‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 163 sur 212 · JÉSUS E-N' CROIX · texte numérisé non relu

JÉSUS E-N' CROIX

psaume 30 : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. Il appelle son Père en signe de sa confiance et de son affection filiale, telle que nous devons l'avoir à l'heure de la mort ; c'est comme une prière adressée à Dieu le Père pour lui demander de nous admettre dans son héritage éternel, lise recommande aux mains qui l'ont formé, qui disposent de notre sort et qui donnent la vraie sécurité : car qui pourrait nous en arracher ? Moi aussi je remets mon esprit entre vos mains, "ô bon Jésus, vous qui les tenez étendues pour donner le baiser de paix à ceux qui, étant affligés, se jettent entre vos bras, et personne ne sera capable de les en arracher.

Il ne recommande pas son honneur ni son corps, mais «son esprit ; lorsque l'esprit est en état de grâce, tou est bien. En recommandant son esprit, il recommande le nôtre qu'il regarde comme le sien propre, car il est dit : Celui qui s'attache à Dieu ne fait qu'un esprit avec lui. Il remet son esprit à son Père pour le reprendre après trois jours et le réunir à son corps. Mon Dieu, que j'apprenne à mourir î

Sa mort sera volontaire et non forcée, de telle manière cependant que les tourments soient plus que suffisants pour donner la mort. Le géant, comme dit l'Ecriture, va terminer sa course ; sa sortie vient du plus haut des cieux, et son retour sera dans les cieux, de l'orient à l'occident. Il s'endormira et se reposera comme auparavant : jl inclinera la tête en signe d'obéissance, dont il donne des preuves en mourant , en signe d'humilité et de pauvreté , à cause de nos péchés qui le chargent, qui l'accablent par leur poids et qui lui donnent la mort ; il baissera la tête pour désigner les limbes où il va descendre. Que fera sa tendre Mère, qui aurait voulu mourir avec lui et pour lui? car elle était toujours là présente. Qu'elle soit avec moi au moment de ma mort, afin que mon ennemi ne dise pas : Je l'ai vaincu.

Jésus meurt sur la croix.

Il a été enlevé de la terre des vivants; je l'ai frappé a cause du crime de mon peuple (i). Abraham, prenant un glaive, étendit sa main sur Isaac son filspour 1 immoler ; mais ayant reçu contre-ordre, il lui conserva la vie : a Dieu n'a point épargné son propre Fils; mais il l'a livré pour nous tous (-2), » et l'a livré à la mort. Le peuple regardait les angoisses de cette mort, et commença à en être touché ; regardons nous-mêmes, et considérons ses derniers exemples de vertu, les dernières paroles qu'il prononça, et les derniers signes de sa puissance.

Ier Point. — Jésus, dans sa passion, donna beaucoup d'exemples de patience, d'humilité, d'obéissance et d'autres vertus. Sur le point de mourir, il nous enseigne fortement et nous inculpe par son exemple deux vertus principales: la charité fraternelle et la piété filiale; il nous donne de chacune un modèle admirable : de charité en priant pour ses ennemis, de piété en recommandant la Vierge sa Mère à saint Jean.

1° Jésus disait : « Mon Père, pardonnez-leur, ils ne sa- « vent ce qu'ils font (3). Dieu a donné son Fils pour guide « et pour précepteur aux nations(4),» non pas tant poulies instruire par ses discours que pour les former par ses exemples ; c'est pourquoi ce qu'il avait commandé au commencement de ses prédications : « Aimez vos enne- « mis, priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous « calomnient : 5), » il l'observe lui-même en terminant sa mission : Mon Père, pardonnez-leur. Il adresse la parole a son Père avec une grande douceur, afin d'être exaucé;

(1) Isaïc 33. — (2) Rom. 8. — ;5) Luc 25. — (4) Isaïc 33. — (3) Matth. 3.

Page 1