QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME
* Sur hx Providence divine.
Ou pourrons-nous acheter tissez de pain pour donner à ce peuple? Or, il parlait ainsi pour réprouver, car il savait bien ce qu'il voulait foire (1). Représentez-vous Jésus- Christ dont le regard, plein d'une douceur ineffable, attire tout à lui. Seigneur, regardez-moi et soyez louché de compassion.
La puissance et la douceur de Jésus-Christ sont si admirables que des peuples entiers le suivent, sans provisions, sans subsistances, pendant plusieurs jours, et sans prendre aucune nourriture. Mais admirez la bonté du Sauveur : il ne veut pas renvoyer cette foule sans quelque secours, de peur qu'elle ne tombe en défaillance; et comme il n'a pas lui-même de provisions, il opérera un miracle pour nourrir cette multitude, et ne l'enverra qu'après l'avoir comblée de ses bienfaits. Ce que Jésus-Christ a fait une fois en faveur de ces quatre mille personnes, il le fait tous les jours en multipliant les grains que nous confions à la terre; mais nous y faisons moins d'attention parce que nous y sommes accoutumés. Cependant il est certain qu'il y a une Providence qui veille sur nous, nous devons nous y soumettre; il y a une Providence qui s'occupe de nous, nous devons nous y conformer; il y a une Providence qui a soin de nous, nous devons nous y confier.
Ier Point. — Il y a un grand nombre de chrétiens qui ne veulent pas se soumettre à la Providence, soit parce qu'ils ne croient pas que Dieu s'occupe de nous, soit parce qu'ils ne veulent pas se soumettre à sa volonté sainte.
1° Si vous ne croyez pas à la Providence, vous êtes un infidèle, et plus impie qu'un païen, car les païens avaient
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connu la Providence par les simples lumières de la raison. Ne sentons-nous pas, indépendamment des lumières delà foi, les effets continuels de la Providence? N'est-ce pas elle qui règle tout dans l'univers, qui donne à chaque être un certain temps d'existence, qui envoie l'abondance ou la disette, les sécheresses ou les inondations? Uuel monstre de Dieu se fait l'incrédule 1 un Dieu qui n'a aucun soin de ses créatures, qui ne s'intéresse ni à leur sort, ni à leur conservation, ni à leur perfection ; un Dieu qui n'est ni sage, ni juste, ni bon. Ils sont plus impies que la plupart des sectes païennes, qui reconnaissaient que tout sur la terre était gouverné avec sagesse. Direz-vous que tout ici-bas est l'effet du hasard ? Mais vous savez bien que le hasard n'est qu'un mot, et qu'il ne saurait établir l'ordre qui règne dans l'univers. Vous-même plus d'une fois vous avez été une preuve vivante de la Providence lorsqu'elle vousconservadansle danger. Hélas combien de fois n'avez-vous pas murmuré contre Dieu quand il vous arrivait quelque affliction ! Vous reconnaissiez donc alors malgré vous que vous dépendiez de Dieu. Vous êtes tenté de nier la Providence à cause des désordres qui régnent dans le monde ? Mais quels sont ces désordres, sinon quelque chose d'opposé à l'ordre, qui est Dieu ? Y eut-il jamais rien en apparence de moins conforme à l'ordre que la vie du patriarche Joseph? Cependant le Sei gneur permit ce désordre pour le conduire à ses fins et en faire tout ensemble le sauveur de l'Egypte et de sa famille. Il y a donc des désordres qui ne sont qu'apparents 2° Mais non, la foi en la Providence n'est pas éteinte ; seulement on ne vit pas d'une manière conforme à sa foi. On sait qu'il y a une Providence, mais on se conduit «nmme s'il n'y en avait pas ; on va jusqu'à employer tous les moyens pour se soustraire à cette divine Providence, c'est pour cela qu'on est ambitieux, intrigant, inquiet ; on veut faire fortune, prendre un emploi, arriver aux honneurs, entrer dans une vocation malgré la Providence :
SUR LA PROVIDENCE DIVINE. 2b7
on compte plus sut soi-même que sur Dieu, ou plutôt on veut se délivrer du joug de la Providence, ne dépendre que de soi. L'orgueil, qui fut le péché des anges et du premier homme, est le mobile de toutes les actions • on veut reléguer Dieu dans le ciel et se conduire à sa manière, et voilà la cause des désordres qui régnent sur la terre. Entendez ces paroles altières de l'homme qui se soustrait au sage gouvernement de la Providence : C'est moi qui me suis fait ce que je suis, te Seigneur ny est pour rien. Manus nostra et non Dominus.
3° « Vous avez abandonné le Seigneur, vous avez dressé « un autel à la fortune, vous lui offrez des sacrifices; je « vous ferai passer par le glaive de ma vengeance. » En vous conduisant en dehors de la Providence, ne commettez-vous pas une espèce d'apostasie ? ne semble-t-il pas que Dieu n'a plus rien à voir aux choses d'ici-bas ' et comme tout ce qui est fait en vue de Dieu et d'après sa providence conduit au salut, en voulant vous soustraire à sa providence et agir sans elle et même contre sa volonté, ne semble-t-il pas que vous renoncez au salut? Vous voulez vous conduire vous-même, vous répondez donc de toutes les suites de votre conduite, et si Dieu pour punir votre orgueil, permet que toutes vos entreprises aient un succès funeste à votre famille ou même à votre salut, on vous dira : Votre perte vient de vous. Allez maintenant consulter les dieux que vous vous êtes faits, quils vous délivrent (I ). Donnez-moi, Seigneur, votre sagesse qui est assise sur votre trône, afin qu'elle travaille avec moi et que je sache ce qui vous est agréable.
IIe Point. — L'homme qui se soustrait à la Providence demeure livré à lui-même, il se prive de la consolation la plus douce, il ne dépend plus de Dieu que comme un esclave enchaîné.
1° L'homme qui n'a pas recours à la Providence n'a plus i autre ressource qu'en lui-même : quel état d'abandon ! (l)OaVn.
Si, dans une affaire de laquelle dépend ma vie, je n'avais d'autre ressource qu'en moi, ne me regarderais-je pas comme perdu? Je suis obligé d'avouer que je suis faible, aveugle, misérable; ma raison est bornée, et souvent elle ne sert qu'à me tourmenter en me faisant prévoir les maux qui me menacent. Il est vrai que dans certaines circonstances je mettrais ma confiance dans les hommes ; mais quel esclavage ! que de dédains, que de mépris n'est-on pas obligé de supporter! On y est sans cesse abreuvé de dégoûts, de déboires, de mortifications. « Maudit est ce- « lui qui met sa confiance dans l'homme et qui s'appuie « sur un bras de chair. Je sais, disait saint Paul, à qui je a me confie. » Ne vous confiez donc pas aux enfants des hommes, qui ne peuvent vous sauver.
2° Dieu abandonne celui de qui il est abandonné ; c'est ainsi qu'il se venge de l'impiété et de l'ingratitude d'un pécheur de cette espèce : il le laisse tomber dans ses propres pièges; l'affliction, la douleur, la maladie fondent sur ce nouvel Achaz, et le Seigneur lui demande : Oh sont donc les dieux dans lesquels vous mettiez votre confiance? Qu'ils viennent maintenant vous soulager. Le voilà donc souvent abandonné et de Dieu et des hommes; il n'a plus d'autre consolation que de maudire, dans sa fureur, et Dieu et les hommes; enfin il ne lui reste que l'horrible désespoir qui, loin d'adoucir ses maux, ne sert qu'à les rendre plus cuisants.
3° Ne pensez pas que l'homme puisse se soustraire totalement au domaine de la Providence. Dieu ne saurait abandonner son autorité sur la créature qui est l'ouvrage de ses mains. Celui qui ne veut pas dépendre de sa providence paternelle dépendra malgré lui de sa providence rigoureuse ; tantôt il accablera ce pécheur par des afflictions, des revers, des maladies, des humiliations et desj amertumes sans nombre ; tantôt il lui donnera de grandes prospérités qui sembleront l'enivrer, auxquelles succéderont des maux inattendus. Ils ont dit : Paix, et voilà que