‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 161 sur 212 · TOUS II · texte numérisé non relu

TOUS II

de Pharaon, en déjouant tous les efforts du démon pour délivrer enfin tous les hommes de son esclavage.

Le vase de terre fut brisé dans les mains de Gédéon, afin que la lumière venant à briller, il put atteindre et écraser les Madianites ; de même, Jésus-Christ ayant souffert dans sa chair, la puissance infinie de la divinité qui Habitait en elle s'est montrée dans toute sa force et a détruit tous ses ennemis invisibles : le monde et le péché.

IIe Point. — 1° C'est la première parole de Jésus-Christ sur la croix. Il ne demande pas que le feu descende du ciel, comme Elie ; il ne maudit pas, comme Xoé et Elisée, ceux qui l'ont raillé : mais, au milieu des blasphèmes et des outrages, il demande pardon pour ses ennemis, accomplissant à la lettre son commandement : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous cafannient.. Les eaux nombreuses des tribulations n'ont pu éteindre sa charité. Isaïe avait prédit cette circonstance en particulier : // a prié pour ses ennemis.

~2J Exam liions chaque parole en particulier. Mon Père. Jésus-Christ, comme homme, pardonnait, mais il veut encore que Dieu pardonne ; il l'appelle Père pour donner plus de confiance à sa prière et pour obtenir plus sûrement; il nous avertit en même temps que Dieu est le Père de tous les hommes, lui qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants. Pardonnez-leur. 11 n'expose pas un péché désigné spécialement, parce qu'il veut que tous leurs péchés leur soient pardonnes. 11 ne dit pas : Pardonnez à ceux qui m'ont crucifié, de peur de provoquer la colère de son Père par l'énormité du crime , mais : Pardonnez-leur; et, dans cette parole, il voulait comprendre tous les pécheurs, parce qu'ils ont tous crucifié Jésus- Christ. Parce qu'ils ne savent ce qu'ils font. Il les excuse et atténue la grandeur de leur faute. L'ignorance était crasse et volontaire, et par là même inexcusable ; cependant, pour l'excuser en quelque manière, il a soin de dire, winme saint Paul : S'ils l'eussent connu, jamais ils n'eussent

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crucifié le Roi de gloire: s'ils l'eussent connu, cela est vrai, en l'estimant selon sa valeur. Il nous excuse pour que nous ayons confiance en sa miséricorde; c'est le véritable motif de l'excuse ; il nous apprend aussi à excuser les actions des autres, quand nous ne pouvons les soutenir entièrement. Il s'en faut bien que Ton puisse les exagérer ou désirer qu'elles soient vengées.

3° Sa prière fut exaucée; c'est d'elle que parle saint Paul en disant : « Aux jours de sa mortalité, il offrit des « prières, des supplications, avec des larmes et un grand « cri, et il fut exaucé par respect pour sa personne, » c'està-dire à cause de la soumission avec laquelle il pria, ou plutôt à cause de sa dignité de Fils de Dieu. L'efficacité de cette prière fut telle que ceux qui étaient présents se convertirent ensuite, comme on le vit au jour de la Pentecôte, au nombre de trois mille. 0 Jésus, donnez moi part à cette prière. Marie entendit cette prière, et elle fut si attendrie de cette immense charité, qu'elle pria de la même manière.

ïïle Point. — i° Le Sauveur est crucifié entre deux voleurs, suivant la prophétie : 77 a été mis au nombre des scélérats; ces deux hommes sans douto étaient des plus infâmes, comme Barrabas. La fin du Sauveur fut semblable à son commencement : à sa naissance, il est placé entre deux animaux ; à sa mort, il est entre deux larrons. C'est ainsi qu'il s'est efforcé de nous recommander l'humilité ; il parut revêtu de gloire, entre Moïse et Elie, sur la montagne du Thabor ; il est la pierre angulaire qui unit les deux peuples en un seul ; il est le juge des vivants et des morts, placé entre les bons et les méchants, ayant les bons à sa droite et les méchants à sa gauche; mais ce qui est beaucoup plus, il est cette personne divine qui tient le milieu entre le Père, de qui elle procède, et l'Esprit saint, qui procède aussi d'elle; et cette personne, comme le plus insigne voleur, est clouée sur un gibet entre deux voleurs.

2' L'un des deux larrons blasphème le Christ en lui disant : Si vous êtes le Christ, sauvez -vous et nous aussi. Le> pharisiens lui avaient adressé la même insulte. On le raille par une insigne calomnie, comme s'il mentait en se disant le Christ. Cependant l'autre larron prend la parole pour le Sauveur ; il réprimande son compagnon eii lui disant : Vous ne craignez pas Dieu, vous qui êtes condamné au même supplice? C'est comme s'il disait : ïl est moins étonnant que les autres lui adressent des injures ; mais vous qui êtes au moment de la mort, que vous adressiez ces injures à celui qui endure le même supplice, c'est une malice affreuse. Ces paroles furent l'effet d'une charité parfaite. Il pratique aussi l'humilité en se reconnaissant coupable : Xous souffrons avec justice, nous avons reçu le châtiment de nos crimes. Outre cela, il confesse l'innocence du Sauveur : Celui-ci n'a fait aucun mal. Il était juste sans doute qu'on lui appliquât cette parole : > Celui qui me confessera devant « les hommes, je le confesserai devant mon Père cé- « leste. »

Concluez qu'il y a trois sortes de personnes qui souffrent : les unes qui le méritent, mais qui endurent avec impatience, comme le mauvais larron ; les autres qui le méritent, mais qui ont de la patience, comme le bon larron ; les autres sans l'avoir mérité et avec patience, comme Jésus-Christ. Je voudrais être de ces dernières; mais que je sois au moins du nombre des secondes, et que je dise : Je porterai la colère du Seigneur, parce que j'ai péché contre lui, et ces autres paroles : J'ai péché, je suit coupable, et je n ai pas reçu tout ce que j'ai mérité.

3° La prière du larron. Se reconnaissant et voyant la charité de Jésus-Christ, il se sent excité à demander : Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi lorsque vous serez dans votre royaume. Il confesse le Seigneur au milieu de ses opprobres, et le reconnaît pour son Roi, non dans ce monde, mais dans l'autre où il allait. Il ne demande

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