‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 197 sur 212 · J.-C. REPROCHE LÀ FOI TARDIVE · texte numérisé non relu

J.-C. REPROCHE LÀ FOI TARDIVE

science et la liberté, tandis qu'ils sont eux-mêmes les esclaves de la corruption (1) et qu'ils ne savent rien. Quiconque les contredit est convaincu à leurs yeux d'ignorance; ils le rassasient d'injures et d'opprobres.

Soyez^ferme dans la foi, ne la dissimulez pas, ne craignez pas de la confesser, afin que vous puissiez vous glorifier devant Dieu avec le prophète en disant : « Je vous ren- « dais témoignage même devant les rois> ô mon Dieu, et « je ne rougissais pas (2>. » Vous posséderez ainsi votre àme dans la patience.

2° Que de tourments nous aurons à souffrir pour la foi, selon la prédiction du Sauveur! Il faut cependant que nous les souffrions courageusement. «Prenez garde de « n'être pas séduits, il y en aura qui viendront en mon ( nom et qui diront que c'est moi qui les envoie ; ils vous « poursuivront de ville en ville, ils mettront la main sur « vous et vous traîneront devant les rois et les gouver- « neurs à cause de son nom (3). Ne craignez point ceux « qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme ; crai- <( gnez plutôt celui qui peut perdre le corps et l'âme a dans l'enfer. Celui qui me confessera devant les « hommes, je le confesserai devant mon Père céleste ; «. celui qui m'aura renié devant les hommes, je le renient rai devant mon Père qui est dans les cieux (4-). »

Tout homme qui professera cette foi sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. C'est la foi par laquelle tous ceux qui ont été agréables à Dieu depuis le commencement du monde, l'ont été par cette même vertu. C'est par elle que les saints ont conquis des royaumes, qu'ils ont rempli les devoirs de la justice, qu'ils ont obtenu l'effet des promesses ; c'est pour cela qu'ils ont souffert les mépris et les coups, qu'ils ont enduré les chaînes et les prisons afin d'acquérir une demeure permanente, que nous cherchons aussi par la même foi.

(1) ItPetr. ± — (2) Ps. IIS, - .3) Luc 2-1. - (4) Mullli. 10.

Il a fallu que Jésus-Christ souffrit et entrât ainsi dans sa gloire.

Ne fallait-Il pas que le Christ souffrît et qu'il entrât ainsi dans sa gloire (1)? Les tribulations des justes sont nombreuses j mais puisqu'il a fallu que le Fils de Dieu souffrit et qu'il entrât ainsi dans sa gloire, à plus forte raison nous pécheurs devons-nous arriver au royaume des cieux par de nombreuses tribulations. Cependant nous ne sommes pas sans consolation, si nous examinons le fruit abondant et la fin des souffrances. La tribulation soufferte avec patience est un signe de prédestination à la gloire, elle y conduit comme le moyen à la fin 5 cr car « ceux que Dieu a prévus dans sa prescience, il les a aussi « prédestinés à devenir l'image de son Fils, afin qu'il soit a lui-même le premier né entre plusieurs frères; mais « ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés ; ceux qu'il a « appelés, il les a justifiés; et ceux qu'il a justifiés, ils les « a glorifiés '(2). » La tribulation parcourt tous ces degrés de prédestination, elle en voit le terme par la grâce de Dieu et parla patience; car elle est utile à la vocation, parce qu'elle réprime la concupiscence; elle est utile à la justification, parce qu'elle détruit le péché ; elle sert à la glorification, parce qu'elle augmente le mérite et la récompense.

Ier Point. — Ceux qu il a prédestinés, il lésa appelés. Il y en a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus, parce que tous n'obéissent pas à l'Evangile (3). Isaïe dit aussi : Qui croit/'/ notre parole (4) ? Le Seigneur irrité se plaint en disant : Tout le jour j'ai tendu les mains à un peuple incrédule et qui me contredit (5). Tous, au moment de leur prospérité, suivent la concupiscence de leur cœur; il faut donc qu'elle

iicSi. — (2} Rom. 8.— <5; Ibid. JO. -(■*} Isaïe 35 — (3) Ibi 1.

ÎL A FALU QUE J.-C. SOUFFRÎT. -i:T>

soit réprimée par la tribulation, afin qu'elle cesse de causer du trouble et que nous puissions entendre Dieu parlant à notre cœur ; car la prospérité nourrit et enflamme la concupiscence, l'adversité la dompte et la détruit.

4° La prospérité des insensés les perdra (t), parce qu'elle enflamme la concupiscence, qui, après avoir conçu, enfante le péché, et par le péché engendre la mort. « Heu- »< reux l'homme riche qui est trouvé sans tache, qui, « ayant le moyen de transgresser, n'a pas transgressé, et a de faire le mal, ne l'a point fait ! Quel est cet homme, et « nous le louerons, car il a fait des choses merveilleuses a pendant sa vie (2). Mais le nombre des insensés est inu fini (3), » et c'est la prospérité qui les perd ; ils se laissent entraîner par leurs vices et leur concupiscence dans l'abîme. Le prophète, ayant vu la paix dont ils jouissent, dit que ses pieds devinrent chancelants : Quoi! les pécheurs mêmes ont obtenu les richesses (4). Ne croyez pas cependant qu'ils sont riches parce qu'ils sont pécheurs, mais ils sont pécheurs parce qu'ils sont riches. • Ils ne participent pas a aux misères humaines et ne ressentent pas les fléaux des a autres hommes; c'est pourquoi l'orgueil les domine. Ils « se couvrent de crimes et d'impiétés ; l'abondance où ils a vivent estpour eux une source d'iniquités; ils attaquent a même le ciel par leurs discours, et ils disent : Comment « Dieu sait-il tout? » Mais le prophète comprit d'après leur fin ce que Dieu pensait d'eux : « Seigneur, dit-il, u vous les avez renversés et vous les précipitez au moment « de leur élévation ; ils sont tombés tout d'un coup ; ils « ont péri à cause de leur iniquité. »

Qu'ils ne se glorifient donc pas et qu'ils ne disent pas ; « J'ai péché, et que m'est-il arrivé de fâcheux (5)? Les « yeux du Seigneur considèrent ceux qui font le mal (6). »

(1) Prov. 3. — (2) Eccli. 5i. — (3) Eccl. I. — (4) Ps. ïî. — '.i. 5. — (6) Ps. 53.

•i'2'i JEULI DE PAQUES.

Comme vous êtes pécheur vous-même, ne désirez pas la prospérité sans tribulation ; car Dieu reprend et chutn ceux qu'il aime (1) ; mais en parlant des pécheurs qui prospèrent, il dit : « Ayons pitié de l'impie, et il n'apa prendra pas à pratiquer la justice (-2). Le méchant est a est réservé pour le jour de la perdition, et on le con- « duira au jour de la fureur ; car personne ne peut cor- « riger celui que Dieu a abandonné (3). »

2° Gomme cet abandon et ce mépris est un signe de réprobation, ce sera un signe de prédilection lorsque le Seigneur, ayant pitié de votre aveuglement et de votre impuissance, vous arrachera à vos concupiscences, qu'il vous traînera malgré vous au milieu des ronces et des chardons, par la voie étroite et la porte resserrée, et qu'il vous forcera d*y entrer même en vous faisant verser des larmes. Il n'y a presque point d'autres remèdes à vos maux, parce que la cupidité domine votre cœur, la passion embrase la chair, la coutume a endurci votre conscience, votre foi languit et dépérit, votre raison troublée n'a plus de frein et rejette toute soumission; vous voyez ce qu'il y a de mieux, vous l'approuvez, et vous suivez ce qu'il y a de pire. C'est pourquoi le Seigneur vous dit : o Je sais que vous êtes dur, que votre front ressemble à < L'airain et que vous serez toujours prévaricateur : mais a à cause de mon nom j'éloignerai ma fureur, et pour ma s gloire je vous mettrai un frein afin que vous ne périssiez « pas; je veux vous épurer, je vous ferai passer par le « creuset de la pauvreté (4). »

Celui qui s'appuyait sur des richesses fragiles, dépouillé par un revers de fortune, cherche une substance meilleure et plus durable. L'argent venant à manquer, le joueurabandonnelejeu, l'homme de bonne chère devient frugal, Porgueilleux perdant sa dignité devient humble . Je visage déformé et souillé par la maladie fuit la société

(!; Apoc. 5. — ;2) lsaïe 26.— ,5) Job 21 et Eccli. T.— ;4)Isaïe48.

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