‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 143 sur 212 · J.-C. EST FLAGELLÉ · texte numérisé non relu

J.-C. EST FLAGELLÉ

amère dérision, repaissaient leur méchanceté et rassasiaient leur envie.

Parce qu'Adam, dont le vêtement dans le paradis était formé des pierres les plus précieuses, c'est-à-dire de toute espèce de vertus, perdit la justice originelle et nous enleva la grâce d'adoption, qu'il offensa gravement les regards de la majesté divine par cette nudité, pour cela, ô bon Jésus, vous souffrez que votre corps divin soit mis à nu ; vous me revêtez des ornements du salut et de la gloire, afin que je ne paraisse pas un jour tout nu devant vous, et que vous ne montriez pas ma nudité et mon ignominie aux nations.

2° En même temps les bourreaux, découvrant leurs bras, les étendent et frappent à coups redoublés. Jugez comme vous le pourrez quelle dut être l'intensité et la grandeur du supplice et des souffrances, en considérant la barbarie des bourreaux, la diversité des instruments dont ils se servent, la multitude des blessures, et la sensibilité exquise de cette chair tendre et virginale. Aucune compassion n'émeut les bourreaux, mais au contraire une rage furieuse, l'ordre exprès du gouverneur qui par là voulait exciter la commisération du peuple, le signe d'approbation deschefs, les encouragements de la populace, la puissance des ténèbres et les furies de l'enfer les stimulaient ; ajoutez-y le silence profond de Jésus-Christ, qu'ils n'admirent pas, mais qui les rend furieux. O homme invincible ! disait un des assistants, il n'adresse aucune prière, il ne répand point de larmes, il ne pousse pas un soupir ! Eux se lassent de frapper, mais la chair du Sauveur fatiguée de coups ne se repose pas ; continuellement elle en reçoit de nouveaux; à ceux-ci succèdent de plus récents encore ; on prend d'autres instruments, des verges, deslanières, et tout ce que la fureur fait tomber sous la main ; on les lève bien haut, et tous retombent à coups pressés ; les plaies déjà faites sont renouvelées pour faire place à d'autres : un zèle barbare et impie double les forces.

Epargnez, cruels, épargnez enfin; la loi défend de donner plus de quarante coups, et déjà on en compte cinq mille, a Nous l'avons vu, il était absolument méconn naissable, il n'a plus ni forme ni beauté : nous l'avons « regardé comme un lépreux, un homme humilié et ■ frappé de Dieu (1). Depuis la plante des pieds jusqu'au o sommet de la tête il n'y a pas sur sa chair une place qui « soit saine, mais tout est blessure, chair livide, plaie a enflée (v2). » La passion furieuse ne connaît plus ni frein ni règle.

Ménagez enfin, ménagez, barbares, cette chair tendre qu'une Vierge a conçue et enfantée : la chair virginale ne saurait supporter de si grandes douleurs. Le sang coule de tout son corps, la colonne en est toute mouillée, et des fleuves de sang inondent la terre. Mais eux rivalisent de rage et de force, ils arrachent la peau des côtes et mettent les entrailles à découvert, jusqu'à ce qu'enfin Jésus tombe sans vie. Ils l'ont regardé, et ils ont compté tous ses os (3). La vie l'eût abandonné si par sa vertu divine il ne l'eût conservée pour supporter de plus grands combats.

Personne cependant, ô mon Jésus, n'a pitié de vous. l 'os plaies ne sont ni bandées, ni pansées, ni enduites d'huile (4) . Et moi-même, pour qui vous endurez tant de souffrances, j'ai ajouté à vos plaies. Je me jette à vos pieds sacrés, je baise la terre qui a été arrosée de votre sang divin; je mêlerai sinon mon sang avec le vôtre, du moins mes larmes à votre sang ; je déplore mes péchés qui ont augmenté vos peines et vos douleurs, et par vos plaies je supplie votre majesté et votre miséricorde, je vous demande le pardon. O bon Jésus, exaucez-moi; et cachezmoi dans vos blessures.

IIe Point. — Les pécheurs ont déposé toute leur fureur sur moi. j'ai ressenti longtemps t effet de leur iniquité (S .

! lsaïe53.-(2] Ibid. 1. — (5)Ps.2!.— (4)Isaïc L— (5] Ps. 1*23-

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Ce n'est pas aux Juifs ni à ses bourreaux seulement que le prophète impute la flagellation de Jésus-Christ, mais en général à tous les pécheurs, dont le Sauveur se plaint en disant : « Les pécheurs ont fait sentir leur force sur « moi; ils ont prolongé leur iniquité. » Puisqu'il a porté le poids de nos iniquités et qu'il a voulu les détruire entièrement, il a dû opposer à chaque péché un tourment, à chaque vice un remède ; c'est pour cela qu'il a soumis son corps sacré aux fouets, afin d'expier par la macération de sa chair la mollesse de la nôtre, et de triompher ainsi par la macération de sa chair.

1° La mollesse de la chair consiste surtout dans l'oisiveté et dans la licence donnée au corps. Le Sauveur expie dans la cruelle flagellation de sa chair virginale ces deux espèces de péchés. C'est parce que vous êtes trop indulgent pour votre corps, et qu'étant né pour le travail comme l'oiseau pour voler, vous fuyez le travail et vous cherchez le repos. Jugez-vous, vous êtes trop engourdi dans la prière, trop ardent à donner du relâche à votre esprit; trop négligent à veiller, trop prompt à causer; trop lent à l'étude, trop précipité à vous livrer à l'oisiveté : trop négligent pour les choses intérieures, trop répandu à l'extérieur ; trop agile pour les choses terrestres , trop mou et froid pour les choses célestes ; trop léger et trop inconstant pour ce qui exige de la peine : vous venez, vous allez, vous partez, vous revenez encore. C'est pour tous ces défauts que Jésus est attaché à une colonne, qu'il est frappé à coups de fouets comme un esclave ; c'est pour expier le retard que vous mettez à servir Dieu en accomplissant tardivement les commandements du Seigneur.

Encore si mon Seigneur et mon Dieu jouissait au moins de la condition que les lois ont faite aux esclaves ! mais tout droit, toute justice, toutes les lois sont violées dans sa personne ; la justice divine semble elle-même n'avoir suivi envers lui aucune règle, parce qu'en péchant Tin-

f>S8 IV. MERCREDI DE CARÊME.

tempérance delà chairn'observe aucune règle, et c'étaient les péchés de la chair qu'il expiait dans sa chair, lorsque sur ses épaules tombait avec un bruit affreux la grêle de coups qui déchirait tous ses membres. Venez donc et voyez le mal horrible que vous avez fait. « Les pécheurs a ont frappé sur moi, les coups se sont multipliés sur a moi, et j'ai ignoré le mal ; car je n'ai fait aucun péché, a aucune faute que je connaisse et qui méritât un tel « supplice : je payais ce que je n'avais pas pris (l). »

C'est moi, mon Dieu, c'est moi, Agneau sans tache, Sauveur de mon âme, qui ai mérité ce que vous recevez; vous payez ce que j'ai pris. En marchant selon la chair, j'ai péché par la concupiscence de la chair, au point que mes fautes sont plus nombreuses que les grains de sable sur les bords de la mer. Par la nudité de votre corps vous supportez la confusion qui me revient et les peines qui me sont dues. Malheur à moi ! Pourquoi, malheureux, ai-je reçu la lumière ? pourquoi ne suis-je pas mort au sortir du sein de ma mère? Périsse le jour où j'ai pu commettre un si grand mal que de vous offenser ! que ce jour soit changé en ténèbres, et que cette nuit où mon Seigneur Jésus a été flagellé pour mes péchés soit enveloppée d'un tourbillon ténébreux' Périsse le jour, périsse la nuit qui pourra voir encore un si grand mal ! « Seigneur, « percez-moi plutôt de vos flèches et faites-moi mourir : « faites briller votre éclair et lancez vos flèches (2). » Mais plutôt pénétrez ma chair de votre crainte, afin que je craigne plus vos supplices que vos jugements ; si la chair me sollicite de nouveau au péché, je me souviendrai que vous êtes prêt à recevoir de nouveaux coups.

2° Car le Seigneur Jésus a reçu ce châtiment volontaire non seulement pour expier les souillures de notre corps, mais encore pour calmer l'aiguillon de la chair et la vaincre. 11 nous a donné l'exemple, afin que nous suivions ses

(■I) Ps. 54 .-t 08. - (2) Ps 143.

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