‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 156 sur 212 · SLR LA FAUSSE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

SLR LA FAUSSE CONSCIENCE

voie que vous devez suivre. Vous serez peut-être un jour un modèle de conversion. Lorsque Dieu est irrité sérieusement contre un pécheur, il accomplit ce que le prophète demandait comme la plus grande des punitions : Seigneur, aveuglez ce peuple. Je me jette à vos pieds, Seigneur, et je vous en supplie, ne m'aveuglez pas ; enlevezmoi tout ici-bas, parents, biens, fortune, mais, au nom de Jésus mon Sauveur, je vous le demande, ne m'aveuglez pas.

IIIe Point. — La bonne foi peut, en certaines circonstances, servir d'excuse aux yeux de Dieu ; mais évidemment ce n'est pas en faveur de la fausse conscience, c'està-dire de cette conscience que nous avons égarée. C'est pourquoi le saint roi David disait : Seigneur, oubliez mes péchés d'ignorance. Il est presque impossible de supposer en vous une ignorance de bonne foi, parce que vous avez trop de lumières, parce que Dieu peut confondre votre fausse conscience par une conscience droite qui vous reste malgré vous et dont vous étouffez la voix.

1° Comment pouvez-vous supposer en vous une bonne foi qui vous excuse devant Dieu, quand avant d'agir vous ne vous mettez point en face de l'Evangile pour en faire la règle de votre conduite , vous ne vous méfiez point de vous-même, vous ne consultez pas un sage directeur ni un ami pieux, vous violentez la loi pour lui donner une interprétation conforme à votre passion, vous cherchez à calmer votre conscience, vous avez toujours soin de prendre pour guide le confesseur qui entre dans votre manière de voir, ou bien vous donnez à vos interrogations une telle tournure que vous êtes par avance persuadé que la décision sera conforme à votre désir? Ainsi votre erreur n'est que l'effet de votre résistance à la grâce et aux remords ; en étudiant la loi de Dieu, vous passez légèrement sur ce qui pourrait vous troubler, et vous croyez être suffisamment éclairé. Enfin, vous n'avez pas voulu entendre pour faire le bien, dit le prophète. Vous êtes ainsi

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parvenu à vous faire une conscience à votre gré, et cette conscience peut-elle vous excuser devant Dieu?

2° Elle vous rendra d'autant plus condamnable qu'on vous fera voir le principe de vos erreurs; on vous montrera qu'avant d'avoir inventé des moyens pour excuser vos fautes, votre conscience était droite, vous aviez une connaissance juste de la loi. Les païens eux-mêmes seront pour vous un sujet de condamnation, car vous vous permettez des choses qu'ils n'auraient pas voulu se permettre. Quelle différence entre votre modestie dans l'église et celle de ce jeune païen qui aima mieux se laisser brûler la main par un charbon que de faire un mouvement ou pousser un cri qui eût troublé le recueillement des assistants ! Il n'est pas rare de voir des chrétiens se permettre certains divertissements que les païens regardaient comme infâmes, au rapport de saint Augustin.

3° Pourquoi regardez-vous comme une bagatelle ce que dans votre jeunesse on vous avait fait connaître comme une monstruosité? Pourquoi avez-vous étouffé vos remords pour vous faire une conscience cautérisée? comme dit saint Paul. Pourquoi avez-vous voulu élargir le chemin du ciel, oubliant cette parole de l'Evangile : La voie gui conduit à la vie est étroite? Mon Sauveur, je viens à vous, misérable pécheur, et je vous prie d'éclairer les yeux de mon âme, afin que je ne m'endorme pas dans la mort ; fuites-moi connaître votre loi, et qu'elle soit la règle de ma conduite.

Jésus porte sa croix.

Ils. prirent Jésus et l'emmenèrent, et, se chargeant de h croix, il alla- au lieu appelé Calvaire (I). Jésus porte su

.! an :;.

JÉSUS PORTE SA CROIX- o!U

iroiij Simon le Cyrénéen le soulage, une grande foule l'environne et s'agite autour de lui.

Ier Poi^t. — Aussitôt que Pilate a consenti à la demande des Juifs, Jésus reprend son vêtement en conservant sa couronne, il met ses épaules sous le fardeau, il marche entre deux voleurs ; chacune de ces circonstances renferme un mystère.

1° Après s être joués de lui, ils lui enlevèrent le manteau et le revêtirent de ses habillements (1). Seigneur Jésus, mon guide et mon salut, votre amour et votre tendresse vous ont fait faire ce que la fureur et la haine inspira aux Juifs: vous avez voulu, en présence d'un peuple qui vous connaissait bien, revêtu de vos habillements qui vous distinguaient encore, en plein jour, et en passant à travers les places les plus grandes et les plus fréquentées de la ville, vous avez voulu porter votre croix, signe d'ignominie, afin que personne ne put méconnaître le guide et la voie du salut, ni se tromper involontairement, et afin d'inviter tous les hommes à vous suivre en leur donnant un exemple si étonnant et en leur disant : s Voila la voie qui sera

appelée sainte, la voie droite, la voie royale, afin que « nous y marchions (2). » C'est par cette voie que le Sauveur de votre âme a marché le premier, portant sur son front la couronne qu'il n'a pas quittée, pour montrer que son règne est permanent et éternel, qu'il ne saurait être détruit parla tempête des tribulations, mais au contraire qu'il s'affermit, afin que vous reconnaissiez votre Roi dans la foule des ennemis, que la dignité d'une si grande majesté vous engage à l'imiter, et que vous compreniez qu'il est glorieux de suivre le Seigneur.

Je vous reconnais pour mon Roi, Seigneur; me prosternant, je vous adore, je ne rougis point de vous suivre, je ne crains rien, et je me glorifie dans votre croix. i Placez-moi près de vous, et que celui qui le tou

ratlh. 27.— (Tj Isaïe 33 et 50.

« combatte contre moi ()). » Aucune adversité ne pourra me nuire tant qu'aucune iniquité ne me séparera de vous.

2° Et, pointant sa croix, il s'en alla; comme lsaac destiné à être immolé, mais ne devant pas être délivré comme lui, Jésus porte le bois. Examinez ce bois de la croix, bois infâme, ignominieux, destiné aux esclaves les plus vicieux, supplice infligé aux crimes les plus horribles ; ce bois est lourd, épais, large, et de la longueur de quinze pieds. Examinez le courage et les efforts du Sauveur, qui peut à peine porter son corps brisé par la douleur et ses membres épuisés de sang; il embrasse la croix, la tenant serrée dans ses bras. Salut, ô croix que j'ai désirée si longtemps, que j'ai recherchée avec tant de soin, et enfin préparée selon mon ardent désir ! Aussitôt il place ses épaules sous le poids, et s'efforce autant qu'il peut de la porter. Examinez sa peine : l'arbre fatal, appuyant sur la couronne, fait entrer plus profondément les pointes des épines, et à chaque instant toutes les plaies qui couvrent le corps du Sauveur se trouvent renouvelées. Ses épaules refusent de porter longtemps un semblable fardeau, les forces manquent à son courage, ses pieds s'appuient d'une manière incertaine, ils bronchent, ils heurtent, et tousses pas sont marqués par la trace de son sang ; ses genoux tremblent, plient; en vain son âme recueille toutes ses forces, le corps succombe sous le faix ; il tombe à terre, écrasé sous ud poids qu'il ne peut soutenir, et sa face divine imprime sur le sol son image sanglante. Personne ne lui tend une main secourable, mais pour le relever on le frappe avec des cordes, à coups de poing et à coups de pied. « J'ai regardé autour de moi, et je n'ai vu personne « pour me secourir; j'ai cherché, et personne n'a voulu « m'aider (2). »

Oh ! que vous portez une lourde croix, Jésus mon Sàu-

Job il. — ,- Isaïe 65.

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