‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 164 sur 212 · JÉSUS MEURT SUR LA CROII · texte numérisé non relu

JÉSUS MEURT SUR LA CROII

il ne nomme personne en particulier, afin de n'exclure personne ; il ne désigne point ses persécuteurs et ses calomniateurs, pour ne pas exciter la colère de son Père : Pardonnez-leur. Il fait tous ses efforts pour excuser et diminuer l'horreur d'un horrible déicide, le plus grand de tous les crimes à cause de la flétrissure qui y est attachée : Ils ne savent ce qu'ils font, dit-il, et s'ils eussent connu le Roi de gloire, jamais ils ne l'eussent crucifié (1). C'est pourquoi le Sage ajoute : « Ils- se sont trompés, et ils n'ont pas « connu les secrets de Dieu , car leur malice les a « aveuglés (2). » Cependant la prière de ce Fils obtient son effet. Comme dit l'apôtre : « Aux jours de sa morta- « lité, il offrit des prières et des supplications avec un « grand cri et des larmes, et il fut exaucé pour son hu- « milité ; car à l'instant son Père lui en accorde plusieurs, « parce qu'il livrait son âme à la mort et qu'il priait pour « les pécheurs (3) . »

Vous dites que vous ne pouvez supporter ce que vous a fait votre ennemi; vous en a-t-il fait plus que les Juifs à Jésus-Christ, plus même que vous à votre Sauveur? Mais vous ne pouvez aimer ; il n'y a rien là d'étonnant, vous n'excusez point la faute de votre prochain, vous ne l'atténuez point, vous l'exagérez au contraire à vos propres yeux : ce qui a été dit de bonne foi, vous le regardez comme étant dit par malice; si c'est par imprudence, à vos yeux c'est à dessein ; vous avez toujours présente l'injure qui vous a été faite, vous rouvrez sans cesse la plaie, vous renouvelez la douleur, vous réchauffez au dedans de vous la colère. Voilà pourquoi vous ne pouvez pas aimer.

2° Sa Mère se tenait près de la croix (4). Au milieu de tant d'ignominie produite par la croix, la pieuse Mère ne rougit pas de reconnaître son Fils; elle ne craint pas de contempler des tourments si affreux, de supporter,

(1) l Cor. 2,— (2) Sap. 2,— (o)Iïcbr. 5 et Isaïe 53.— (4) Jean iO.

de partager de si cruelles peines et de souffrir des douleurs si cuisantes. Elle vient souffrant et se lamentant avec les pieuses femmes, elle vient pleurant et se désolant au sujet de son Fils. Elle entend les coups de marteau, elle voit les clous, les plaies, et sonFils mourant sur la croix. Oh! qu'elle fut leur entrevue réciproque! quelle douleur mutuelle ! Marie se tient debeut au pied de la croix, et, plus forte qu'elle-même, elle offre son Fils pour le salut du genre humain. Jésus, ayant vu sa Mère et son disciple bien-aimé debout à ses pieds, dit à sa Mère : Femme, voici votre fils. Il lui dit Femme et non Mère pour ne pas augmenter la douleur de son cœur maternel : Voici votre fils; c'est lui qui prendra ma place, qui aura soin de vous, qui vous servira. Ensuite il dit à son disciple : Voilà votre Mère ; vous la respecterez, vous l'aimerez, vous lui obéirez ; elle, de son côté, vous protégera et vous défendra avec la bonté d'une mère.

0 heureux disciple, que le Fils de Dieu mourant mit à sa place et qu'il recommanda à la protection de Marie ! Dès ce moment saint Jean prit Marie pour sa Mère; le disciple vierge vénéra la Vierge comme sa Mère, et Marie resta toujours confiée à sa garde. Or, ce quia été dit à Jean nous a été recommandé à nous-mêmes; ceux que le Fils de -Dieu n'a pas craint d'appeler ses frères, la Mère de Dieu ne refuse pas de les accepter comme ses enfants , en sorte que celui qui prend Marie pour sa Mère peut dans tous ses besoins dire avec une confiance filiale : Montrez-vous notre Mère.

IIe Point. — Sur la neuvième heure, Jésus cria à haute voix en disant: Eli, Eli, lamma sabacthani? c'est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m avez-vous abandonné (I) ? Vers la neuvième heure, qui fut celle de sa mort, Jésus crie vers son Père ; il lui représente que tout est consommé et remet son ime entre ses mains.

(1) ilatlh. 21.

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!° II crie vers son Père, et crie à haute voix pour exprimer lagrandeur de ses souffrances qui étaient devenues immenses; car depuis trois heures il était suspendu à la croix, soutenant le poids de son corps, la tête percée par les épines, les bras étendus, les os déboîtés, les nerfs froissés, les membres enflés, la chair déchirée par les clous, et ce qu'il y avait de plus intolérable, au milieu de la joie, des insultes, des dérisions de ses ennemis. Pourquoi mavez-vous abandonné ? Au milieu d'un si cruel supplice, il n'a personne pour le consoler, il éprouve au contraire la plus grande désolation. Abandonné de ses disciples, de ses proches, de ses amis, il regarde et ne voit personne pour le secourir. « Il cherche et ne trouve personne qui .< l'aide à souffrir. Il voudrait une consolation, et il n'en « rencontre nulle part (1). » La partie inférieure de l'âme ne reçoit aucune impression de la béatitude céleste, et le Père, qui est invoqué, n'exauce point son Fils et ne lui envoie point un ange pour le consoler, mais il le livre tout entier aux exécuteurs de la vengeance divine pour recevoir les coups de l'immolation. Seigneur, je crierai pendant tout le jour, et vous ne m' exaucerez pas.

Le Fils de Dieu a voulu éprouver cette grande sévérité de la justice divine pour vous faire trouver grâce et miséricorde; il a voulu être privé de toute consolation, afin que lorsque le ciel vous prive de sa visite, vous ne désespériez jamais , et pour vous apprendre que dans de grandes consolations il y a peu de mérite, mais que dans une grande désolation la force et la constance sont éprouvées.

2° « Après cela Jésus, sachant que tout est consommé, u afin d'accomplir l'Ecriture, dit : J'ai soif, et lorsqu'il « eut reçu du vinaigre, il dit : Tout est consommé (2). » Ce qu'il avait dit auparavant de la fin de sa prédication en ces termes : « Mon Père, l'heure est venue, glorifiez votre

(1) Isaïc 65 et Ps. GS. — (2) Jean J9.

o-rl SAMEDI DE LA PASSION.

a Fils afin que votre Fils vous glorifie; je vous ai glorifié « sur la terre, j'ai consommé l'œuvre que vous m'avez h confiée, j'ai manifesté votre nom (1). » C'est ce qu'il répète en parlant de la fin de sa passion et de toute l'œuvre de la rédemption des hommes ; il dit : Tout est consommé. Car il est tout à la foi l'auteur de notre foi et le consommateur du salut; mais il veut parler surtout de ses travaux, de ses angoisses, de ses douleurs que Dieu le Père avait ainsi réglées pour servir de rançon à notre salut ; il veut parler des prophéties et des figures de l'Ancien Testament qui le concernaient, et qui cessèrent lorsque parut la vérité. Sachant que tout est consommé, afin que l'Ecriture fût accomplie, il dit : J'ai soif. Ceci regarde aussi la fin pour laquelle il avait été envoyé, afin d'abolir la prévarication, de mettre fin au péché, de détruire l'iniquité de la terre, et d'amener la justice éternelle (2). Tout cela a été accompli ; il a écrasé la tête du serpent, détruit la mort, dépouillé l'enfer, ouvert le ciel, établi une nouvelle loi, un nouveau sacrifice et de nouveaux sacrements : Tout est consommé.

Le juste dira de même à sa mort : Tout est consommé. - L'hiver est passé, la pluie a cessé ; le travail, la dou- • leur, le deuil et les gémissements se sont éloignés. J'ai s achevé ma course, j'ai conservé la foi; il me reste à re- « cevoir la couronne de justice qui m'est préparée (3). » Le pécheur mourant dira aussi : Tout est consommé. La ligure de ce monde est passée ; mes jours ont passé plus rapidement qu'un coursier qui fuit, ils se sont écoulés et envolés sans aucune espérance (4). Tout est passé commp une ombre, et il ne me reste que le sépulcre (5).

3° Et, criant à haute voix, il dit : Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains (6). Ce grand cri était non seulement le signe de son grand amour envers son Père, non

(i) Jean 19. — (2) Dan. 9. - (3) Il Tim. 4. — (4) I Cor. T. et Job 9. — (3} Sap. 5 et Job 17. — (6) Luc -2o.

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