‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 89 sur 168 · LE PRÊTRE INEXCUSABLE · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE INEXCUSABLE

taire pénitence ! que de t'ois il avait dit que le nombre des élus est petit, que celui qui tarde de se convertit' périt dans son endurcissement! Le voilà lui-même éprouvant la vérité de ses menaces, et les âmes qui lui furent con- Jiées deviennent ses juges.

IIIe Point. — Parmi le grand nombre d'âmes dont ri était chargé, quelques unes se sont sauvées, beaucoup se sont perdues.

1° Il arrive presque toujours que Dieu se sert du ministère d'un prêtre même coupable pour conduire certaines âmes dans les voies du salut. Représentez-vous le prêlre pécheur auprès du tribunal de Dieu, environné des âmes qu'il a converties. Quel reproche accablant pour cet infortuné, qui leur avait recommandé ce qu'il ne faisait pas, qui leur avait enseigné ce qu'il ne croyait pas ! Elles sont là qui peuvent lui dire : Cecidisti! C'était vous qui nous aviez faites chrétiennes, qui nous aviez fait plus tard connaître nos erreurs, qui nous enseigniez à observer la loi, qui nous montriez le chemin étroit de l'Evangile, qui nous parliez si fortement de la mort, des jugements de Dieu, qui saviez employer tant de moyens divers pour nous faire renoncer au péché. C'était vous qui nous appreniez à avoir en horreur le vice honteux, à aimer la sainte modestie, à nous humilier comme Jésus-Christ, à pardonner à nos ennemis, à fuir le monde, à pratiquer la pénitence et la mortification, à prier avec ferveur; nous avions mis en vous toute notre confiance, et vous êtes tombé! Cecidisti! Pauvre prêtre, vous pouviez faire ce que vous commandiez; nous avons suivi vos conseils, nous avons vaincu la chair, le monde, le démon et le péché, nous sommes sauvées par vos soins, et vous êtes tombé! Tu cecidisti! Le prêtre voudrait leur adresser ces paroles : Miserimini mei saltem vos amici mei; mais il n'y a plus d'intercession possible.

2° Si les âmes qu'il a sauvées sont pour lui un reproche accablant, combien la vue des âmes qu'il a perdues par

ses conseils et ses exemples ne sera-t-elle pas capable d'augmenter la confusion qui le couvre! Il en voit qui ont laissé refroidir leur piété, parce qu'elles le voyaient plus froid et plus négligent qu'elles-mêmes ; il en voit qui se sont affermies dans le crime, parce qu'elles s'apercevaient qu'il était criminel ; d'autres qui ont perdu la foi en le voyant célébrer les saints mystères avec dissipation, sans préparation, presque sans action de grâces; d'autres enfin qu'il a lui-même portées au péché. Ali ! depuis longtemps ses paroissiens le regardaient comme un prêtre inutile; ses supérieurs, qui n'avaient pas des preuves de sa culpabilité, le supportaient; mais Dieu l'attendait, et le jour de la vengeance est enfin venu.

L'expérience enseigne que ceux qui ont été égarés par les exemples ou par les conseils d'un mauvais prêtre, ne se convertissent presque jamais. Ainsi, à la mort, ses mains sont encore pour ainsi dire dégouttantes de leur sang. Pasteur cruel, voilà les âmes rachetées au prix du sang de Jésus-Christ, qui vous avaient été confiées poulies nourrir, les diriger, les faire croître et les conduire à la patrie; vil mercenaire, vous les avez égorgées, vous 1rs avez égarées, vous les avez perdues; rendez compte de leur perte. C'est le prix du sang de votre Dieu, c'est un trésor plus précieux que le monde entier; qu'en avezvous fait? Le sang de vos frères crie vengeance : vous avez enlevé à Dieu sa gloire, au ciel des élus, aux âmes le bonheur éternel. Quid fecisti? Qu'avez-vous fait, infortuné, des sacrements, des grâces, de tout le bien dont vous étiez l'administrateur? Vox sanguinis fratris tui clamât : Allez, maudit, au feu éternel, qui a été préparé au démon et à ses anges. Vous avez été vous-même l'ange de Satan, son ministre, son ambassadeur; allez donc au feu éternel. Juste judex ultionis, donum fac remissionis, tinte diem rationis.

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