‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 132 sur 212 · LES JUIFS LIVRENT JÉSUS AUX GENTILS · texte numérisé non relu

LES JUIFS LIVRENT JÉSUS AUX GENTILS

religion comme d'un voile qui couvre notre malice, mais Dieu sonde les cœurs et les reins.

3° « Pilate sortit donc vers eux en dehors et dit : « Quelle accusation avez-vous à faire contre cet homme? « Ils répondirent et lui dirent : S'il n'était pas un malfaiu teur, nous ne vous l'aurions pas amené (1). » Ce qu'une aveugle passion imagine ou croit voir, l'impudence l'affirme avec audace. Ce sont eux qui le livrent, donc il est coupable ; ils veulent qu'on les croie sur parole, c'est à peine s'ils peuvent souffrir qu'on les interroge. Si ce n'était pas un malfaiteur; mais dites, je vous prie, où, quand et comment. « S'il n'était pas un malfaiteur , celui qui a « bien fait toutes choses, qui a fait entendre les sourds et « parler les muets (2) ; celui qui a passé en faisant le bien, « en guérissant tous les possédés du démon ? »

Quelle calomnie ! Jésus est accusé, et il ne répond rien, afin de vous apprendre à vous taire, lors même qu'on vous reprend sans raison.

A0 Ils commencent à donner une tournure et un développement à cette accusation vague, en accumulant les mensonges ; ils commencèrent à l'accuser en disant : Nous l'avons surpris pervertissant notre nation (3),; il la rétablissait, au contraire, par sa doctrine, par ses miracles et par ses exemples; il voulait, disait-il en pleurant, les réunir comme la poule réunit ses poussins sous ses ailes, et les ramener du joug de la servitude à la liberté des enfants. Ils ajoutent : Il défend de payer le tribut à César; cependant, peu de jours auparavant, les pharisiens l'ayant tenté, il répondit : Rendez à César ce qui est à César. lis disent encore qu'il se dit roi; cependant, ayant connu quils devaient venir pour V enlever et le faire roi, il s enfuit stul sur la montagne (4).

Il savait tout cela, il pouvait le réfuter, mais Jésus se taisait, et il disait intérieurement à son Père : « J'ai mis

[t) Jean 18. — (2) Marc T. — (3) Luc 23 - [}■ Jean 6.

« une garde à ma bouche lorsque le pécheur s'élevait u contre moi (1). De faux témoins se sont élevés contre a moi, et l'iniquité s'est menti à elle-même (2). Ils ont •< dit des choses vaines, et ils méditaient tout le jour des h fourberies. Je suis cependant comme un homme qui « n'entend rien et qui n'a rien à répondre ; j'ai gardé le a silence, je n'ai pas ouvert la bouche, parce que c'est vous « qui l'avez voulu. Détournez de moi vos plaies, pé- « cheurs (3). »

Levez-vous, Seigneur ; pourquoi semblez-vous être endormi? Jugez vous-même votre cause, et humiliez le superbe et le calomniateur ; par votre silence, vous semblez être coupable, non de vos péchés, il est vrai, mais des miens, parce que vous portez mes iniquités. C'est pour cela que vous passez pour un malfaiteur et que vous êtes convaincu par votre silence; c'est moi qui ai mal agi, et ma vie est remplie de toutes sortes de crimes. Vous me dites : Je me suis tu, parce que vous l'avez voulu; je suis accusé d'ambition, de sédition, de scandale; je n'ai pas ouvert la bouche, parce que c'est vous qui l'avez voulu. Mais vous, vous ne gardez pas le silence, et vous répliquez à celui qui vous reprend, vous lui renvoyez ses injures. Pourquoi vous enflammez-vous contre les Juifs plutôt que contre vous-même? Eloignez de moi vos plaies, pécheurs.

IIe Point. — Jésus parut devant le gouverneur, et le gouverneur l'interrogea en disant : Etes-vous le roi des Juifs (A)? Pilate interroge Jésus-Christ sur son royaume, sur sa vie et sur la vérité.

i° Etes-vous le roi des Juis? Enfin la sagesse éternelle ouvre la bouche : à propos, pour ne pas sembler mépriser le juge ; modestement, non pour sa propre défense, mais pour manifester la vérité; utilement, si Pilate eût voulu l'entendre. Jésus lui répondit : Dites-vous cela de vousmême, ou si d'autres vous l'ont dit de moi (5) ? Il ne demande

.1) Ps. 53. — (2) Ps. 26. — (3) Ps. 37 cl 58. — (4j Hatlh. 27. — f5) Jean 18.

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pas ce qu'il ne sait pas, mais il lui montre qu'il faut examiner la cause et peser les motifs, non d'après l'impulsion de ses ennemis, mais d'après les mouvements de sa propre conscience. Pilate, ayant négligé cette précaution et répondu avec mépris : Est-ce que je suis Juif? n'eut pas le bonheur de connaître le Roi et faussa son jugement. Combien c'est une chose grave de laisser passer l'occasion d'obtenir une parcelle du don céleste ! combien vous en laissez échapper! Jésus continue : « Mon royaume n'est « pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, « mes ministres combattraient certainement pour moi. « afin que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais mon « royaume n'est pas d'ici. » Le règne de Jésus-Christ n'est pas de ce siècle, mais spirituel; non terrestre, mais céleste; non sur les corps, mais sur lésâmes; non dans un extérieur pompeux, mais dans la réunion intérieure de toutes les vertus; non dans les richesses et l'opulence, mais dans la pauvreté d'esprit; non en dignité et en magnificence, mais en humilité et en patience ; non dans la prudence de la chair, mais dans celle de l'esprit. Pilate ne fait aucun cas de ce règne, et il lui répond en raillant : Vous êtes donc roi? Jésus ajoute gravement : Vous l'avez dit, et vous avez dit vrai, car je suis roi.

Oui, Seigneur, vous êtes mon Roi et le Dieu de mon cœur; que votre règne arrive, que toute créature vous serve comme je me donne moi-même à vous pour que vous me gouverniez; je me consacre entièrement à votre service. Si le gouverneur eût connu la gloire et les richesses de votre royaume, la sagesse et la paix, la douceur et l'éternité qui y régnent, il ne l'eût pas méprisé.

2° « Pilate répondit : Votre nation et ses pontifes vous « ont livré à moi; qu'avez-vous fait? » Jésus laisse passer l'occasion d'une juste défense; il veut être regardé comme coupable, sonffrir et mourir pour moi. 0 charité '. ô bonté ! comment pourrai-je vous aimer et vous louer assez? Jésus cependant rend compte de sa vie, et il clé-

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