J.-C. EST CONDAMNÉ A L\ CROIX
rejette irrévocablement Jésus-Christ, et Jésus-Christ ie monde.
1° « Dès lors Pilate cherchait à le délivrer ; mais les « Juifs criaient : Si vous le renvoyez, vous n'êtes plus u l'ami de César ; car quiconque se déclare roi devient « l'ennemi de César. » En vain Pilate veut réconcilier le monde avec le Sauveur et le Sauveur avec le monde, ou au moins rester dans l'amitié de l'un et de l'autre ; il se sont voué une haine implacable et se combattent à outrance. Jésus-Christ est Roi, et le Pioi des rois ; mais quiconque se déclare roi s'oppose au prince de ce monde. qui est le prince des ténèbres, qui ne reconnaît d'autre roi que lui-même, qui porte les armes contre Jésus- Christ pour le chasser et renverser son empire. À son tour, Jésus-Christ hait le monde ; quoique dans le monde. il n'est pas du monde (1) ; quoiqu'il prie pour ses ennemis, il né prie pas pour le monde ; il est venu dans le monde pour le vaincre, pour chasser le prince du monde, et eniin pour sauver le monde. Voilà que le prince du monde sera mis dehors (2). Il n'y a donc rien de commun entre eux. Le prince du monde est venu, et il ne trouvera rien en moi (3). Le monde ne peut recevoir l'Esprit de Jésus : il ne saurait y avoir entre eux un ami commun : Celui qui veut être iami de ce siècle se déclare l'ennemi de Dieu (A): mais celui qui est né de Dieu est vainqueur du monde (p) , et le monde le hait parce qu'il est l'ennemi du monde.
Choisissez enfin, car il est nécessaire de choisir : choisissez entre le monde et Jésus-Christ, car on ne peut servir deux maîtres.
2° Pilate, entendant ces paroles, amena Jésus dehors, s'astit sur son tribunal et dit aux Juifs : Voilà votre roi ; mai* eux criaient : Enlevez-le, crucifiez-le (G). Si vous suivez le monde, vous poursuivez Jésus-Christ jusqu'à la mort.
(1) Jean 17. - (2) lbid. i2. — (5) Ibid. 14. — (4) Jac. 4. — (3) IJean S. — (S) Jean 19.
310 IV. SAMEDI DE CAïUsME.
car le monde n'a point de repos qu'il n'ait crucifie le Sauveur et qu'il ne Tait vu attaché à la croix : Enlevez-le, enlevez-le, crucifiez-le . A son tour, Jésus-Christ poursuit le inonde jusqu'à la mort, et il ne le réconcilie pas avec son Père, à moins qu'il ne cesse d'être le monde. Jésus-Christ ne peut se former en vous, à moins que vous n'ayez crucifié le monde dans votre cœur, afin que vous puissiez dire en vérité avec l'apôtre : Le monde m est crucifié, et je suis crucifié au monde (l).Tant que le monde vit en vous, il crie : Enlevez-le, enlevez-le, crucifiez-le , el Jésus meurt en vous ; mais si le monde meurt en vous, Jésus y vit de manière que vous pouvez dire en vérité : Je vis, non, ce n'est pas moi, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi (2). Tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de lavie (3), et ces vices, par leurs péchés et leurs mauvaises œuvres, comme autantde bouches, crient sans cesse : Enlevez-le, enlevez-le, crucifiez-le.
Je vous enlèverai, Seigneur, et je vous cacherai dans mon cœur, loin du monde ; je crucifierai en moi le monde, c'est-à-dire ma chair avec ses vices et ses concupiscences, afin que vous soyez assis et que vous régniez dans mon cœur comme sur un trône.
3° a Pilateleur dit: Crucifierai-je votre roi? Les pon- « tifes répondirent : Nous n'avons d'autre roi que César. » Le monde n'a pas connu celui par qui le monde a été fait, i! l'a rejeté entièrement et irrévocablement, et il n'a point d'autre gouverneur que celui du monde, le prince des ténèbres qui s'est soumis le monde et Ta réduit en servitude. « Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous : « nous n'avons point d'autre roi que César (4). » C'est ce que disent les chrétiens qui suivent le monde et qui vivent selon le monde. Le monde a beaucoup de disciples ; il a des victimes qui se vouent et se consacrent à Mammon (5),
(i) Gai. 6. — (2) ïbki. S*. — (5) I Jean S. — (4) Luc 19. — (il) Dieu de l'argent.
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à Vénus, à Bacchus, et autres dieux des païens ; il a des victimes de l'ambition, de la vengeance, de la fureur, de la violence et de l'oppression. Le monde a des disciples hypocrites de Jésus-Christ qui crucifient le Sauveur jusqu'au pied des autels et qui crient aux autres avec force : Enlevez-le, enlevez-le, crucifiez-le. A son tour, Jésus-Christ a rejeté le monde irrévocablement : « Mes ennemis qui n'ont pas voulu que je régnasse sur a eux, amenez-les devant moi et faites-les périr (1). » Aussi il assure que son royaume pas plus que ses disciples ne sont de ce monde, il les a seulement pris dans le monde ; et il pose cette condition à ceux qui veulent le suivre, c'est qu'ils renonceront aux pompes et aux œuvres du monde. Il faut donc choisir, ou de régner sans le monde avec Jésus-Christ, ou d'être damné avec le monde sans Jésus-Christ.
Je vous suivrai, Seigneur, mon Roi et mon Dieu ; je vous suivrai partout où vous irez, jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. Je vous rends grâces de m'avoir choisi pour votre disciple en me donnant la sainte pensée de ne pas vivre selon le monde; enlevez démon cœur l'amour du siècle,aûnque,mourantaumonde,jenevivequepourvous. Sunt sacer dotes qui Jesum Christum ad aras crucifigunt !
IIIe Point. — Alors il leur livra Jésus pour le crucifier, Pilate ayant combattu lâchement, vaincu honteusement, et perdant courage, condamne au supplice de la croix celui qu'il regarde comme innocent. Mais qui connaît la pensée du Seigneur, ou qui considère sa patience ? qui comprend son obéissance? qui imite l'exemple d'une si grande patience, et qui veut obtenir la gloire d'une telle obéissance?
1° Quelle patience ne fallut-il pas à Jésus-Christ pour soutenir son courage et demeurer inébranlable au milieu du concours de tant de maux à la foisî Intérieurement
\) Luc 19
l'injustice et la lâcheté du juge soulève son indignation ; sa concience, qui témoigne d'une vie innocente, réclame ; limage de la mort l'effraie ; l'infamie de la [croix lui inspire de l'horreur. A l'extérieur, le trépignement du peuple qui l'environne fatigue ses yeux ; les applaudissements des scribes et des pharisiens, les pleurs et les cris des pieuses femmes frappent ses oreilles ; les gémissements de ses disciples lui percent le cœur, et par dessus tout la désolation de sa sainte Mère qui pleure son Fils unique lui arrache les entrailles. « Elle a pleuré sans cesser pence dant toute la nuit, ses larmes ont inondé son visage ; « il n'y a personne de ceux qu'elle aime qui lacon- « sole(l). » Ce Fils est comme une brebis que l'on conduit à la boucherie, il se tait comme un agneau en présence de celui qui le tond, et il n'ouvre pas la bouche pour se défendre (2).
2° // s est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. Pilate prononce une sentence injuste, contre le cri de sa conscience ; cruelle, en livrant Jésus-Christ à la volonté de ceux qui lui portaient une haine implacable; illégitime et sans valeur : car c'est un inférieur qui prononce contre son supérieur, un coupable contre son juge. Jésus cependant se soumet humblement ; il arrête et réprime le sentiment de son innocence qui réclame, la répugnance de la nature qui se fait sentir; il repousse les mouvements de son esprit qui se révolte; il obéit, « et « méprisant la confusion même à la vue de la joie qui lui « était proposée, il porte sa croix (3), » afin de réformer par son obéissance ceux qu'Adam avait rendusdifiormes : il nous laisse son exemple afin que nous marchions sur se* traces (A).
(1) Thrcn. 1. — (2) lsau> 5& — (5; Hebr; 12. — (4) I Pelr. 2.