‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 12 sur 212 · DU COMBAT DE LA NATURE ET DE LA GRACE · texte numérisé non relu

DU COMBAT DE LA NATURE ET DE LA GRACE

péché originel : le second Adam nous donne la grâce. a Le premier Adam fut créé avec une âme vivante ; le « second a été rempli d'un esprit vivifiant (1). » Comme la grâce et la nature sont opposées naturellement, elles engendrent aussi des natures qui se combattent et forment deux hommes en un : « l'un charnel, qui est engen- « dré selon la nature; l'autre spirituel , qui est engendré u selon la grâce. L'Adam terrestre a des enfants terresa très, celui qui est céleste a des enfants célestes (2). » Or, il ne peut y avoir une nouvelle créature en Jésus- Christ, à moins que le vieil homme ne soit détruit, et que celui qui est produit par la génération ne soit détruit par la régénération. La grâce corrige ce que lanature adonné, elle réforme l'entendement, elle mortifie les sens, elle corrige l'affection ou la passion.

i° Que sert à l'homme la lumière de la nature pour se diriger et pour rechercher la vérité ? Il est aveuglé par les ténèbres de l'enfance et de la concupiscence ; les nuages de l'ignorance obscurcissent sa vue. Il trouve avec peine ce qui est sous ses yeux, il ne prévoit point les choses à venir, il ne découvre point les choses éternelles. Quoique la nature lui montre la différence du bien et du mal et quelques principes évidents sur les mœurs, elle ne saurait lui donner seulement la pensée de ce qui peut conduire au salut ; elle l'enfle d'un vain orgueil et d'une science plus vaine encore, qui ne lui permet pas de recevoir ce que les autres ont trouvé, ni de se dessaisir de ce qui vient de lui-même. Mais la grâce détruit les conseils de la nature et toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu ; elle réduit sous l'obéissance de Jésus-Christ et de la foi tout esprit qui se soumet à son empire, et le captive de manière à le rendre capable de contempler les biens célestes, qui sont élevés au dessus de la nature (3).

0 éclat de la lumière éternelle , véritable émanation de

(1) rCor. L£. — (2, Ibid. — (3) II Cur. 10.

18 M. MERCREDI APRÈS l'éNPHAME.

la clarté de Dieu, plus brillante que le soleil, qui formez les amis de Dieu et des prophètes, « venez éclairer nos « esprits et nous donner la science des saints pour la ré- « mission des péchés (1). »

2° Mais le combat principal de la nature contre la grâce se trouve dans le sens extérieur, où réside la concupiscence de la chair, qui, quoique vaincue souvent, n'est cependant jamais détruite entièrement. C'est elle que l'apôtre, après avoir été élevé au troisième ciel, éprouvait encore rebelle à la loi de l'esprit; quoiqu'il y résistât fortement, il était fatigué de combattre tous les jours contre luimême et de ne pouvoir enfin remporter une victoire complète : Je ne fais pas, dit-il, le bien que je veux (2) : aussi il pria trois fois le Seigneur de détruire en lui l'aiguillon de la chair, mais le Seigneur lui dit : Ma cjmce vous suffit (3). Oui, la grâce suffit, mais à condition qu'elle ne sera pas désarmée; il faut qu'elle soit armée de freins et déchaînes, de châtiments et de supplices pour mortifier et dompter la chair rebelle. C'est pourquoi Fapôtre saint Paul dit : « Je combats non en donnant des coups « en l'air, mais je châtie mon corps et je le réduis en ser- « vitude, de crainte qu'après avoir prêché aux autres, je « ne sois réprouvé moi-même (i). »

« Malheureux que je suis! Qui me délivrera de ce corps a de mort? Ce sera la grâce de Dieu par Jésus- Christ no- « tre Seigneur, qui réprime le sens charnel et qui cor- « rige l'affection du cœur ou la passion (5). »

3° Tout ce qui est cléfendu a de l'attrait pour nous, et le cœur des hommes est dépravé (6). C'est lui qui consomme le péché qui donne la mort ; car c'est du cœur que sortent les mauvaises pensées, les homicides, les vols qui souillent l'homme. Le corps qui se corrompt appesantit l'âme (7) et l'incline au mal ; cependant il ne lui donne

;l) Sop.T; Luc 1.—!'? Rom. 7. — (3HICor. ii. —(4)1 Cor. 9. n. 2 — (6) Jcr. 12. — (2) Matin. I5;~Sap. &

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