‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 157 sur 212 · JÉSUS FORTE SA CROIX · texte numérisé non relu

JÉSUS FORTE SA CROIX

veur! Elle est formée de la masse de mes péchés, et c'est pour cela qu'elle est si pesante. Plus la vôtre est lourde, plus mienne est légère, et toute légère qu'elle est, je ne puis la porter sans votre grâce ; vous êtes devenu faible pour me fortifier.

3° On conduisait deux autres criminels avec lui pour les faire mourir. Les Juifs, non contents d'accabler Jésus de leurs moqueries, de le poursuivre de leurs injures, de le couvrir de sarcasmes, afin de lui donner encore plus de confusion, lui adjoignent deux voleurs pour compagnons ; le Sauveur marche entre les deux pour ouvrir et montrer aux pécheurs la voie du salut.

0 Jésus très-patient, vos ennemis ne sont donc jamais rassasiés de vos opprobres et de vos supplices? Peut-être leur haine serait satisfaite si votre amour pouvait l'être; mais il cherche et désire toujours ce qu'il y a de plus pénible, ce qu'il y a de plus grand; vous ne craignez pas la compagnie des scélérats, vous les prenez avec vous. Je ne dirai plus comme saint Pierre: Retirez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur ; je dirai plutôt : a Attirez-moi après vous, car je suis un pécheur; en effet, « vous n'êtes pas venu appeler les justes, mais les pé- « cheurs (1). »

IIe Point. — Ils contraignirent un certain Simon de Cyrènef père d'Alexandre et de Ru fus, au moment où il passait revenant de sa maison de campagne, à porter sa croix (2). Ce Cyrénéen éprouve l'opposition de la croix, sa nécessité inévitable et sa vertu.

i° Le Seigneur nous exhorte tous à porter notre croix : a Celui, dit-il, qui veut venir après moi, doit se renoncer m lui-même, porter sa croix chaque jour et me suivre (3). » Mais il n'y a rien de si opposé ni de si pénible à la nature corrompue que de porter sa croix et de crucifier sa chair avec ses vices et sa concupiscence ; la croix nous est op-

^l)Luc 5 et Matth. 9.— (2) Marc 13. — (3) Luc 9.

ô:^. lcxd: de là passios.

posée, et nous sommes opposés à la croix. Les Juifs se hâtaient de parvenir au lieu du supplice pour satisfaire leur désir, leur envie et leur haine ; aucun cependant ne voulut même toucher la croix du Sauveur qui par son poids retardait la marche; ils craignaient de tomber sous la malédiction divine, vu qu'il est écrit dans la loi : Celui qui pend au bois est inaudit de Dieu (1). Quoique les soldats aussi hâtassent la marche et la pressassent, ils ne voulaient pas non plus se charger de l'instrument du supplice qu'ils regardaient comme une ignominie. Il est étonnant qu'aucun des disciples ne se trouvât là et ne mît son épaule sous la croix; mais ils étaient effrayés et n'osaient confesser leur Maître, ou bien ils craignaient d'avancer sa mort. La croix.de Jésus-Christ fut donc mise sur les épaules d'un passant étranger qui venait par hasard de sa maison de campagne, et qui lui-même n'accepta la croix de Jésus-Christ que parce qu'il y fut forcé.

Jésus a beaucoup d'amateurs de son royaume céleste, mais bien peu qui veuillent porter sa croix (2). Qu'on en voit, comme disait l'apôtre en pleurant, qui sont ennemis de la croix, qui ne soupirent qu'après les choses terrestres, et qui ne cherchent que ce qui est agréable à la chair ! 0 membres délicats sous une tête couronnée d'épines! dit saint Bernard. Ne faut-il pas que nous soyons tous sauvés par la croix, et que nous entrions ainsi dans la gloire avec Jésus ? Le Sauveur n'a-t-il pas dit : « Celui a qui ne prend pas sa croix et qui ne me suit pas, n'est « pas digne de moi (3) ; celui qui ne porte pas sa croix et qui ne vient pasàma suite, ne peut êtremon disciple (4)?»

2° Cependant, quoi qu'il en soit, il faut toujours porter sa croix; car, quand même nous la fuyons, elle nous suit, et si nous fuyons du côté opposé, elle vient au devant de pous. Simon, ne cherchant pas la croix, la trouva, ouplu-

(!) Deut. 21.— (S)lmit., I. II, cit.— (3) Matih 10 — (4, Lie 14.

Page 1