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point à être délivré de la mort présente, il ne demande pas à être élevé en dignité, mais seulement qu'il veuille bien se souvenir de lui. Sans doute il s'en souviendra beaucoup mieux que l'échanson ne se souvint de Joseph prisonnier avec lui.
Outre la lumière divine qui éclaira le larron, parce que Dieu voulait que le témoignage de cet homme devînt un sujet de confusion pour les prêtres et les pharisiens qui, après avoir vu tant de miracles, ne crurent pas en Jésus- Christ , ce qui toucha ce larron, ce fut l'admirable patience de Jésus-Christ et sa charité qui le faisait prier pour ses ennemis, tant ces vertus ont de puissance sur les hommes et plus encore auprès de Dieu. J'apprendrai du larron à prier avec une humble connaissance de ma misère, et à confesser courageusement la bonté divine, à laquelle je me confierai.
4° Réponse de Jésus-Christ : Je vous le dis en vérité , aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis. La conversion de ce voleur fut le fruit de la prière de Jésus sur la croix, et elle fut d'autant plus admirable que, selon plusieurs auteurs, il avait précédemment blasphémé le Sauveur. Saint Matthieu dit en effet : Les larrons lui faisaient des insultes. On peut y voir aussi l'efficacité du sang de Jésus- Christ, qui efface tous les péchés, et qui remet même les peines temporelles, en rendant tout d'un coup digne de la gloire. 11 en donne l'assurance par ces paroles : Je vous dis en vérité; il promet sa société en disant : Vous serez avec moi, selon ce qu'il avait dit auparavant : Oh je serai vous me servirez; il nefaitpas attendre : Aujourd'hui, ditil. 0 heureux larron ! vous êtes venu à la onzième heure, et vous qui étiez le dernier, vous vous êtes trouvé le premier.
Comme ce*s larrons, entre les hommes de la même condition et du même état, il y en a qui sont pris d'une manière efficace par la grâce de Dieu, et d'autres qui sont laissés, comme il est dit des derniers temps : Tl y en aura
deux dans un lit, deux dans un champ ; l'un sera pris, l'autre laissé. Deux femmes seront à un moulin; l'une sera prise, l'autre sera laissée. Il faut conclure delà que personne, même parmi les plus grands pécheurs, ne doit désespérer de pouvoir se convertir ; mais il faut aussi prendre garde de n'être pas présomptueux en vivant toujours dans le désordre.
Deuxième méditation sur Jésus en croix (Dupont).
Ier Point. — 1° La Mère de Jésus se tenait près de la croix avec les autres saintes femmes et saint Jean. lien est toujours ainsi : plus on aime Jésus-Christ, plus on se tient près delà croix, plus on désire avoir part à ses avantages. La Vierge sainte, pleine d'une sainte intrépidité, ne craint ni le mépris ni les outrages. Elle s'approche ; à son exemple, Jean et les autres femmes s'avancent aussi. Elle n'en est pas moins près d'esprit que de corps ; elle y était même attachée avec Jésus-Christ par trois clous, par l'appréhension de ses douleurs, par son ardent amour, et par une compassion telle, que les épines, les coups, les clous et les autres tourments du Fils affligeaient l'âme de la Mère, comme si elle les eût reçus dans son propre corps; en sorte qu'on peut, en réalité, l'appeler martyre des martyres, comme on l'appelle Vierge des vierges : elle désira tout souffrir, et sa compassion la fit souffrir cruellement. Oh ! que je l'imite en châtiant ma chair et en affligeant mon âme, par le renoncement à tous mes penchants déréglés et par le désir de souffrir!
2° Jésus-Christ pense à sa Mère au milieu des douleurs et des opprobres ; c'est ainsi qu'on ne doit jamais abandonner son devoir. Il dit: Femme, voici votre fils. Il ne l'appelle pas Mère, ce n'était pas son usage , soit pour ne pas l'affliger davantage en lui donnant ce titre si doux.
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soit pour ne pas paraître flatter la chair, tandis qu'il ne cherche qu'à accomplir la volonté de son Père. Voilà votre fils, en désignant saint Jean ; il sera votre fils pour me remplacer; il aura soin de vous, et vous le regarderez comme votre fils, ainsi que mes apôtres que vous soutiendrez par votre providence maternelle. Que dut éprouver Marie lorsqu'elle vit que saint Jean allait remplacer son Fils! Oh! quel échange pénible! Mais ces paroles, prises dans un autre sens, font voir à Marie combien son luis a perdu de sa beauté. Voici celui q;;e vous avez conçu, ô Vierge, par l'opération du Saint-Esprit; c'est le Fils du Très-Haut, qui doit régner éternellement sur le trône de David; c'est le plus beau des enfants des hommes, etc. Dans ces mêmes paroles, il nous recommanda tous à la protection de sa Mère, comme étant les frères de Jésus-Christ par la grâce.
3° Il dit à Jean : Voilà votre Mère; aimez-la, respectezla, secourez-la comme votre Mère. Les paroles de Jésus- Christ sont efficaces , elles produisent ce qu'elles signifient; aussi dès lors saint Jean éprouva les sentiments d'un tendre fils envers Marie et les montra toujours ainsi. Oh! que j'aie Marie pour Mère, que je serai heureux ! C'est la grâce que je demande. Jésus-Christ confia sa Mère à saint Jean, surtout parce qu'il voulait confier une vierge à un homme vierge, et parce que saint Jean s'attacha au Sauveur jusqu'à la croix ; ainsi la chasteté et l'imitation de Jésus souffrant nous rendent capables d'une semblable parenté. Dès ce moment, saint Jean prit Mûrie pour sa Mère, heureux d'un tel présent, soit parce qu'i. venait d'un tel Maître, soit parce que c'est une grande gloire de servir Marie.
IIe Point. — 1° Depuis la sixième heure jusqu à la neuvième, ilyeut des ténèbres sur toute la terre. Ceci fut l'œuvre de Dieu, qui montrait l'horreur d'un si grand forfait, par lequel les impies enlevaient la vie au soleil de justice: c'était aussi pour représenter les ténèbres intérieures
répandues dans le cœur de cette nation perverse et les ténèbres extérieures qu'elle devait subir à causede son crime ; c'était enfin pour glorifier Jésus-Christ par ce prodige, qui montrait le soleil même sensible à la mort de son auteur en couvrant ainsi la terre de deuil, et pour effrayer les méchants, qui cessèrent alors d'outrager et de railler le Seigneur. Il convient de nous recueillir pendant ces ténèbres saintes et de nous retirer pendant cette nuit miraculeuse pour prier en silence, comme le Sauveur le faisait lui-même avant sa passion ; gardons-nous, pendant qu'il en est au dernier combat avec la mort, d'imiter les disciples dans le jardin ; lui-même nous engage à veiller plus soigneusement pour éviter la tentation.
2° Vers la neuvième heure, Jésus cria à haute voix : Eli, Eli, lamma sabacthani? c'est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? Ce grand cri et cette parole sont le signe d'une immense douleur; il était abandonné dans ses souffrances, qui se prolongeaient si longtemps avec des peines inouïes ; il ne pouvait ni reposer sa tête sans être piqué par les épines, ni appuyer son corps attaché par les clous sans être déchiré ; il étai* dépourvu de toute consolation dans la partie inférieure de son âme, quoiqu'il eût pu en puiser dans la divinité, comme il l'avait été dans le jardin, au point qu'un ange vingt le fortifier. Enfin, il se voyait abandonné de ses disciples, de sa nation, et il prévoyait qu'il le serait de la plupart des hommes, pour qui toutes ses souffrances deviendraient inutiles. Il voulut être ainsi abandonné, aûn que je ne le fusse pas moi-même de la miséricorde divine, et pour m'apprendre à être constant dans la désolation, à l'exemple de mon Maître. Lorsque le courage m abandonnera, ne m abandonnez pas.
3° Les paroles que prononça Jésus-Christ avec un grand cri se trouvent dans le psaume 21, où la passion du Sauveur est exprimée d'une manière si vive. Lisez-le avec attention et posément, avec une grande contrition. Le
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Sauveur fut encore raillé lorsqu'il prononçait ces paroles : Eli, Eli, mon Dieu, mon Dieu. Ses ennemis, les ayant méchamment interprétées, disaient qu'il appelait Elie parce qu'il ne pouvait se sauver. C'est ainsi, ô mon Dieu, que l'on saisit toutes les occasions de vous persécuter.
TIIe Point. — 1° Il est certain que Jésus -Christ endura une soif ardente ; il n'avait rien bu depuis la veille au soir, et il avait reçu tant de mauvais traitements, il avait été agité en tant de manières, et il avait répandu une si grande abondance de sang, qu'il était desséché, dit le prophète, comme de la terre cuite, et que sa langue s'attachait à son palais. Samson, qui figurait le Sauveur, après avoir tué un grand nombre d'ennemis, eut soif jusqu'à en mourir; mais Dieu y pourvut en lui faisant trouver à boire dans la mâchoire d'âne dont il s'était servi pour détruire les Philistins. 11 n'en est pas ainsi de mon Jésus. Moïse frappa le rocher de sa verge, et le rocher donna de l'eau en abondance. Or, le rocher, dit saint Paul, était Jésus-Christ, qui, frappé sur le bois de la croix, ne donna pas de l'eau pour se rassasier lui-même et étancher sa soif, mais donna son sang pour nous purifier et nous abreuver jusqu'à la vie éternelle. J'apprendrai de là à souffrir la soif et tout ce qui peut incommoder la chair.
2° Jésus, sachant que tout est consommé, pour accomplir l'Ecriture, dit : J'ai soif. Jésus avait soif de trois manières : 1° d'obéir à son Père, et, sachant qu'il fallait encore qu'il lut abreuvé de vinaigre pour accomplir ce que sou Père voulait qu'il souffrît, il s'écrie : J'ai soif ; 2° de souffrir encore, car ce n'était pas pour chercher du soulagement qu'il prononça cette parole, mais pour mieux éprouver cette ardeur il était disposé à souffrir davantage si son Père l'eût voulu; 3° de sauver les âmes, car c'était là son breuvage et sa nourriture. Remarquez qu'il ne demande pas, mais il indique seulement son besoin. C'est ainsi qu'un chrétien représentera son besoin à Dieu ou à ceux qui peuvent le soulager, mais il lui suffit d'avoir in-
cliqué ; il ne demande pas. Tout chrétien doit brûler de cette triple soif de Jésus-Christ.
3° On lui présenta au bout d'un roseau une éponge imbibée de vinaigre et enveloppée dans de l'hyssope amère. Personne ne lui offrit un adoucissement ; au contraire, on s'efforçait de l'affliger dans sa soif : c'était pour me délivrer de la soif éternelle de ce mauvais riche gourmand, à qui on refuse même une goutte dreau. C'est ainsi que les [pécheurs abreuvent Jésus-Christ lorsqu'ils lui présentent un cœur vide comme une éponge, mais rempli de l'acidité et de l'amertume du péché, au bout du roseau de la vanité et de l'inconstance , ce qui afflige plus Jésus-Christ que l'hyssope et le vinaigre. Mais quelle boisson différente le Sauveur nous présente ! c'est son sang. Que son calice est enivrant ! qu'il est précieux! La tendre Marie eût bien voulu soulager son Fils, mais elle ne le pouvait pas. Elle comprit d'ailleurs que cette soif était celle que nous avons mentionnée ; c'était encore celle d'aller à son Père et d'entrer dans sa gloire.
4° Il recommande son esprit en poussant un grand cri. Il parle ainsi pour montrer qu'il a assez de puissance pour se donner la vie, mais qu'il rend son âme volontairement, comme il l'avait dit : Personne ne mute la vie, mais je la quitte volontairement. C'était aussi pour montrer le sentiment douloureux et naturel qu'éprouve l'âme en se séparant du corps. Enfin il montrait le triomphe qu'il remportait sur le péché, le démon et la mort, comme Gédéon, qui après avoir brisé ses vases, poussa un cri en signe de sa victoire sur les Madianites. Ce cri cependant fut miraculeux dans un corps épuisé de sang et sans force -7 c'était une preuve insigne de sa divinité. Je rendrai grâces au Seigneur pour cette mort volontaire; je le prierai de me fortifier au moment de la séparation de mon âme par la mort ; je le féliciterai de la victoire qu'il remporte par sa mort.
Les paroles qu'il prononça en criant sont tirées du