QUATRIÈME MARDI DE CARÊME
Barrabas est préféré à JésusrChrist.
Au jour solennel le gouverneur avait coutume de relâcher le prisonnier que le peuple voulait ; or, il y en avait un insigne qui s'appelait Bc.rrabas (1). J'expose en peu de mots la matière de cette méditation. Barrabas est préférée Jésus, on demande que Jésus soit crucifié, Barrabas est renvoyé.
Ier Poi.\T. — Non seulement Jésus-Christ est mis en comparaison avec un scélérat, mais il est moins estimé. C'est Pilate et les prêtres juifs qui concourent à lui faire cette injure ; le crime de Pilate est énorme, mais c'est un crime de faiblesse et de lâcheté ; le crime du peuple est plus grand, mais c'est un crime d'aveuglement et d'ignorance; le crime des prêtres et des scribes est le plus grand, parce que c'est un crime de cruauté et de malice. Observez la mesure des péchés, leur poids et leur ordre : ce sont des païens, le peuple et les docteurs qui pèchent.
1° « Lorsqu'ils furent réunis, Pilate leur dit : Lequel a voulez-vous que je vous délivre, Barrabas ou Jésus qu'on « appelle Christ? » La prudence humaine cherche en vain un milieu entre le vice et la vertu ; elle prétend associer Dieu avec le démon. L'intention de Pilate est bonne, parce qu'il voudrait délivrer Jésus-Christ; mais elle n'excuse pas la méchante action par laquelle il le compare
(1) Mattii. 27.
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avec un homicide et le remet au jugement d'an peuple furieux. Il avait étudié la cause, et il la connaissait: il savait que c'était par envie qu'ils l'avaient livré; il prêchait lui-même l'innocence de Jésus-Christ : « Voilà, dit-il. b que, l'interrogeant en votre présence, je n'ai rien trouvé « dans cet homme de ce dont vous l'accusez; ni Hérode. « car je le lui ai renvoyé, et il n'a rien déclaré qui fût di- « gne de mort (1). » La grâce ne lui manqua pas même pour le soutenir dans sa faiblesse ; car, « tandis qu'il était 8 assis sur son tribunal, sa femme lui envoya dire : Ne « prenez aucune part dans l'affaire de cet homme juste, « car j'ai beaucoup souffert aujourd'hui dans une vision « à son sujet (-2). » Cependant, pour ne pas encourir la haine de la multitude, il leur dit : Lequel des deux voulezvous qu'on vous délivre ?
0 esprit pusillanime qui se laisse abattre par le respect humain et la crainte des hommes! Pour vous, fortiiiezvous et agissez avec vigueur contre toute sorte d'injustice, selon vos moyens et votre position; opposez-vous courageusement et constamment contre le vice en faveur de la vertu ; ayez du zèle pour la gloire de Dieu, et ce sera une œuvre de justice qui durera éternellement.
2° Mais ils dirent : Barrabas. Or, Barrabas était un voleur insigne par ses forfaits ; il était enchaîné avec d'autres malfaiteurs, et, dans une sédition, il avait commis un homicide. Voilà l'homme que celte tourbe aveugle préfère à son Roi, au Roi de gloire, un voleur au Rédempteur, le plus criminel au plus innocent, le crime à la sainteté et au Saint des saints; furieuse, elle s'écrie : Xous ne roulons pas celui-ci, mais Barrabas ; enlevez cet homme, et délivrez Barrabas. Où sont donc ceux à qui le Sauveur avait rendu la vue, la parole et l'ouïe? où sont ceux qu'il a délivrés du démon, qu'il a guéris de diverses ma-
J Luc 23. — f2 MallU. 27.