JÉSUS APPARAÎT A SES DISCIPLES
vous condamnez vous-même, car vous faites ce que vous jugez et ce que vous condamnez (1). Lorsque vous craignez d'entendre votre conscience, cette crainte est déjà un témoignage de condamnation.
3° « L'iniquité étant timide rend un témoignage de con- « damnation , car la conscience troublée est cruelle ; « elle prévient toujours (2) ; » elle est donnée aux pécheurs comme témoin, comme juge, comme vengeur de l'iniquité, afin qu'ils se repentent enfin et se convertissent. Ainsi ceux que la conscience condamne, elle les tourmente, elle les mord, les brûle, les déchire, et le pécheur ne peut échapper à cette vengeance qui s'attache à sa poitrine et à son cœur. Que d'efforts ne fait pas l'impie pour s'arracher à un semblable tourment? Qui pourrait retenir son indignation lorsqu'on le voit répandre de tous côtés les rêveries de son délire ? Tantôt il blasphème la loi divine et voudrait détruire toute la règle des mœurs ; tantôt il renie son âme, quelquefois même l'existence de Dieu : d'autres fois il attaque la providence et la justice ; mais il voit la loi de Dieu écrite dans son cœur; il sent que Dieu est intimement présent, qu'il est le vengeur de ses crimes; tout ce qu'il dit dans son délire montre la crainte et le trouble de son esprit et les angoisses dont son âme est saisie, car sa conscience, comme une cruelle, le prévient toujours lorsqu'elle est troublée.
Laissons raconter au roi Antiochus ce que c'est que le ver rongeur et le remords de la conscience, que l'Ecricriture compare aux supplices de l'enfer : « Dans quelle a tribulation je me trouve! dans quels flots de tristesse « je suis tombé! Je me souviens maintenant de tous les « maux que j'ai faits à Jérusalem (3). » Laissons parler le premier des fratricides : « Mon iniquité est trop grande « pour que je mérite le pardon, quiconque me trouvera « me tuera (4). » La conscience cruelle prévient toujours lorsqu'elle est troublée.
(|; nom 2 — (2) Sap. 17. - (5) Mach. fi. ~ (4) Gcn I.
ÏOME ii j i
« Pour vous, mes frères, qui avez été réconciliés avec « Dieu par la grâce et par la pénitence, prenez garde. « consezvezla paix et faites votre affaire ; persévérez dans a l'état de grâce que le Seigneur vous a accordé, et dont a vous avez entendu la voix avec joie; car c'est lui qui a a dit : Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et fatigués, »( et je vous soulagerai ; prenez mon joug, et vous troua verez le repos do vos âmes (1). »
IIe Point. — Lorsque vous étiez esclaves du péché, vous Hiez dans une fausse liberté à l 'égard de la justice (2). Il ne i'aut pas chercher cette paix que l'on acquiert aux dépens de la justice. La paix de Jésus-Christ n'est pas la même que celle du monde: Je vous donne ma paix, dit le Sauveur, non une paix comme celle du monde (3). Il n'y a pas de paix dans le monde, excepté pour ceux que le monde a réduits en servitude par le péché et sa concupiscence ; il n'y a pas de paix en Jésus-Christ, sinon en faveur de ceux à qui le Sauveur a rendu la liberté après que le péché a été détruit par les larmes de la pénitence et que la concupiscence a été vaincue par un ferme propos d'amendement. Tenez-vous donc avec fermeté dans le Seigneur, et conservez votre bon propos, afin que la concupiscence ne vous mette pas de nouveau dans une servitude honteuse qui dépouille l'âme des dons de la grâce, dans une servitude laborieuse qui lie l'âme par des chaînes lourdes, dans une servitude pernicieuse qui met Fâme sous la dépendance éternelle du démon.
4° Chacun ost tenté, dit saint Jacques, par sa propre concupiscence qui l'attire au mal : lorsque la concupiscence a conçu, elle engendre le péché (A) : monstre odieux et d'autant plus flétrissant qu'étant né du concours de l'esprit et te la chair après que la concupiscence a soumis l'esprit i la chair, elle le rend comme elle-même rebelle à Dieu.
X I Thoss. 4 et Matlh. H. — (2) Rom. 6. — (5) Jean 14. - ; .lac \.
JÉSIS APPARAIT A SES DISCIPLES. il!
et renverse aussi l'ordre de la droite raison et de l'honnêteté ; d'où il résulte que l'homme devient semblable aux animaux sans raison auxquels il se compare^). Mais ce qu'jl y a de plus honteux et d'exécrable, c'est que la concupiscence répand et imprime dans l'âme la marque de l'infamie et la livre au démon pour être son esclave et sa proie : car celui qui est vaincu devient l'esclave du vainqueur ($) . Les démons ont vaincu l'âme du pécheur par la concupiscence et le péché ; ils la tiennent en captivité, la dépouillent de tout. Après avoir enlevé ses vêtements de gloire, sa vie surnaturelle, la grâce sanctifiante, les dons du Saint-Esprit , les mérites de ses bonnes œuvres e^ même la faculté de pouvoir mériter, ils la montrent aux yeux de Dieu et des saints anges souillée d'une plaie horrible, nue et pleine d'ignominie.
0 pécheur, si tu pouvais avec tes yeux voir ton âme . tes membres sans doute seraient roidis et glacés d'horreur ; elle qui était l'image de Dieu, l'épouse de Jésus- Christ, couronnée de gloire et d'honneur, deveîiue semblable à Lucifer, n'a plus droit de commander, mais elle obéit aux démons. C'est dans cette servitude honteuse que vous persévérez, dans cette servitude ruineuse et funeste qui charge votre âme de liens énormément lourds. 2° Car les démons, pour affermir et consommer leur victoire, ne prennent point de repos et n'en laissent pas prendre ; ils dressent toujours de nouvelles batteries, ils préparent de nouveaux aiguillons, ils ménagent de nouvelles occasions : c'est ce qui arriva à Pierre après sa chute. Ainsi ils enflamment de plus en plus la concupiscence, peu à peu ils échauffent la chair, le sang, et finissent par embraser l'homme en entier. Alors, si l'on ne résiste pas à la nature perverse, la passion se joint à la concupiscence; et si l'on ne résiste pas à la passion, bientôt l'habitude, qui est comme une seconde nature, s'implante
r Ps. 48. — (2) il Pclr. 2.
dans l'âme; les vices enfantent et nourrissent les vices : la gourmandise, la luxure; l'orgueil, la colère; l'avarice, la dureté de cœur et le manque de charité. Le pécheur alors n'est plus maître de lui-même ; il est entraîné comme un homme ivre, traîné par la passion, traîné par l'habitude, traîné par les vices et la concupiscence, non par des liens de fer, mais par sa volonté dépravée qui est plus dure que le fer.
0 servitude malheureuse, qui tourmente et qui fait plaisir ! elle garrotte, elle attache. Le pêcheur la verra, et Use mettra en colère ; il verra la ruine de sa maison, l'affaiblissement de sa santé, la perte de sa fortune et de sa famille ; le joueur maudit le jeu, l'ivrogne le vin, l'impudique le vice honteux, il promettra tout à Dieu et ne tiendra pas sa promesse; il sera entraîné encore par son plaisir ; il est conduit, non par une chaîne de fer, mais par sa volonté dépravée plus dure que le fer, qui l'entraîne et le jette au plus profond de l'abîme. 0 cruelle servitude, qui attache par de si durs liens '. ô pernicieuse servitude, qui rend le pécheur esclave du démon pour toujours!
Car, lorsque le pêcheur est arrivé au plus profond abîme du péché, il en fait peu de cas (1), parce qu'ayant voulu essayer ses forces contre un ennemi plus fort que lui, et ayant été vaincu dans des choses moins difficiles, il ne croit pas pouvoir l'emporter dans ce qui l'est davantage ; ainsi il ne fait plus rien pour recouvrer sa liberté et devient l'émule de ceux qui, au témoignage de l'apôtre, en suivant « dans leur conduite la vanité de leurs sens et de < leurs pensées, ont l'esprit plein de ténèbres, et qui. . n'ayant point d'espérance, se plongent avec une ardeur « insatiable dans toutes sortes de choses immondes et « impures (2). L'homme impie se roidit insolemment (3); » celui qui ose le reprendre reprend un railleur et se pré- Ci) Prov. 18. —(2) Eph. i. -r (5; Prov. 21.
JÉSUS APFAfcMT A SES DISCITULS. 413
pare quelque outrage, car il méprise tous les conseils de la sagesse. Semblable à un insensé agité par la rage et la fureur, il méprise ses parents, ses proches, ses supérieurs, ses amis, et sur ses vieux jours il ne quittera pas sa mauvaise voie, il mourra dans son impiété. Malheur à vous, impies, qui avez abandonné la loi du Très-Haut ! lorsque vous serez morts, votre partage sera la malédiction (1). Telle est la liberté dont les pécheurs se vantent, c'est une servitude pernicieuse qui conduit à l'enfer.
« Rendez grâces à Dieu, mes frères, de ce qu'étant dé- « livrés du péché, vous êtes devenus les esclaves de la « justice, et que, délivrés de la servitude, vous avez été « appelés à la liberté des enfants de Dieu. Mais que cha- «. cun reste bien dans sa vocation, et que, comme il s'est « servi de ses membres pour l'impureté et l'iniquité, il < les fasse servir maintenant à la justice et à la sanctifi- « cation (2). »
IIIe Point. — La miséricorde et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées (3). Lorsque le pécheur a condamné ses erreurs par la pénitence et qu'il est rentré dans la voie des commandements qu'il avait quittée, alors la miséricorde et la vérité vont au devant de lui, la justice et la paix s'embrassent. Il n'y a point de paix pour les impies qui ne font pas pénitence, parce que cette paix n'est pas vraie, mais vaine, trompeuse; elle n'est point unie à la sécurité, ni exempte de la crainte des ennemis et de l'invasion des méchants. Le juste seul est dans un état de sécurité ; mais elle est nulle et fausse la sécurité de ceux qui présument de la miséricorde de Dieu, négligent d'apaiser sa justice et méprisent ainsi l'une et l'autre. Qui a résisté à Dieu et a pu conserver la paix (4)? La justice l'effraie, la miséricorde l'effraie.
1° « La justice effraie par ses menaces et ses supplices : « si vous ne vous convertissez, il tirera son glaive, il
J) EccIj. 41. — (2) Rom. G et l Ccr. 7. — (?) Ps. 84.— (4) Job 9.
«t bandera son arc ; déjà il est prêt, il plongera ses flè- >• ches dans des vases pleins d'un poison mortel, il fera « pleuvoir ses traits sur les pécheurs ; le feu, le soufre, « les tempêtes terribles seront leur partage (i) ; ils sont u sous le poids d'un jugement horrible qui les attend, < des ardeurs du feu, du supplice de l'enfer, d'un tourment sans fin. Qui d'entre vous pourra supporter les « ardeurs éternelles (2)? »
Qui ne serait effrayé de tant de maux ? Mais l'insensé a dit dans son cœur : « Dieu n'est pas (3) ; nous sommes « sortis du néant, et bientôt nous serons comme si nous a n'avions jamais été (i). » Cependant il cherche en vain à se délivrer des terreurs secrètes de son esprit. Qui a tenu ce langage, sinon le cœur dépravé de l'insensé, aveuglé et troublé par la terreur, qui cherche le repos et ne le trouve pas? Mais ce n'est pas la sagesse de Dieu qui parle ainsi , elle qui n'est pas restée sans pouvoir se rendre témoignage et qui se fait connaître par ses œuvres ; la justice de Dieu ne dit pas cela, elle qui rendra, non pas toujours dans cette vie, mais dans l'autre, à chacun selon ses œuvres ; la conscience ne le dit pas, car, comme l'iniquité est timide, elle rend un témoignage de condamnation : a c'est pourquoi il y a tribulation et angoisse « dans toute âme qui fait le mal (5). » Quand même les tourments de renier seraient douteux, ce doute même enlèverait toute sécurité. « Mais parce que les impies ont (( tout mêlé, le vol, l'homicide, la corruption, l'infidélité, « le parjure (G), » ils appellent tant et de si grands maux la paix. «Mais quand ils diront :Paix et tranquillité, tout « d'un coup arrivera leur fin (7). »
-2° Ne dites pas : La miséricorde de Dieu est grande , il aura pitié de la multitude de mes péchés (8). La miséricorde appelle à la pénitence en avertissant, en menaçant, en
I Ps. 1 et 8. — (2) Isaïc 53. — (3) Ps. 13. — (4) Sap. î. — : Kom. SL — (o) Sap. 14. — (I) I Thcss o. — (8) Eccli. 5-