‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 104 sur 212 · DEUXIÈME MERCREDI DE CARÊME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME MERCREDI DE CARÊME

Du discours du Seigneur après la cène.

Mes enfants bien-aimés, je suis encore un instant avec vous (1).

Jésus-Christ, faisant son dernier adieu à ses disciples, fixe leur bonne volonté et leur attention en disant : « Je « suis sorti de mon Père, et je suis venu dans le monde : « maintenant je laisse le monde, et je retourne à mon « Père (2). » ïl les invite comme ses enfants à faire attention à la dernière volonté d'un mourant et à la mettre en pratique. Voici les trois choses qu'il leur recommande spécialement : la charité, la patience et la prière.

Ier Point. — Il commence son discours par la charité ; il en impose le précepte, il en propose l'exemple, il eu expose l'avantage.

1° La charité est une ) c'est par elle que nous aimons Dieu pour lui-même et le prochain à cause de Dieu. I! n'y a qu'un lien de charité qui lie les hommes entre eux qui les rattache et les unit à Dieu ; car on ne peut ni aimer Dieu comme il faut sans aimer le prochain, ni aimer le prochain sans aimer Dieu. La charité est une, parce que le motif de l'amour est toujours le même, Dieu. II y a deux préceptes de charité, parce que la charité s'étend à divers objets et qu'il y a plusieurs manières d'aimer, mais la règle est la même. C'est bien là sans doute le premier et le plus grand commandement : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu. Jésus-Christ l'expose en quelques mots : Demeurez dans mon amour (3). Mais l'autre partie, dont l'observance est plus difficile : Vous aimerez votre prochain, il l'inculque plus longuement : « Je vous donne un com- « mandement nouveau, c'est de vous aimer comme je « vous ai aimés ; » et encore : « Voilà mon précepte, c'est

(1) Jean 13. — (2) Ibid. 16. — (3) Ibid. 15.

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a queyous vous aimiezles uns les autres comme je vous ai « aimés. » Il la répète une troisième fois : « Voilà mon a commandement, c'est que vous vous aimiez mu- « tuellement. »

Le Seigneur appelle ce commandement le sien et nouveau, parce qu'il est le médiateur d'un meilleur testament. notre législateur et notre roi (t) ; à la loi ancienne, qui était une loi de crainte, il substitue la loi nouvelle, la loi d'amour, et, abrogeant les cérémonies mosaïques, il réduit tous ses commandements à l'amour seul. Voilà pourquoi l'apôtre dit : Celui qui aime son prochain a accompli la loi (2) ; c'est pour cela que Jésus-Christ a établi la charité comme le signe et la marque de la divinité de sa doctrine et de sa religion : s Père saint, dit-il, je vous de- « mande que tous mes disciples ne fassent qu'un, afin a que le monde connaisse que vous m'avez envoyé. Tout « le monde saura que vous êtes mes disciples si vous avez « de l'amour les uns pour les autres (3). » Cette marque vous distingue-t-elle, vous qui êtes si prompt à vous mettre en colère et si lent à pardonner?

2° Mais quelle charité immense le Seigneur ne nous a-t-il pas donnée en exemple? C'est une charité telle qu'il n'y en a pas de plus grande sur la terre : « Que vous vous ( aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés ; or, m personne ne peut avoir un plus grand amour que de a donner sa vie pour ses amis, et moi je quitte la vie (4). » C'est une charité telle qu'il n'y en a pas de plus grande dans le ciel, ni de plus durable ; car elle est fondée sur la nature immuable de Dieu, elle prend sa source dans l'ét mité pour durer pendant l'éternité : « Je vous aime « comme mon Père m'a aimé ; voilà mon précepte: c'est ■( que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous « ai aimés. » Ainsi nous devons nous aimer mutuelle- Ci) Hebr. 8 et Isaïe 55. — (2) Rom. 15. — (5) Jean 17 et 15. — [4) Ibid. 15 et 10.

DISCOURS DU SEIGNEUR APRÈS LA CÈ3Œ. f99

ment, comme le Père éternel aime son Fils : a Père saint, u je leur ai fait connaître votre nom, afin que l'amour a que vous avez eu pour moi soit en eux, et moi en « eux (1). «C'est un amour enfin qui, par l'union des âmes, imite autant qu'il est possible l'unité et la simplicité de la substance divine : « Père saint, conservez en mon nom u ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un « comme nous. Je ne prie pas pour eux seulement. a mais pour ceux qui croiront en moi par leur parole : a qu'ils ne fassent tous qu'un, comme vous, mon Père. « en moi, ei moi en vous; qu'ils soient tous aussi-unis c< en nous. »

Jésus-Christ demande donc cette unité entre nous, telle que les anciens avaient coutume de l'exprimer en ces termes : Un ami est un autre moi-même ; entre amis tout est commun. Il faut de même que non seulement nous n'ayons de haine pour qui que ce soit, car qui ajamai haï sa propre chair (2) ? mais encore que r.ous voulions du bien à tous les hommes et que nous leur rendions service selon notre pouvoir. Nous devons préférer le bien spirituel du prochain à nos avantages temporels; puisque Jésus-Christ a donné sa vie pour nous, nous devons aussi donner notre vie pour nos frères (3).

3° Le Sauveur nous montre un grand avantage dancet amour, un avantable durable, un avantage éternel; car il nous promet son amitié: quel avantage peut-il y avoir qui soit plus utile et plus agréable que l'amitié du Sauveur, de notre Juge? « Vous êtes mes amis, si vous u faites ce que je vous ordonne ; or, voici mon précepte : « c'est que vous vous aimiez les uns les autres. » Il promet aussi la grâce et l'amitié de son Père, et la faveur d'habiter tous deux en nous par une intime union : « Si « quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père a l'aimera; nous viendrons à lui, et nous ferons en lui

(I) Jean 17. — (2) Ephes. 5. — (5) I Jean 5.

u notre demeure. » L'Esprit saint, l'Esprit de paix et de consolation, Celui qui répand la chanté etla joie dans nos cœurs, est-il exclu de cette ineffable union? Non, il nous promet cette vision intuitive qui rend heureux tous les saints, heureux dans le ciel pendant l'éternité : « Celui

qui observe mes commandements , celui-là m'aime;

mais celui qui m'aime sera aimé de mon Père, je l'ai- « merai et je me manifesterai moi-même à lui. »

Que c'est avec raison que saint Jean a dit : Mes petits nfants, aimez-vous les uns les autres, car c'est le commandement du Seigneur, et si vous l'accomplissez, cela

suffit :

IIe Point. — Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix, non une paix comme celle que donne le monde; que votre cœur ne craigne point, quil ne tremble pas (i). Le monde a la paix dans son bien-être ; Jésus-Christ par la patience donne la paix dans l'adversité. Mais pour encourager ses disciples à supporter patiemment et pacifiquement les tribulations et les persécutions, il unit son sort à leur sort, il leur promet les secours d'en haut, il leur prédit une joie éternelle.

i° u Souvenez-vous de ce que je vous ai dit : le ser- « viteur n'est pas plus que son maître; si l'on m'a perséa cuté, on vous persécutera ; si le monde vous hait, il ' m'a haï avant vous (S). » Ainsi celui-là partage le sort île Jésus-Christ qui supporte la haine du monde, et qui souffre la persécution ; il en résulte une consolation grande et abondante, une paix solide et une victoire assurée :

Je vous ai dit cela afin que vous ayez la paix en ci moi; vous serez pressurés dans le monde, mais ayez « confiance : j'ai vaincu le monde (3).a 11 promet en outre un accroissement de fruits de justice et de mérites : « Mon Père, dit-il, est vigneron; il détruira tout sarment a qui ne portera pas de fruit en moi , et tout ce qui porte

i) Jean 14. — (2] Ibid. io. — (3j IbiJ. 10.

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