BARRABAS EST PRÉFÉRÉ A J -C
ladies et de toutes sortes d'infirmités, ceux qu'il a ressuscites? Ils s'écrient tous : Non, nous ne voulons pas celui-ci, mais Barrabas. Avec quelle patience et quel silence Jésus supporte cette affreuse ingratitude et cette injustice ! Mais il s'écrie par son prophète : A qui m avezvous comparé ? à qui mavez-vous fait semblable ?
Barrabas est toute mauvaise passion, tout plaisir opposé à la loi de Dieu, et toute créature qui ose s'élever contre lui. On vous donne l'option : choisissez celui qui vous plaît, lequel voulez-vous renvoyer? Combien de fois, oubliant Dieu et ses bienfaits, n'avez-vous pas dit : Non, je ne veux pas celui-ci, mais Barrabas ! Ai-je bien pu, ô mou Jésus, vous faire une injure pareille à celle que je déteste et que je vois avec exécration dans les Juifs ? Ne vous souvenez pas des iniquités que la fureur et l'ivresse des mauvais désirs m'a fait commettre.
3? a Mais les princes des prêtres et les sénateurs per- « suadèrent au peuple de demander Barrabas et défaire « mourir Jésus. » Voilà Porigine de tous les maux et la source de toute iniquité : ceux qui devaient être les défenseurs de Jésus-Christ deviennent les auteurs de sa mort ; pleins de malice, de fourberie, de mensonge, dévorés par l'envie, ils font changer de dessein au gouverneur, ils induisent le peuple en erreur, ils excitent et ameutent la foule. Combien ce crime est plus grand que celui du peuple et de Pilate! C'est le crime de tous, mais c'est le crime particulier de ceux qui par passion donnent de mauvais conseils et qui sèment le scandale. Combien de fois, par vos paroles et par votre conduite, n'avez-vous pas porté les autres au péché, peut-être même étant chef de maison ou ayant une charge temporelle ou spirituelle, ou enfin dans un âge où toutes vos actions sont regardées comme un exemple que l'on croit pouvoir suivre ! Autant d'oreilles vous entendent, autant d'yeux vous voient, autant de crimes pèsent sur votre conscience. Toute la foule s'écria d'une voix : Enlevez cet homme de devant
nous, et délivrez Barrabas (1). Autant il y en a qui crient, autant de péchés commet chacun des sénateurs et des prêtres. Va? sacerdoti curn ceciderit, difficilius erigitur.
Malheur au père, au supérieur ou au chef de maison. s'il vient à tomber! Il se fait une blessure bien plus grave et se relève plus difficilement. Quelle difficulté pour réparer les maux causés par un scandale ! Seigneur, gardez mon âme et délivrez-moi de mes ennemis ; ils ont pris beaucoup d'empire sur moi, et moi je suis faible et enclin au péché dès ma jeunesse.
IIe Point. — Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus qu'on appelle Christ (-2) ? Le combat que nous éprouvons dans notre âme est semblable à celui que nous voyons entre Pilate et le peuple : lui suit la lumière de la raison, mais faiblement; celui-ci sa passion, mais avec violence. Pilate hésite, le peuple le presse; Pilate dispute, le peuple fait du tumulte; Pilate cède peu à peu, le peuple prend de l'audace.
1° Que ferai-je donc de Jésus? Le juge, connaissant la cause et l'innocence de Jésus, demeure incertain, et il demande à ses ennemis ce qu'il faut qu'il fasse ; ils répondent tous : Qu'il soit crucifié ! Il devait s'attendre à cette cruelle réponse d'un peuple séditieux, et il n'en pouvait attendre d'autre. Lorsque les passions agitent vos sens et vous poussent à la révolte, si la raison, après une mûre réflexion, peut distinguer le bien et le mal, réprimez promptement leur attaque; si vous délibérez, elles vous presseront ; si vous demandez ce qu'il faut faire de Jésus, elles ne vous répondront que ce mot : Qu'il soit crucifié !
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il été si souvent condamné sous nos yeux et crucifié de nouveau en nous, comme dans les Galates? Vous demandiez conseil à votre concupiscence, et elle criait : Qu'il soit crucifié! Combien cette parole frappait horriblement les oreilles de Jésus! Assu-
(!) Luc. 23. — (2) Matth. 2ï.
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rémeut elle l'a frappé plus cruellement dans votre cœur que dans la bouche des Juifs.
2° Le gouverneur leur dit : Quel mal a-t-il donc fait? C'est à contre-temps qu'il va disputer et raisonner avec une populace ivre de fureur; il fallait du courage. Le peuple n'est pas touché par la raison et ne l'entend pas, il n'en devient que plus insolent. Mais ils crient encore plus fort en disant : Qu'il soit crucifié ! Il ne faut pas raisonner contre la concupiscence lorsqu'elle s'agite et qu'elle a pénétré dans l'âme ; il faut résister avec force, car on ne la conduit pas par la raison, mais on s'en rend maître par le courage et la vertu. Si vous l'écoutez une fois, elle ne vous écoute plus, elle élève la voix, elle étouffe celle de la conscience qui veut réclamer, et, troublant la raison, elle yous pressera et s'écriera : Qu'il soit crucifié! Quel mal a- t-il donc fait ? La passion ne s'en met pas en peine, elle ne répond pas.
« Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié « leur chair avec ses vices et ses convoitises (1). » Il faut donc crucifier ou Jésus-Christ ou la chair et la concupiscence qui crie : Qu'il soit crucifié ! Choisissez, et agissez avec courage.
3° Il dit une troisième fois : Quel mal a-t-il donc fait ? Je ne trouve en lui aucune cause qui le rende digne de mort (2). Pilate cède et accorde quelque chose à la fureur de cette foule, pensant ainsi la calmer. Je le châtierai. dit-il. Il se trompe, et le peuple, devenant plus audacieux, crie de toutes ses forces et demande qu'il soit crucifié ; ses cris deviennent toujours plus violents. On doit résister fortement et courageusement à ses inclinations mauvaises, ne jamais céder et ne pas leur accorder la moindre chose. Vous vous trompez si vous croyez pouvoir les calmer par la douceur et en fermant les yeux ; elles ne s'arrêtent point, mais elles deviennent plus violentes;
(0 Gai. ui. — -2) Luc 23.
elles s'irritent, elles bouillonnent, elles prennent feu : elles ne supplient plus, elles commandent et crient avec i'ureur : Crucifiez-le ! crucifiez-le (1) !
Mais qui? Jésus, et non Barrabas. non le vieil homme avec ses actes. Vous vous indignez contre les Juifs, et vous nourrissez plusieurs vices dans votre cœur qui vivent et qui demandent à grands cris la mort de Jésus.
IIIe Point. — Pilate, voyant quil ne gagnait rien et que le tumulte allait toujours croissant, prit de l'eau et se lava les mains en présence du peuple, en disant : Je suis innocent de la mort de cet homme, c'est votre affaire (2). Pilate cède. le peuple se maudit, Barrabas est relâché.
1° Voilà donc où. conduit enfin cette prudence du siècle, prudence bâtarde, timide et studieuse d'elle-même, à abandonner la justice, la cause de la vertu et de Dieu ; elle se lave les mains et se croit pure et innocente, pourvu qu'elle ne donne pas elle-même le coup de la mort à l'innocent. Il arrive souvent qu'une crainte semblable à celle de Pilate, la même prudence de la chair, le même respect humain,, vous fait tomber, parce que vous craignez un plus grand tumulte ; ainsi vous fermez les yeux sur les péchés des autres, vous y consentez, et vous y participez, sans que cela fatigue votre religion ou vous donne des remords de conscience.
On demande la mort de Jésus-Christ, un de ses membres périt, et l'on méprise le commandement de Jésus- Christ ; vous le voyez, et vous vous taisez, vous ne résistez pas, vous y consentez, vous y prenez part, vous vous lavez les mains et vous dites : Je suis innocent de la mort de ce juste. Suis-je le gardien de mon frère (3)? C'est son affaire. Cependant la voix du sang de votre frère crie du sein de la terre, et Dieu vous en demandera compte : « Seigneur « purifiez-moi de tous mes péchés secrets, et ne me de- « mandez pas compte des péchés des autres (4). »
(!) Marc 15. — (c2) Matlh. 27. — (3) Gen. 4. — (4) Ps. 18.