JÉSUS PORTE SA CROIX
li importe beaucoup de savoir avec quel sentiment vous venez à l'église, où l'Agneau innocent s'immole de nouveau pour nos péchés, et où est renouvelée la mémoire de sa passion. Ne faites pas comme la plupart des Juifs, mais dites avec le prophète : Mon Dieu , ne perdez pas mon âme avec les impies, ni ma vie avec les hommes de sang (1).
2° « Jésus, se tournant vers elles, leur dit : Filles de Jé- « rusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous ( et sur vos enfants. » Jésus-Christ ne désapprouve pas la douleur des femmes, ni l'affection de leur cœur compatissant; il l'approuve même, puisqu'il rompt son long silence en leur faveur et n'adresse la parole qu'à elles seules; mais il approuve bien plus encore la componction de leur cœur. Une autre chose l'émeut plus sensiblement que l'image de la mort présente, c'est la perte des âmes; c'est pourquoi il exhorte les femmes à pleurer plutôt leurs péchés que sa mort et à échapper à la vengeance de Dieu qui les menace.
Qu'elle fut grande la charité de Jésus-Christ, puisqu'il se montra au moment de sa mort plus inquiet pour le salut des pécheurs que pour sa propre vie ! Si quelqu'un n'aime pas notre Seigneur Jésus-Ckrist, qu'il soit anathème (-2), et si quelqu'un n'est pas touché de ce que Jésus-Christ a été crucifié pour les péchés dont il se sent coupable, qu'il soit anathème.
3° « Voilà qu'il viendra des jours où l'on dira : Heu- ( reuses les femmes stériles, les seins qui n'ont pas en- « gendre, et les mamelles qui n'ont pas allaité. Alors on < commencera à dire aux montagnes : Tombez sur nous, a et aux collines ; couvrez-nous. » Le Seigneur prédit la ruine de la ville, ce qui était une figure du jugement dernier et du supplice des réprouvés, comme il paraît d'après Y Apocalypse, 6 ; car tout ce qui arrivait aux Juifs
(PFs. 25. 2) î Cor. iG.
mardi de la fassioi*-.
était une ligure, dit saint Paul aux Corinthiens. Jésus avant de mourir, dit donc ces paroles pour les pécheurs, en leur recommandant surtout de faire pénitence, patla frayeur que doit leur causer le jugement et les supplices qui le suivront; car si l'on traite ainsi le bois vert, que fera-t-on du bois sec ? Si Dieu n'a pas épargné son propre Fils, qui n'a point commis de péchés, parce qu'il portait nos iniquités, et qu'il l'ait livré aux bourreaux pour être insulté et crucifié, quels tourments plus graves ne souffriront pas les pécheurs qui auront négligé un tel moyen de salut ?
« Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur, et « ne me corrigez pas dans votre colère : car je reconnais « mon iniquité, et mon péché est toujours présent à mes « yeux. Souvenez- vous de vos miséricordes (1) ; » souvenez-vous que notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, a souffert pour nous la mort la plus cruelle, afin de nous arracher à la colère à venir; ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous, car nous espérons en la multitude de vos miséricordes.
Jésus est crucifié.
Lorsqu'ils furent arrivés au lieu qui s'appelle Calvaire, ils le crucifièrent (2). Ici Jésus s'écrie par la bouche d'un prophète : 0 vous tous qui passez dans le chemin, arrêtezvous, et voyez s il y a une douleur semblable à la mienne (3). Appliquez-vous , et voyez les douleurs de sa chair, l'infamie de sa croix et les railleries de ceux qui l'environnent.
Ier Point. — Oh ! quelles épouvantables douleurs Jésus souffre dans sa chair virginale, lorsqu'on le cloue sur \a croix, lorsqu'on élève la croix, lorsqu'il se consume sur ia croix !
, 50 et 37. — (2} Lur25. — (3V. Thrcn. \
JÉSUS EST CRUCIFI& --"
\° fis ont percé mes mains et mes pieds (1). Qui pourra comprendre la grandeur du tourment de Jésus, lorsque ses membres nus, déchirés par les épines et les fouets, sont jetés avec barbarie sur l'arbre fatal comme sur un chevalet? Ils sont tirés avec violence sur le bois de la croix, déboîtés, arrachés jusqu'à ce qu'ils arrivent chacun aux trous faits dans le bois pour y adapter les clous. J'ai été répanda comme l'eau, et tous mes membres ont été dispersés. (2), Si un nerf est offensé, l'âme tombe en défaillance ; qui pourra donc exprimer le tourment de Jésus, lorsque les mains, les pieds, où se trouvent réunis une quantité de nerfs, sont frappés à coups de marteau et percés de clous ? Ils ont compté tous mes os, et ils m'ont regardé, ils mont considéré, tandis qu'ils répandaient le sang innocent.
Seigneur, d'où viennent ces plaies au milieu de vos mains (3) ? C'est ainsi, dit-il, que j'ai été traité dans la maison de ceux que j'aimais, c'est-à-dire dans la synagogue des Juifs ; maintenant il est encore crucifié dans l'Eglise de Dieu par les mauvais chrétiens. Le Sauveur se plaint lui-même de ce qu'ils lui rendent le mal pour le bien, et surtout de ce qu'ils perdent le fruit de sa passion. Ils me rendaient, dit-il, le mal pour le bien; ils jetaient mon âme dans la stérilité (4). Regardez aussi vousmême et considérez; ne soyez pas, comme lesJuifs, cruel et sans miséricorde.
2° Voyez et considérez quelle est sa douleur, lorsqu'on élève le bois de la croix, et que Jésus-Christ, suspendu à ce bois, se trouve élevé lui-même ; il est accablé et comme écrasé sous le poids de son propre corps. Alors une douleur effroyable se fait sentir, c'est comme un feu dévorant dans tous les trous faits par les clous; toutes ses douleurs se réunissent et l'accablent à la fois. La croix, agitée de tout son poids, descend dans une fosse profonde, et on la
(î) Vs 21 . — (2) Ps. 4 3. — [7>) Z .du 13. — (4) Ps. 34.
fixe en terre avec de grandes secousses ; non seulement alors toutes les douleurs sont renouvelées, mais elles reçoivent un surcroît d'irritation et d'intensité. Le Fils de Dieu n'a vraiment pas où reposer sa tête percée d'épines ; quelque part qu'elle s'appuie, elle rencontre la douleur, elle augmente son supplice. 0 homme de douleur, que vit Isaïe, et qui connaît l'infirmité ! son visage est comme voilé , son corps n'est qu'une plaie, il est tout couvert de sang et de sueur, de meurtrissures et de tumeurs. Ses yeux ont langui par la souffrance, et sa langue s'est attachée à son palais, dit le prophète (1),
Vos blessures poussent des cris, Seigneur ; elles crient aux pécheurs : « Les douleurs de la mort m'ont envier ronné, et les torrents de l'iniquité m'ont troublé. L'as- « semblée des méchants m'a assiégé. Ceux qui mehaïs- « sent sans motif sont plus nombreux que les cheveux de « ma tête (2). Ils ont persécuté celui que vous avez frappé, « et ils ont ajouté des douleurs à mes douleurs. Mon eng nemi ne s'est point rappelé que l'on doit avoir de la « compassion ; il a persécuté un homme pauvre et sans « secours, qui avait le cœur brisé dérouleur, pour le faire a mourir (3). Il a aimé la malédiction, elle tombera sur « lui; qu'elle lui arrive comme le vêtement qui l'envea loppe. »
3° Mais combien de temps Jésus souffrit-il de semblables tourments ? Trois heures entières et plus encore ; il était trois heures, ou, comme parle saint Luc, environ la sixième heure, lorsqu'on le crucifia, et il expira vers la neuvième heure. Celui que l'excès de la douleur ne peut pas vaincre est souvent abattu par la longueur du supplice ; les tourments de Jésus-Christ suspendu à la croix augmentent à chaque instant pendant au moins trois heures, et ils ne peuvent détruire sa charité, sa patience, sa douceur. Comme l'agneau pascal lentement rôti au
(I)Ps. 87 et 2i. —(2] Ps. 17,21 et 68. — (3) Ps. 108.
feu est une figure frappante de Jésus sur la croix ! Il souffre un nouveau genre de supplice. N'ayant presque plus de sang, une soif ardente lui brûle la langue et dévore ses entrailles; déjà, lorsqu'ils arrivèrent au Calvaire, ils lui donnèrent à boire du vin mêlé avec du fiel (1) ; maintenant qu'il est sur la croix, brûlé de soif et demandant à boire, on lui présente une éponge trempée dans le vinaigre ; après l'avoir placée autour d'une branche d'hyssope, on la met sur ses lèvres (2) par une amère dérision.
C'est un cruel supplice dont Jésus se plaint lui-même par un prophète en disant : Ma force s'est desséchée comme l'argile; on m'a donné à manger du fiel, et, dons ma soif, on m'a donné du vinaigre (3). Ceux-là abreuvent notre Seigneur de fiel et de vinaigre, sinon ceux qui s'appliquent à vider les verres, qui font leur Dieu de leur ventre et qui mettent leur gloire dans ce qui doit les couvrir de confusion, c'est d'eux que le prophète a dit : « Ceux « qui buvaient du vin se raillaient de moi ; que leur ta- « ble, par un juste châtiment, leur devienne comme un « filet et une pierre de scandale ; que leurs yeux soient a obscurcis, afin qu'ils ne voient pas et que leur dos « soit sans cesse courbé vers la terre (A). »
IIe Point. — Ils crucifièrent avec lui deux voleurs, l'un à droite, l'autre à gauche (o). Il n'y avait pas chez les Juifs un supplice plus infâme que celui de la croix, car la loi maudissait celui qui était suspendu au bois ; mais Jésus- Christ, pour nous racheter de la malédiction , a voulu tomber sous la malédiction, et, au lieu de la joie qui lui était proposée, il a souffert le supplice de la croix en méprisant la honte (G) qu'accroissaient toutes les circonstances qui l'accompagnaient, car il était suspendu entre deux voleurs, exposé nu devant un peuple nombreux, et le titre de roi était écrit au dessus de sa tête.
(1) Matth. 27. — (2) Luc 25 et Jean 19. — (5) Ps. 21 et 68- — (4) Ps. 68. — (5) Marc i5. — (6) Hebr. 12. ■
330 MERGBEDI DE LA FlfiftOX.
1° Estimé moins que Barrabas qui était coupable de sédition et d'homicide, maintenant il est comparé à deux larrons et regardé comme le pire. On l'avait pris comme on prend un voleur, avec des bâtons et des épées ; maintenant on le suspend entre deux voleurs, comme s'il en était le guide et le chef, et Ton en met un à droite et l'autre à gauche, selon la prophétie d'Isaïe : Il a livré son âme à la mort, et on l'a mis au nombre des scélérats (1). Cependant, entre ces deux hommes, il fait la fonction de juge, et, du haut de sa croix, il nous donne une figure du dernier jugement. Tous deux méritaient la même condamnation , mais l'un est à droite avec les brebis, l'autre à gauche avec les boucs ; L'un, furieux de ses douleurs, reproche au Seigneur qu'il ne peut ni se sauver lui-même ni sauver les au très ; l'autre croit à ses prodiges,, il reconnaît Jésus-Christ pour roi, il confesse ses crimes et l'innocence du Sauveur. Nous n'avons reçu, dit-il, que ce que nous avons mérité; mais celui-ci, quel mal a-t-il fait? 11 imite la patience de Jésus, il demande et reçoit le pardon de ses péchés. Jésus lui dit : Je vous le dis en vérité, aujourd'hui vous serez avec moi en paradis.
Ne désespérez pas , un des larrons a été délivré ; ne soyez pas présomptueux, l'autre larron a été réprouvé
Jésus est crucifié (suite).
2° Dieu le Père n'épargna rien de ce qui pouvait don ner à son Fils, dans sa passion, la plus grande ignominie. aiin qu'il payât la confusion qui était due à nos péchés, o Lui qui avait la forme et la nature de Dieu, dit l'apôo tre, il s'anéantit et s'humilia lui-même, se rendant « obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix (2), ;
' aîc 53. — 2, Philipj -
C'est pourquoi on le conduit sur une montagne, on le placesur une croix élevée, afin que de cette élévation et àla sixième heure, c'est-à-dire à midi, il puisse paraître aux yeux de tous les spectateurs. C'est aussi pour cela que ce véritable Agneau est immolé à la célèbre fête de Pâques, en présence d'une multitude innombrable qui s'était réunie de tous les pays de la terre, comme il est dit du jour delà Pentecôte : Parthcs, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Cappadoce, la Phrygie, la Pamphylie, l'Egypte, la Crète, l'Arabie, tous sont là pour raconter et publier par tout l'univers l'infâme supplice dont ils ont été les témoins. C'est pour cela encore qu'on lui arrache de nouveau ses vêtements qui sont collés sur sa chair par le sang répandu auparavant, et qu'on ne les obtient qu'en renouvelant ses souffrances et en rouvrant les plaies de celui qui est le Fils de Dieu, dont les séraphins voilaient la face et les pieds en présence d'isaïe. Il est ainsi dépouillé pour couvrir notre nudité ; il n'est plus couvert que par le sang dont il est inondé ; il étend ses bras à un peuple incrédule et qui l'outrage (1)/
Celui qui ne comprend pas l'humiliation inconcevable imposée à cette chair virginale a perdu tout sentiment de pudeur. Ce que le premier né d'Israël déplorait, le Fils unique de la bienheureuse Vierge le déplore amèrement : « La honte pèse sur moi tout le jour, et la confusion qui « est sur mon visage m'a couvert comme d'un voile ; j'ai « été humilié et troublé; j'ai été affligé et humilié à « l'excès -7 ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ils « ont jeté ma robe au sort (2) . » Il n'est pas étonnant qu'il y ait eu des ténèbres sur toute la terre depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième pour soustraire aux regards un crime si énorme.
3° Pilate écrivit une inscription et la posa sur la croix; elle était conçue en ces termes : Jésus de Nazareth, roi des Juifs.
(l)Rom. iOet !saïc 63. - (2) Ps. 43, 87,37 et 2i.
Cette inscription est devenue glorieuse parmi les chrétiens ; mais, aux yeux des Juifs et des Gentils, c'était une infamie ajoutée aux autres, parce qu'elle indiquait à tous le nom et la patrie du roi, et le motif de sa condamnation au supplice de la croix; car elle était écrite en lettres grecques, latines et hébraïques, afin que tout le monde en eût l'intelligence. Pilate l'écrivit sans doute sous la dictée de Dieu même; c'est pourquoi les Juifs ayant demandé qu'on la changeât, il ne le voulut pas, parce qu'en effet Jésus était vraiment le roi des Juifs, établi par son Père sur la montagne de Sion (1). Mais c'est justement parce qu'il était roi et qu'on le disait qu'il se trouvait couvert d'une plus grande ignominie. Plus la dignité était grande, plus sa position sur la croix était ignominieuse: et lorsque ce qu'il y a de plus ignominieux succède à ce qu'il y a de plus sublime, la considération en est beaucoup plus entachée, elle est détruite. Jésus, entrant dans la ville quelques jours auparavant, était salué comme roi, fils de David; plusieurs l'avaient proclamé le Christ, Fils de Dieu, Seigneur et Maître; beaucoup le vénéraient comme un grand prophète. Maintenant ils le voient suspendu à une croix, parce qu'on lui impute d'avoir prétendu à la royauté. Le voilà méprisé et le dernier des hommes, semblable à un lépreux et humilié (2).
C'est en ces termes qu'il exprime lui-même l'humiliation profonde qu'il éprouvait : « Je suis un ver de terre « et non un homme, l'opprobre des hommes et le rebut :< du peuple; tous ceux qui m'ont vu m'ont accablé de s railleries; ils ont parlé contre moi en branlant la « tête (3). » Nous exposerons plus au long ces dérisions et ces railleries dans le troisième point.
IIIe Poim. — Ceux qui passaient blasphémaient contre lui en secouant la tête (-4). La mort éteint pour l'ordinaire l'envie et la haine; il n'y arien de si inhumain, de si cruel
;i) Fs. 2. — [2) îsaïo o5. - v3 l*s. 21. — (ï) Matlh. 21.
et de si amer que d'insulter à ceux qui périssent et de se réjouir de leurs maux. Cependant les évangélistes rapportent les railleries et les dérisions d'un bon nombre de personnes qui blasphémaient et qui poursuivaient d'une manière féroce le Sauveur suspendu à la croix. Entendez les railleries des passants, les insultes des prêtres, les insolences des soldats et des larrons.
i° Les passants blasphémaient contre lui en agitant la tête. C'était le signe d'une fureur qui ne peut se contenir et d'une malice qui triomphe. Us disaient : Va, toi qui détruis le temple de Dieu et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toimême ; si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. C'est ainsi que Satan lui dit pour le tenter : Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas (1). Ceux-ci lui reprochent sa jactance et son impuissance ; ce qu'il avait dit de son corps, ils en donnent une fausse interprétation et le lui rappellent pour l'outrager, le provoquer, aigrir sa douleur et éprouver sa patience : Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. Il ne descend pas, parce qu'il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix, pour punir et effacer dans sa propre chair toute désobéissance et toute prévarication. Il avait déjà répondu à ceux qui blasphémaient : « Mon Père m'aime parce que je quitte « la vie pour la reprendre de nouveau ; personne ne me « l'enlève, mais je la quitte de moi-même; j'ai le pouvoir « de la quitter et de la reprendre de nouveau (2). »
Maintenant, semblable à un sourd qui n'entend pas et qui n'a rien à répondre (3), il se tourne vers son Père pour lui offrir en notre faveur le sentiment de toutes ses souffrances. Seigneur, j'ai espéré en vous, et vous m'exaucerez, dit-il, parce que j'ai demandé que mes ennemis ne se réjouissent pas à mon sujet; ils ont dit contre moi beaucoup de choses graves, ils m'ont calomnié parce que je faisais le bien. « Ils ont battu des mains en passant dans
(1) Matth. 4. — (2) Jean 10. — (3) Ps. 57.
33 i ICKEDI BE LA PASSION.
« le chemin, ils ont sifflé et secoué la tête, ils ont grince « des dents, et ils ont dit : Nous l'avons dévoré ; voici le « jour que nous attendions, nous l'avons trouvé et nous « le voyons (1). »
2° «Les princes des prêtres, les scribes et les anciens a lui disaient en le raillant : Il a sauvé les autres, et il np o peut se sauver lui-même ; s'il est le roi d'Israël, qu'il « descende de la crois, et nous croirons en lui. 11 se con- « fie en Dieu ; qu'il le délivre maintenant, s'il le veut, « car il dit : Je suis le Fils de Dieu. » Leurs blasphèmes sont plus horribles, parce que ces mauvais prêtres, ces scribes, ces anciens, qui devaient mieux connaître le Rni de gloire, soit d'après les prophéties, soit d'après ses œuvres, et le défendre même auprès du peuple, étaient, au contraire, les auteurs et les instigateurs de toute l'iniquité et des souffrances du Sauveur, lisent élevé leur bouche insolente jusqu'au ciel, ils ont été couverts de leur iniquité et de leur impiété (2). Non seulement ils nient la divine génération du Fils et sa divine majesté, mais ils rejettent encore ses miracles, ils se moquent de son espérance et de sa confiance, et c'est un des arguments qu'ils font valoir avec insolence contre lui. Qu'il le délivre donc de nos mains, disent-il. Us provoquent en quelque sorte, non seulement le Fils, mais encore le Père à délivrer son Fils, s'il le veut, du supplice de la croix.
C'est pourquoi Jésus-Christ dit à son Père : « Les opa probres de ceux qui vous provoquent sont retombés a sur moi (3). Tous ceux qui m'ont vu m'ont tourné en a dérision ; ils ont prononcé des paroles et ont branlé la « tête en disant : Il a espéré dans le Seigneur ; qu'il le a sauve puisqu'il le veut (4). Il nous reproche les péchés « contre la loi et se nomme Fils de Dieu : voyons si ses « paroles sont vraies, et tentons-le ; car s'il est le Fils de a Dieu vraiment, Dieu le prendra sous sa protection [5).
i Tlircn.2 - {% fs. 72. - (3; Ps. 68— -4) Ps 21. — [5}Sap.-2.
- esi ctucmfi. o.)d
m igneur, quand jetterez-vous sur moi vos regards? Ils « m'ont tenté, ils m'ont raillé amèrement, ils ont grincé « des dents contre moi. Ne souffrez pas que ceux qui me a haïssent gratuitement et qui s'entreregardent en me « raillant aient lieu de se réjouir à mon sujet ; ils seront « confondus et couverts de honte, ceux qui s'applaudis- « sent de mes maux (1). »
3° « Les soldats s'approchaient aussi et le raillaient ; ils « lui offraient du vinaigre en disant : Si vous êtes le roi « des Juifs, sauvez-vous (2). Les voleurs qui étaient cruci- « fiés près de lui lui adressaient aussi des reproches (3). » Et comme, étant plus élevés, ils étaient plus près de lui, ils lui adressaient leurs paroles insolentes à bout portant et lui lançaient leurs blasphèmes comme au visage; cependant Fun des deux, s'élant converti, commença à reprendre l'autre et à l'exhorter. Mais les soldats se préparent à donner le spectacle d'une insulte nouvelle : Fan d'eux, voyant qu'il avait soif, lui offre par dérision du vinaigre à boire ; et comme Jésus criait : Eli! Eli! c'est-àdire : Mon Dieu ! mon Dieu ! les autres dirent en raillant : Il appelle Elle; attendez, voyons si Elle viendra le délivrer. Jésus comptait ces railleries au nombre de ses douleurs les plus poignantes. « On livrera, avait-il dit, le Fils de < l'homme aux Gentils pour le railler, le flageller et le a crucilier (4). »
0 railleurs blasphémateurs, bouffons impies, qui osent plaisanter au lieu de verser des larmes! ils nont pas compris les secrets du Seigneur, car leur malice les a aveuglés; c'est pour eux qu'il a été dit : Linsensèjoue avec le péché, il le commet en raillant, et Jésus sera rassasié d'opprobres (5). « Mais celui qui est dans les cieux se rira d'eux et « s'en raillera à son tour, lorsqu'il leur parlera dans sa « colère et qu'il les troublera dans sa fureur. Parce que
(1) Ps. 54. — (2) Luc 23. — (5) Matlfc 27. - (4) Ibid. .20. — (5j Sap. 2; Prov. 14 c( 10 ; Thren. 3.
(( je vous ai appelés, et vous avez refusé de venir ; j'ai « étendu ma main, et vous ne l'avez point regardée ; vous « avez méprisé tous mes conseils, vous avez négligé mes « remontrances; moi aussi, à votre mort, je rirai et je vous « raillerai. Mon Dieu, ne perdez pas mon âme avec les « impies, ni ma vie avec les hommes de sang (1). »
Jésus en croix (Dupont).
Ier Point. — 1° Je considérerai Jésus suspendu à la croix comme étant mon Dieu. Me plaçant à ses pieds, je porterai mes regards de la terre au ciel, et je verrai des yeux de l'esprit ce même Jésus, au plus haut des cieux, assis sur son trône ; le ciel est sa demeure, la terre est son marche-pied, et ce Dieu qui est monté sur les chérubins, qui voyage sur les ailes des vents, lui qui pèse la terre sur trois doigts, est là attaché par trois clous sur un gibet; il y est suspendu non pas tant par ces clous de fer que par les clous de l'amour qu'il nous porte, de l'obéissance envers son Père et du zèle pour sa gloire, Oh ! ce sont ces clous qui m'attacheront à la croix, et je répéterai en action de grâces, pour ces trois clous, le trisagion : Saint, Sai7it. Saint. Voilant ensuite son visage et ses pieds comme les séraphins avec leurs ailes, et faisant un acte de foi sur son essence incompréhensible, j'adorerai la majesté de sa gloire et l'humilité de sa croix.
2° Je considérerai Jésus-Christ sur la croix comme le souverain prêtre, le prince des pasteurs, l'évêque de nos âmes, qui offre non le sang des boucs et des veaux, mais son propre sang, sans en rien réserver, comme un holocauste d'agréable odeur. La vertu de ce sang est si grande qu'en rigueur de justice il est suffisant pour satisfaire en
(r Ps. i ; r.ov. î ; Ps. 25.