LE PRÊTRE INEXCUSABLE
d'amasser des trésors sanss'y attacher, de posséder comme ne possédant rien. L'homme du monde a des pièges semés sous tous ses pas. Le prêtre, au contraire, est consacré à Dieu seul; sa vie, son ministère, toutes ses actions le dirigent vers les biens célestes. Ainsi, quelque grandes que soient ses obligations, tout dans son état lui rappelle les biens à venir ; son caractère lui crie qu'il n'a rien de commun avec les choses d'ici-bas ; il le force à mener une vie édifiante et sainte. Ainsi son état doit devenir son accusateur.
2° La grâce ne lui a pas manqué, ou si elle a manqué, c'est qu'il n'a pas voulu la recevoir. Je ne vous laisserai pas orphelin, a dit le Seigneur. Il pouvait obtenir la grâce par la prière et par les sacrements; il était un des principaux membres de la communion des saints ; le bras du Seigneur n'était pas raccourci ; il avait assez de secours pour parvenir à la plus haute perfection. Si donc il s'est perdu, il ne peut en accuser que lui-même.
Au milieu du tumulte, il pensait que son salut exigeait des efforts infinis, mais il reconnaît son erreur : la chose, loin d'être impossible, ne demandait qu'une volonté sincère; il en convient maintenant : elle serait même devenue facile par l'habitude et le bonheur qu'il y eût trouve. D'autres, avec moins de moyens, sont restés fidèles: pourquoi ne l'aurait-il pas pu? pourquoi n'a-t-il pas voulu du moins essayer? Il a rompu tous les liens qui le tenaient attaché au Seigneur, et il a dit : Non serviam. Je servirai le monde que j'ai solennellement répudié: je me servirai de l'autel pour y trouver un produit qui me soutienne dans la carrière du crime et qui m'aide à mener une vie coupable.
3° Cependant on n'a point traîné ce prêtre dans le sanctuaire malgré lui; l'Eglise ne l'a reçu qu'après bien des prières, des promesses et des épreuves. Il avait juré une .obéissance constante, une soumission perpétuelle ; il avait juré de remplir avec fidélité ses fonctions envers le peu-
pie qui lui était confie : telles furent ses promesses ; elles deviennent maintenant ses plus terribles accusateurs. Seigneur, vous êtes juste, vos jugements sont remplis dequilé. Becordare, Jesupie, quod sum causa tuœ viœ, ne me perdus Ma die.
IIe Point. — l°Un pauvre paysan ne sait souvent que ce qui lui est enseigné par son pasteur. Mais le prêtre est le code des ignorants, leur juge, leurmédecin,leur guide. Si le prêtre eût été dépourvu de talents, il eût élé éloigné du sanctuaire ; mais il était l'oracle de sa paroisse. Les âmes qui se sont conservées dans la vertu se croient redevables de leur salut envers lui. Il prêchait, pour se mettre à l'abri de tout soupçon, avec un zèle qui en imposait ; s'il s'est perdu, ce n'est pas par défaut de connaissance. Il prononçait anathème contre les coupables, et il était coupable lui-même. Plus d'une fois il regrettait d'être prêtre en menant une vie criminelle et hypocrite ; il était mécontent de lui-même, et ce prêtre a persévéré dans sa vie indigne, malgré ses inquiétudes et ses remords.
2° Après bien des combats, une punition terrible est tombée sur lui : la lumière de la foi s'est éteinte. C'était déjà un aveuglement de ne pas faire le bien qu'il connaissait, un aveuglement de ne pas expier ses désordres; la punition de son aveuglement a été de persévérer dans son endurcissement. 11 s'est endurci par habitude; il a fait des efforts pour se persuader qu'il ne serait pas damné ; il s'est fait un Dieu qui ne met point de différence entre le vice et la vertu, un Dieu qui n'est pas juste ou qui ne voit pas, un Dieu qui ne sait pas récompenser. Le délai de la vengeance l'a enhardi, la fausse espérance l'a rendu impénitent. Mais voici que le Juge irrité se présente ; il tient en ses mains le coupable, qui n'a point d'excuse valable, point de prétexte plausible, point de moyen de justification ; il est sans espérance.
3° Que de fois ce prêtre avail averti les pécheurs de