‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 196 sur 212 · J.-C REPROCHE LA FOI TARDIVE. A · texte numérisé non relu

J.-C REPROCHE LA FOI TARDIVE. A

s'est fait entendre sur les grandes eaux. Qui a fait venir de l'Orient son serviteur? qui lui a promis une famille et lui a dit que par sa race il répandrait sa bénédiction sur toutes les nations ? La voix du Seigneur prépare ses serviteurs. Qui a délivré le juste de l'incendie ? La voix du Seigneur qui divise la flamme. Qui a fait passer le peuple d'Israël au milieu des eaux de la mer ? La voix du Seigneur qui ébranle le désert. Qui a publié sa loi sur le mont Sinaï ? La voix du Seigneur a une grande force, elle est pleine de magnificence et d'éclat. Qui a introduit son peuple dans la Terre- Promise et en a chassé les Chananéens ? La voix du Seigneur qui brise les cèdres. Qui a donné la parole aux prophètes pour prédire les choses à venir? La voix du Seigneur gui révèle les choses cachées. « Car la parole de Dieu « est vivante et efficace, elle est plus perçante qu'une « épée à deux tranchants, elle pénètre jusque dans les « replis de l'âme et.de l'esprit (1). » C'est cette parole qui a briséles statues des faux dieux, qui a montré la folie de la sagesse de ce monde , qui sans glaive a vaincu le glaive des impies, qui par des pêcheurs a soumis des empereurs, qui a institué une nouvelle religion, admirable dans son auteur, présagée par les figures et les prophéties, propagée par des merveilles et des miracles, sainte dans sa morale, sublime dans ses mystères, prouvée par le témoignage des saints et confirmée par le sang des martyrs.

11 est donc facile de conclure, d'après les merveilles que Dieu seul peut opérer, qu'il a parlé, que sa parole est permanente ; car Dieu justifie encore les nations par la foi ; mais la foi vient de ce qui est entendu, et l'on entend parla, parole, comme dit saint Paul (2). Le Seigneur l'a juré on disant : « Une parole de justice sortira de ma bouche. « et elle ne reviendra pas sans fruit, mais elle fera des a progrès (3). »

(!) Bcb. 4 — (2) Rom. iO. — $J Isnïn &o ni :;:;.

#18 UEBOEEDI DE PAQL'ES-

Ici se présente une grave question : En quel lieu se trouve cette parole dans toute sa pureté, dans toute son intégrité, sans avoir été corrompue, tronquée en certaines parties, ou enflée, de manière qu'on n'y voit plus briller la vérité? Ne cherchez la parole de Dieu que là où elle opère et dans la maison qu'elle s'est bâtie, c'est-àdire dans l'Eglise catholique et apostolique, que la parole de Dieu a fondée et établie par les apôtres. Qui ne comprend que cette parole leur a été donnée et confiée, ainsi qu'à leurs successeurs, lorsqu'ils furent envoyés pour la prêcher dans tout l'univers ? a Allez dans tout « l'univers prêcher l'Evangile à toute créature, dit Jésusce Christ ; enseignez toutes les nations, et je suis avec u vous tous les jours jusqu'à la consommation des siè- « clés (1). «Comment auraient-ils été envoyés sans la parole de Dieu ? comment auraient-ils prêché ? ou s'ils l'altéraient, comment Jésus-Christ demeurerait-il avec eux? Ainsi l'Eglise, sans aucun doute, conserve la véritable et sincère parole de Dieu ; cette Eglise, qui a été établie sur le fondement des apôtres, nous l'a transmise par une succession non interrompue de pasteurs.

-2° Enfin, sans aucun doute, la même autorité qui doit prêcher la parole de Dieu a droit de l'interpréter , ensorte que la même autorité qui prêche et qui enseigne, qu'elle soit faillible ou infaillible, est également chargée de l'interprétation. Or, qu'il y ait dans l'Eglise catholique et apostolique une autorité infaillible , soit dans l'interprétation, soit dans la prédication de l'Ecriture, ce qui revient au même, cela est d'autant plus évident, que, sans cela, elle ne pourrait pas conserver le dépôt de la foi , comme dit saint Paul (2) , soit parce que l'assentiment à la foi , appuyé sur une interprétation incertaine, devient incertain, et que nous <crions comme des enfants flottant à tout vent de doc-

(I) Marc 16 cl Matlh. 28 — (2) II Tim. i.

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frine (i) ; soit parce que le Seigneur dit : a Enseignez « toutes les nations, et je suis avec vous tous les jours « jusqu'à la consommation des siècles. Tu es Pierre, et « sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de « l'enfer ne prévaudront point contre elle. Celui qui n'éa coûte pas l'Eglise, regardez-le comme un païen et un « publicain (2) ; » soit enfin parce que tout législateur qui n'est pas un insensé ne laissera pas à chacun le droit d'interpréter ses lois, ce qui serait par trop absurde,*mais il choisira un interprète qui jugera avec autorité et puissance. Enfin, le sens privé que les ennemis de l'Eglise veulent substituer à son autorité n'est pas, comme ils le veulent, l'esprit de Dieu qui éclaire intérieurement, mais un esprit évidemment menteur, qui nie et affirme la même chose : un esprit divisé et qui divise, tandis que l'esprit de Dieu est essentiellement un ; leur esprit n'est pas un esprit de charité, mais de dissension, qui excite au mal , auteur d'hérésies, d'apostasies, de schismes.

Oh ! quel bienfait de la miséricorde divine, que le commandement de la foi que Dieu vous impose ne soit pas au dessus de vous, ni loin de vous, mais tout à fait à votre portée pour que vous puissiez l'accomplir! Nourri, comme vous l'êtes, des paroles de la foi, conservez ce don inestimable et obtenez la vie. La foi est la racine de la vie surnaturelle: c'est d'elle que découle l'espérance etla charité, sans laquelle il n'y a point de vertu chrétienne, aucun mérite, aucun profit pour la vie éternelle ; car, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu (3).

IIe Point. — Et ils disaient entre eux r Noire cœur riétait-il pas ardent lorsqu'il nous parlait dans le chemin et qu'il nous expliquait les Ecritures? Le Seigneur exige une foi telle qu'il la donna à ses deux disciples , une foi vive et active qui embrase le cœur et qui opère par la charité (i) .

(i)Eph. 4— (2) Mallli. 1G et 18. — (5, Hrbr. il.— (4) Gai. S,

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car celle qui est sans les œuvres est une foi morte (1), Comment vivifie-t-elle et justiîie-t-elle l'âme? Que sert à l'homme d'avoir la foi, s'il ne marche pas selon les lumières de la foi? Par la foi il sera jugé, d'après son propre témoignage, comme un serviteur inutile, comme un méchant serviteur, comme un serviteur pire qu'un infidèle.

1° La foi est un don de Dieu, un don singulier qui n'est pas accordé à tout le monde, car tous n 'obéissent pas à l'Evangile (2) ; tous, à leur naissance, ne reçoivent pas le baptême et avec lui la foi ; tous ne sont pas préparés à la foi dès qu'ils ont l'usage de la raison, ni imbus des mystères sacrés. C'est un don singulier de Dieu, un talent d'un prix inestimable, dont le Seigneur demandera l'intérêt et un fruit abondant ; mais les fruits de la foi sont des œuvres de lumière, débouté, de justice et de vérité (3), dans lesquelles nous devons marcher honnêtement pendant le jour, glorifiant Dieu et édifiant le prochain. La foi est une lumière qui brille dans un lieu ténébreux jusqu'à ce que le jour de l'éternité se lève (i). La parole du Seigneur est une lumière à mes pieds et un flambeau dans ma voie (5). Le commandement du Seigneur est lumineux, il éclaire les yeux et donne la sagesse aux enfants (G). Que vous servent tant de lumières, si vous marchez dans les ténèbres et que vous enfouissiez votre talent dans la terre? Que vous servirontelles lorsque le Seigneur viendra, sinon à prouver que vous êtes un serviteur inutile et à vous attirer cette juste sentence : Jetez ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures?

2° Si la connaissance de la foi condamne le serviteur qui ne fait pas le bien, absoudra-t-elle celui qui fait le mal? Sera-t-il permis d'enlever le bien d'autrui quand il est ordonné de donner du sien? Celui qui commet l'adultère, qui tue, qui vole, qui désire ce qu'il ne doit pas désirer.

(i) Jac. 2.— (2; Rom. iO. — (3) Eph. 5. — (4) II Pi >. 118.— h) Ps. i$.

ierrc 1 . —

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est déjà jugé par la loi de sa foi qui lui dit : Vous ne tuerez point, vous ne commettrez point d'adultère, vous ne volerez point , vous ne désirerez point. Le Seigneur nejuge-t-il pas et ne condamne-t-il pas par le témoignage de la foi celui qui croit et qui fait le mal? Le Seigneur dit au pécheur : Vous détestez la discipline, vous jetez derrière vous toutes mes instructions, je vous convaincrai et je vous mettrai en face de vous-même (!). Si donc la foi n'est pas agissante et que votre vie ne soit pas en harmonie avec elle, le Seigneur vous condamnera non seulement comme un serviteur inutile, mais comme un serviteur méchant et vicieux, « Si le méchant serviteur « dit en lui-même : Mon maître tarde à venir, et qu'il « mange, qu'il boive avec des hommes de bonne chère, « le Seigneur viendra au jour qu'il ne s'y attend pas, il le « séparera, et son partage sera avec les infidèles (2). »

3° Le Seigneur déclare que la conduite de ce mauvais serviteur sera pire que celle des infidèles, que ]e jugement et le supplice qui s'ensuivra sera plus grave encore. Il dit clairement aussitôt après : « Ce serviteur qui a connu « la volonté de son maître et qui ne l'a pas accomplie « sera puni plus sévèrement (3). » Il confirme cette sentence par la suivante : « On demandera plus à celui à qui « on a donné davantage, et l'on demandera moins à cece lui à qui on a moins confié. » C'est pourquoi l'apôtre ne craint pas d'affirmer que celui qui n'a pas soin des siens, et surtout de ceux qui lui sont confiés, a renié sa foi et devient pire qu'un infidèle ; il a renié sa foi, non pas de cœur ni en parole, mais dans sa conduite.

Ne vous glorifiez pas dans l'espérance des enfants de Dieu, comme étant justifié par la foi ; si vous n'avez pas les œuvres de la foi, vous êtes pire que les Tyriens et les Sidoniens, qui se lèveront avec les Ninivites au jour du jugement et vous condamneront; car les Tyriens et les

i) PS. 49..— (â) Luc 12 et Maith. 24. — ffi) Luc 12.

Sidoniens n'ont pas entendu la parole de Dieu, et les Ninivites, en recevant la parole de Dieu par la foi, firent pénitence. Excitez votre foi afin qu'elle soit vive et qu'elle opère par la charité, qu'elle soit ferme et ne soit jamais vaincue par la tentation.

IIIe Point. — Eux au même instant retournèrent à Jérusalem et racontèrent ce qui s'était passé. A peine le Seigneur eut-il disparu aux yeux des disciples, que les ténèbres de la nuit ne les arrêtent pas ; ils ne sont pas retenus par la pensée que ce que les femmes avaient vu semblait une extravagance aux yeux des autres ; ils se hâtent d'annoncer, eux aussi, la résurrection du Sauveur, comme en étant sûrs et très- assurés ; car on croit de cœur pour la justice, mais la confession se fait de bouche pour le salut (1). C'est par cette confession de la foi que l'on prouve qu'elle est ferme et constante, parce quon méprise ce qui fait rougir les faibles et qu'on foule aux pieds le respect humain; telle est la victoire qui triomphe du monde, notre foi (-2). Cette sagesse se met au dessus des railleries insensées des impies et au dessus de leurs cruelles persécutions.

1° Les fidèles confessent ce que prêchaient les apôtres : Jésus-Christ crucifié, qui est un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils (3) ; et parce que cette foi regarde comme une folie la sagesse du monde, qu'elle tend à détruire les erreurs du monde, qu'elle réprouve ses vanités, qu'elle condamne ses crimes, c'est pour cela que les impies blasphèment ce qu'ils ignorent. Ils attaquent Dieu dans le ciel, et leur langue n épargne rien sur la terre (4), afin de détruire, s'il était possible, la sagesse de Dieu par la folie du monde. Us se raillent de la simplicité du juste, ils méprisent les vérités de la foi, ils chicanent sur l'obscurité des mystères ; leurs raisonnements jettent des nuages sur les choses les plus claires; ils promettent la

V Rom. 10. — (2) ! Jean 5. — (H) I Cor. i. — (4) Ps. ».

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