‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 10 sur 212 · SIXIÈME MARDI APRÈS L'ÉPIPHASIE · texte numérisé non relu

SIXIÈME MARDI APRÈS L'ÉPIPHASIE

Des deux étendards suiti

2° Qu'il porte sa croix. Voilà la seconde recommandation de notre chef, c'est que nous ayons soin de diriger nos armes contre le monde sous l'étendard de la croix . parce que le monde, qui hait Jésus-Christ, combat pour Satan et persécute les serviteurs de Dieu sur la terre et partout. Le porte-enseigne de la légion infernale montre à ses alliés les honneurs, les richesses et les voluptés : triple concupiscence dont il se sert pour séduire les âmes ; il excite par des promesses, il entraîne par son exemple, il corrompt et donne la mort par sa société dangereuse et pestilentielle. Ceux qui ne viennent pas à lui volontairement sont de sa part l'objet d'une haine cruelle et barbare ; il ne les laisse en paix nulle part. Il ne peut donc y avoir aucun commerce d'amitié entre le monde et les soldats de Jésus-Christ, mais une guerre affreuse, un divorce éternel. C'est pourquoi le Seigneur, notre législateur et notre roi, nous ordonne de porter sa croix tous les jours. 11 a placé l'étendard de la croix et du salut en face do l'étendard de la rébellion et de la réprobation, afin de montrer sa pauvreté, ses tourments, son infamie, pour servir de remède au poison du siècle.

C'eat par ce signe que vous vaincrez, et vous posséderez votre âme par la patience (3). Tous les enfants de Dieu ont ce signe sur leur front, afin de se distinguer ainsi des enfants du démon paT une marque irrécusable. C'est

! Judith i5. — 2) Ma b. 14. — (3 Luc 21

DHS DEUX ÉTENDARDS. 4 3

dans ce signe que vous devez vous glorifier et trouver vos délices, regargant tout le reste comme de la boue et du fumier, pourvu que vous obteniez Jésus-Christ.

Vous êtes ma gloire, Seigneur, mes richesses et ma joie; je suis à vous. Délivrez-moi de tous ceux qui me persécutent et qui troublent mon âme, afin qu'aucune créature ne puisse me séparer de vous.

3° Qu'il me suive. C'est la troisième chose qui est ordonnée et qui consiste à suivre le Christ, notre Roi, contre les puissances des ténèbres , en imitant ouvertement sa vie et ses vertus, afin que, le prenant pour modèle, nous fassions tout ce qu'il a fait, et que, combattant avec les armes de la justice , soit à droite, soit à gauche , nous écrasions les ennemis de notre âme. Il a voulu devenir semblable à ses frères et être tenté en toute manière, à "l'exception du péché, afin de nous montrer le chemin de la victoire, en formant ainsi nos mains au combat et nos doigts à la guerre.

N'avez- vous point été choisi pour servir de modèle à vos compagnons d'armes et exciter les autres par une sainte émulation en portanthaut et publiquement le signe de la croix et du salut? Pourquoi donc, confessant Dieu dans votre cœur, rougissez-vous de paraître chrétien aux yeux du monde ? Pourquoi vous voit-on mêlé à ses fêtes, à ses joies, à ses plaisirs? Pourquoi au moins ne menezvous pas une vie plus parfaite et plus digne d'un soldat de Jésus-Christ? Pourquoi tant de négligence dans l'accomplissement de vos devoirs et si peu de perfection dans votre vocation ?

Ranimez donc votre courage ; voyez qui vous servez, pour qui vous combattez. Vous n'avez soin que de votre chair, vous cherchez à satisfaire tous ses désirs, vous ne i.i laissez manquerde rien pour flatter sa mollesse et lui procurer des délices. Vous suivez la prudence du siècle, et vous vous laissez prendre à ses amorces. Vous détestez la pauvreté et l'infamie ; vous préférez servir sous les éten-

i i. VI. MARDI APRÈS L 'EPIPHANIE.

dards de Satan plutôt que sous celui de la croix. Rougissant du Fils de l'homme, vous l'abandonnez, vous le persécutez après lui avoir juré fidélité. Vous ne respectez point l'Eglise son épouse, qui marche comme une année rangée en bataille.

0 mon Dieu, «l'ennemi a poursuivi mon âme et l'a « humiliée jusqu'à terre; exaucez-moi, Seigneur, et, par « votre miséricorde, dispersez mes ennemis (1). » Je vous louerai, ô mon Roi, je ferai connaître à tous les hommes votre puissance, et par ma conduite je montrerai la gloire de votre règne, qui est de tous les siècles, et votre domination, qui dure de génération en génération (2).

IIIe Point. — Celui qui combat clans V arène n'est point couronné s'il n'a combattu légitimement (3). Celui-là combat légitimement qui fait la fonction de soldat; il doit recevo ir prudemment l'attaque de l'ennemi, le combattre fortement, le repousser constamment.

4° On peut appliquer à tous les chrétiens ce que le Seigneur disait à ses disciples : Vous êtes comme des brebis au milieu des loups; soyez donc prudents comme des serpents {A). Voici ce qui est nécessaire pour faire la guerre avec succès : la prévoyance, pour ne pas se laisser surprendre par la promptitude de l'ennemi, qui a soin d'attaquer son adversaire avant qu'il soit prêt et tandis qu'il est désarmé; la méfiance, qui consiste à ne pas tant s'appuyer sur ses propres forces que sur le secours d'en haut, et à ne point abandonner la place désignée, de crainte qu'on ne se batte dans une position défavorable et contre la volonté de Dieu ; la vigilance, pour ne pas se laisser circonvenir et envelopper dans les embûches, de peur que l'ennemi ne surprenne tout d'un coup et ne renverseTimprudent; la sobriété et la tempérance, de crainte que, par une ferveur intempestive et une trop grande témérité, on ne se jette au milieu des dangers, et qu'en poursuivant l'en-

(1) Ps. 1 Ï2. — (2) Ps. 144 — (3) II ïim. 2. — (4) Mat th. 10..

DES DEUX ÉTE'DaRDS.

nemi avec trop d'audace on ne prête le flanc ou que l'on ne reçoive une blessure par derrière. Mes frères, dit saint Pierre, soyez prudents et vigilants (1).

C'est par votre imprudence que votre âme est couverte de blessures ; prenez garde que par imprudence vous ne rouvriez une large plaie et que la mort ne s'ensuive. Tant d'autres ont péri par leur imprudence en ne veillant pas assez sur leurs pensées et sur leur imagination, qui leur rappelait des souvenirs qui ont suffi, hélas! pour causer leur perte! Les plaies de l'âme se rouvrent facilement.

2° Ce n'est pas la prudence seule qui donne la victoire, il faut encore de la grandeur d'âme ; Tune prépare ce qui est nécessaire pour le combat, l'autre remporte la victoire et triomphe. Avec quelle violence et quelle adresse l'ennemi nous menace ! 11 faut donc le repousser non seulement avec prudence mais aussi avec courage. Résistez-lui courageusement par la foi (2), ayant soin d'avoir pour ceinture la vérité, pour cuirasse la justice ; prenez l'armure de Dieu pour résister dans le mauvais jour et demeurer ferme; prenez le casque du salut et le glaive de l'esprit en priant toujours, afin que vous puissiez amortir les traits enflammés de l'ennemi (3). Le Dieu des vertus est avec vous; c'est lui qui animera votre courage et qui réduira vos ennemis au néant.

3° La constance met fin à la guerre et attache à son char de triomphe la victoire par un infaillible destin. Celui qui persévérera jusqu à la fin sera sauvé (4). L'homme ne fera jamais périr des esprits qui sont ses ennemis opiniâtres et extrêmement méchants ; mis en fuite, ils reviennent ; chassés, ils deviennent furieux et se relèvent plus audacieux encore , ils se précipitent avec plus de rage. Mais voici ce que dit le Seigneur: « Soyez fidèles « jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de « vie (5). Ne craignez point ; que votre cœur ne soit

(1) i Pcfr. 3.— (2) lbid ; Ephos. 6.— (5) Ps. 101. — (4)Matlh. 21 .

iO VI. MERCREDI APRÈS ^EPIPHANIE.

•. point ému à la vue de ces queues de tisons qui fument a encore au jour de ma fureur (1). Attendez le Seigneur, u prenez courage et fortifiez-vous (â). »

« Le Dieu distributeur de toute grâce qui nous a apr pelés à la gloire éternelle en Jésus-Christ, après que a vous aurez souffert un peu de temps, vous perfection- - nera, vous fortifiera, vous affermira. A lui soit la gloire

et l'empire dans les siècles des siècles. Amen (3). »

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