce qui est regardé comme léger dans les laïques est très-grave dans un ecclésiastique. Quod veniale plebi, dit saint Pierre de Blois, criminale est sacerdoti; quod erraneum est ovi, peremptorium est pastori. C'est ce que confirme l'autorité du saint concile de Trente : Clerici levia etiam delicta quœ ipsis maxima essent effugiant. Denis le Chartreux, dans son ouvrage De la Vie du Prêtre. éclaircit cette doctrine en se servant de deux comparaisons : Ils sont les yeux, dit-il, de toute l'Eglise; mais la moindre tache ou la moindre blessure dans l'œil est fort