SLR LA FAUSSE CONSCIENCE. 3I
+ Sur la fausse conscience.
Qui de vous me convaincra de pêche (évangile du jour Il n'appartient qu'à Jésus-Christ de pouvoir tenir un semblable langage; lui seul est la sainteté par excellence. Malgré l'orgueil qui nons domine, nous sommes obligés d'avouer, lorsque nous rentrons sérieusement en nousmêmes, que nous nous rendons coupables d'infidélité à la loi de Dieu dans un grand nombre de circonstances ; mais bientôt nous tâchons de nous tranquilliser et de nous faire une fausse conscience, afin de persévérer tranquilles dans notre état. N'est-ce point ce qui vous est arrivé souvent dans le cours de votre vie? n'est-ce pas pour cela que vous êtes peut-être sur le bord de l'en sans vous en douter? Apprenez aujourd'hui quelle est la cause de la fausse conscience, quels effets elle produit, et combien elle est incapable de vous excuser au tribunal de Dieu.
Ier Point. — La loi de Dieu est sainte, invariable dans son principe; en la suivant fidèlement et en l'appliquant avec droiture, elle ne saurait nous égarer; mais il arrive souvent qu'on se l'applique selon ses vues, selon son caractère; c'est une règle que nous faisons plier selon nos caprices, soit pour commettre le mal, soit pour manquer à nos obligations; de là une fausse conscience.
1° La ioi de Dieu est sainte et invariable, mais nous la corrompons par l'usage que nous en faisons, par les interprétations que nous lui donnons, selon la mobilité de notre caractère et de notre cœur ; nous l'accommodons à nos manières de voir, selon les circonstances ; nous nous formons une conscience selon notre manière de vivre, c'est-à-dire une conscience fausse, parce que nous la rendons conforme à nos désirs; tandis qu'au contraire nous tout. h. 14
31 i DIMANCHE DE LA PASSION.
devons régler nos désirs sur notre conscience. Ce qui nous plait nous paraît presque toujours permis. C'est pour cela que vous vous permettez certains discours, certaines négligences, certaines fréquentations dangereuses, certains attachements qui en ont perdu beaucoup d'autres; vous justifiez tout cela par la bonne intention, par la convenance ou la nécessité. Vous manquez à certains devoirs, vous négligez plusieurs points de la loi divine, mais vous prétendez qu'il y a impossibilité de mieux faire.
2° Vous faussez encore plus facilement votre conscience si votre intérêt y est engagé ; vous regardez alors comme permis pour vous ce que vous blâmeriez dans les autres ; vous avez deux poids et deux mesures ; vous vous croyez innocents toutes les fois que vous y trouvez votre avantage ; vous voulez pour les autres une règle sévère, pour vous une règle douce dans tout ce qui pourrait vous gêner. Quelquefois, il est vrai, la conscience semble reprendre sa place et pousser le cri d'alarme ; alors vous inventez des motifs de sécurité, des raisonnements que vous condamneriez dans un autre, mais que vous trouvez justes quand il s'agit de vous. Qu'il y a peu d'âmes droites qui sachent se garantir de ces illusions quand il s'agit de nuire à un ennemi, à un concurrent, ou bien enfin quand l'intérêt et la passion peuvent en souffrir ! Si l'on vous expose les devoirs et les obligations de ceux qui sont dans une position différente de la vôtre, vous êtes sévère jusqu'au rigorisme. S'agit-il des devoirs de votre état, si votre intérêt est en jeu, tous vos raisonnements, si justes vis-à-vis du prochain, n'ont plus de valeur pour vous si l'on essaie de vous en faire l'application. Il est temps de ne plus vous tromper vous-même ; convenez que vous avez fait les plus grands efforts pour fausser votre conscience. Le monde au n ilteu duquel vous vivez vous a pénétré de ses manières de voir, deses faux raisonnements.
3° Si vos jugements faux pouvaient devenir la règle que suivra le Soigneur au jour de (a vengeance, si vous pou-
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viez en imposer à sa sagesse par vos fausses interprétations de la loi, vous seriez en quelque sorte pardonnai ■ de vivre ainsi dans l'illusion ; mais, vous le savez, l'apôtre lui-même prononce anathème contre quiconque vous annoncerait un autre Evangile, ou vous l'exposerait en l'interprétant autrement qu'il ne doit l'être. 0 mon Dieu, vous vous plaignez par votre prophète que tous se sont égarés, qu'ils ont cor-rompu leurs consciences; donnez-moi un cœur droit, soumis à votre loi, que ni les passions ni l'intérêt ne puissent faire fléchir; renouvelez vous-même, ô mon Dieu, dans mes entrailles l'esprit de droiture, et ne permettez pas que je fausse ma conscience.
IIe Point. — Si votre œil est simple, tout votre corps sera éclairé. Prenez garde que la lumière qui est en vous ne devienne ténèbres (t). L'œil dont parle Jésus-Christ, c'est la conscience ; si votre conscience est pure, toutes vos actions sont des actions de lumière agréables à Dieu ; mais si votre conscience se couvre de ténèbres et que vous viviez dans l'illusion, il n'y aura point de mal que vous ne commettiez, vous ferez le mal hardiment et tranquillement, vous le ferez sans espérance d'amendement.
1* Avec une fausse conscience, on est capable de s'abandonner à tous les désordres en faussant le jugement, surtout lorsqu'elle est appuyée par la passion ou par l'intérêt. Elle regarde comme légitime tout ce qui est utile pour satisfaire son ambition, pour parvenir à un emploi : elle trouve mille prétextes pour nourrir la haine, le désir delà vengeance, entretenir certaines liaisons, négliger la prière, recevoir les sacrements moins souvent et éteindre la charité. Les Juifs, en se faisant une fausse conscience, allèrent jusqu'à crucifier Jésus-Christ. Tous les persécuteurs de la religion, en se faisant une fausse consciencp, crurent rendre gloire à Dieu par la mort de ses serviteurs. Avec une fausse conscience, vous interprétez à votre i
(1 ; Luc H.