TOME H
Iî. MARDI DE CARÊME
« chante, vous me renierez trois fois. » Pierre n'est point humilié, et sans aucune prudence il répond : « Quand '< bien même il faudrait mourir avec vous, je ne vous re- « nierais pas. «Dans cesparolesPierre se rend coupable do plusieurs fautes par défaut d'humilité, et prélude ainsi en quelque sorte à sa triple apostasie: car, en s'appuyant sur ses propres forces, premièrement, il manque defoi et de confiance ; secondement, il se préfère aux autres; et enfin il entraîne les autres dans la même présomption, car tous les autres disciples parlèrent de même (1).
Par cet exemple, le Seigneur a voulu, je pense, nous apprendre à ne pas nous fier à nous-mêmes, et à ne pas nous jeter imprudemment et sans y être préparés au milieu des occasions dangereuses, même avec de bonnes intentons, parce que Dieu abandonne les imprudents et les téméraires, qui alors sont infailliblement vaincus par !e démon. Que les disciples eussent bien mieux fait de dire ;e qu'ils disaient autrefois, lorsque la barque était couverte par les vagues : Seigneur . sauvez-nous, -nous périssons (2) !
IIIe Poi>t. — Le Seigneur dit : Simon. Simon. Satan vous
recherchés pour vous cribler comme le froment (3). Le Seigneur, s'adressant ensuite à Pierre, lui prédit son humiliation spéciale, sa guérison spéciale et son élévation spéciale.
1° Pourquoi Jésus-Christ s'adresse-t-il spécialement à Pierre lorsque cependant il parle à tous en général, en 'Usant : Satan vous a recherchés? Est-ce parce que Simon. plus fervent et plus téméraire que les autres, semblait déjà s'arroger la primauté? Est-ce parce qu'en punition de sa témérité il devait faire une chute plus lourde que les autres? Est-ce parce que, destiné à être le prince des apôtres; il devait être plus humble et plus fondé en humilité que les autres? Il paraît évident, d'après les parole^
Marc 14. — (2) Malin. S. — (3) Luc 22.
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du Sauveur, que personne n'est tenté sans que Dieu le permette ; que la tentation est un avantage, lorsque vaincus nous nous relevons par la pénitence, et que nous devenons plus humbles, quoiquonne doive pas faire le mal pour quil en résulte un bien (1) , mais parce que celui qui est seul bon et sans lequel personne n'est bon peut changer le mal en bien.
« Plus vous voulez être grand , plus vous devez vous « humilier en toutes choses, et vous trouverez grâce de- « vant Dieu (2). » Plus vous vous humilierez, plus le tentateur fuira loin de vous. A cause de leur dispute ambitieuse, Satan demanda et obtint de cribler les apôtres comme du froment.
2° « J'ai prié pour vous , Pierre , afin que votre foi « ne défaille point. » Le Seigneur montre en faveur de Pierre un soin et une providence particulière, parce qu'il lui avait promis les clefs du royaume des cieux et qu'il l'avait choisi pour être sur la terre son vicaire visible et le chef de son Eglise, dont le privilège particulier consiste en ce que le Seigneur pria et obtint que sa foi ne faiblisse jamais en son chef. Si l'humilité défend de rechercher les dignités et les honneurs, elle ne doit pas empêcher que celui qui est appelé comme Aaron ne reçoive l'emploi auquel Dieu le destine, avec la confiance que celui qui lui a donné la fonction lui donnera le secours pour s'en acquitter, surtout si, se méfiant de ses propres forces, il a recours à la prière.
Mais celui qui prend les honneurs en se glorifiant luimême, étant privé du secours de Dieu, comment pourrat — il se soutenir? S'il tombe, il aura peine à se relever et ne conservera pas même la foi qui est un don de Dieu ; aussi il n'est pas rare de voir des chrétiens presque aussi coupables que Judas par leurs crimes et leur malice.
3° Lorsque vous serez converti, affermissez vos frères ; ici
(l)Rom. 3. -(2) Eccli. 5.
J9G II. MARDI DE CÂSÈMi
est le fruit de l'humble pénitence que fit saint Pierre et qu'il continua pendant sa vie entière. Après avoir été i établi dans l'amitié et la grâce de Dieu, il reçut du Seigneur la primauté qu'il semblait avoir abandonnée, et se vit obligé de gouverner ses frères et ses condisciples pour les confirmer dans la foi, les instruire par ses paroles et par ses exemples, et les gouverner comme un pasteur son troupeau. C'est, nous devons le penser, ce qui est ordonné à tous les chrétiens quand une fois ils ont été réconciliés avec Dieu par le sang de Jésus- Christ; ils doivent remplir le devoir qui leur est imposé, et qui consiste non seulement à travailler à leur propre salut, mais à veiller avec soin sur ceux qui leur sont confiés ou qui sont sous leur dépendance, et mêmesur ceux qui leur sont unis par les seuls liens de la charité ; car le Seigneur donne à chacun Tordre de faiiv du bien à son prochain, et nous rendrons compte poui "eux que par nos conseils nous aurions pu sauver.
Venez a mon aide, vous qui êtes le Dieu de mon salut. car la faiblesse des apôtres me fait trembler. Si la colonne de l'Eglise est tombée, comment un membre corrompu pourra-t-il se tenir? Que vous dirai-je donc, Seigneur, sinon ce que disait saint Pierre : Seigneur, je suis prêt à aller avec vous en prison et à la mort? Cependant, effrayé par la voix d'une servante, il vous renia et vous renia trois fois dans la même nuit. Que vous dirai-je, ô protecteur ■les hommes? Je louerai votre nom, je confesserai ma faiblesse, je m'humilierai devant vous jusqu'aux enfers, jusqu'aux pieds du traître Judas : car l'orgueilleux tombe et 'écipifé (1). mais le Seigneur donne sa grâce aux humbles (-2).
• K). — 2 Jac. 4
DISCOURS DU SEIGNEUR APRÈS LA CÈNE. i 07