IL A FALLU QUI J.-C. SOUFFRIT
des hommes; on commence alors à haïr le monde et a recourir à Dieu que le monde a indignement outragé. « Couvrez leur visage d'ignominie, et ils chercheront a votre nom, dit le prophète (1). Seigneur, vous avez usé « de miséricorde envers eux en vous vengeant contre a tous leurs projets (2). » Vous avez eu pitié parce que vous ne pouviez supporter impunément leurs péchés, et vous ne les supportiez pas parce que vous ne vouliez pas les perdre. C'est pourquoi le peuple vous répond : « Vous « m'avez châtié et vous m'avez instruit comme un tau- « reau qui n'avait pas été dompté (3). » Ceux que Dieu a prédestinés, ils les a appelés ; il n'a pas appelé en vain en réprimant la concupiscence.
IIe Point. — Ceux qu'il a appelés, il les a justifiés (i). Ceux qui ont été appelés selon le dessein de Dieu sont réconciliés par la foi et ia pénitence dans le sang de Jésus- Christ, ce qui est le commencement de la justification ; c'est par là que le pécheur reçoit la grâce d'adoption avec la rémission des péchés, quant à la coulpe et à la peine de la damnation éternelle. Mais la justification s'achève et se consomme par les tribulations que la justice divine exige du pécheur pénitent pour satisfaire convenablement et pour purifier l'âme du reste de ses péchés. De même donc que la tribulation descend sur le pécheur par la volonté de Dieu qui l'appelle, de même elle descend sur le juste par la volonté de Dieu qui le justifie, et l'une et l'autre soufferte avec soumission et une patience convenable sont un signe de prédestination. Or, la nécessité, la légèreté et l'utilité de ces satisfactions doivent nous engager à la patience.
1° Dieu afflige le juste et l'impie pour une fin différente selon la différence d'état de l'un et de l'autre, et personne ne peut échapper au châtiment ; « car la coupe est dans « la main du Seigneur , tous les pécheurs de la terre y
Ij Ps. 82 — (2) Fs. 93. - (3) Jcr. 51-. — (4) Rom 8.
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« boiront (1). » Vous aussi, vous êtes un pécheur pour qui le Seigneur est mort, et quoique vos péchés fous aient été rerais par la pénitence, il vous reste cependant à remplir ce qui manque à la passion du Sauveur (2), afin qu'en y prenant part, vous puissiez purifier les restes des péchés et que vous ayez part à la justification parfaite. La coulpe étant effacée, il faut encore effacer la peine temporelle qui était due, et que la justice divine s'est réservée, de peur que les hommes ne la méprisent à cause de l'impunité et d'une trop grande indulgence.
Quelle réparation ne lui devez-vous pas pour l'outrage que vous lui avez fait parmi les hommes? Tous les scandales de votre vie sont connus , une pénitence secrète ne saurait les réparer, et quand même elle serait publique, elle ne détournerait pas assez les hommes du péché si elle était volontaire ; il est donc nécessaire que vous sentiez la main vengeresse de Dieu sur vous, que les autres la voient et s'en aperçoivent. C'est pourquoi Nathan parle ainsi au roi homicide et adultère : « Le Seigneur a enlevé a votre péché ; mais parce que vous avez fait blasphémer a les ennemis du Seigneur , Dieu vous suscitera un mal « qui viendra de votre maison (3). » S'il faut absolument souffrir, ce que Ton ne peut empêcher devient plus léger par la patience; mais l'impatience aigrit le mal, excite la vengeance divine, au lieu quelle est adoucie et apaisée par une humble prière.
2° Mais vous endurez des douleurs atroces et intolérables. Croyez-vous que vous recevez ce que vous avez mérité? Pensez-vous que vous avez droit de vous plaindre et de vous indigner parce que vous souffrez un mal temporel, vous qui avez mérité un éternel supplice 1 Qu'est-ce que vous endurez si vous le comparez avec l'opprobre éternel, avec des ardeurs sempiternelles, avec un feu dévorant qui ne s'éteint jamais? Il est vrai que la jus-
I I s. 74. - %) Col. I . - v5) II Rois 12.