IL A FALLU QUE J.-C. SOUFFRÎT
tire divine, à cause de votre pénitence, échange les flammes éternelles contre le feu du purgatoire; mais cette satisfaction surpasse encore infiniment tous les tourments de cette vie : c'est pourquoi le Sauveur nous engage à les prévenir par toutes sortes de moyens, car alors on exigera le paiement intégral de la dette, avec une rigueur extrême, sans adoucissement, sans soulagement, sans miséricorde. « Entendez-vous avec votre adversaire, tandis « que vous êtes dans la voie, de peur que vous ne soyez u mis en prison ; je vous le dis en vérité, vous n'en sor- « tirez pas jusqu'à ce que vous ayez payé la dernière « obole (1). » Mais tous les jours vous aggravez votre dette par de nouveaux péchés véniels, et vous refusez le plus léger paiement, quoique vous ayez sous les yeux le Sauveur qui satisfait pour vos péchés sur la croix.
Il vous appelle, oui, il vous appelle et vous dit : Voyez s'il y a une douleur semblable à la mienne ; vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang (2), et je meurs au milieu des tourments les plus horribles et des ignominies, je meurs pour vous.
2° Si vos tribulations sont grandes, considérez combien elles sont utiles, et combien leurs fruits sont précieux; elles guérissent, elles puritient. Dieu est bon, il est miséricordieux : c'est par les tribulations qu'il vous remettra vos péchés (3) ; ce sont elles qui par la satisfaction effacent la peine temporelle, et en l'effaçant elles n'enlèvent pas le prix attaché à la patience, mais elles éclairent l'esprit. « Seigneur, il est bon que vous m'ayez humilié, <( afin que j'apprenne vos justifications. » Elles conservent et affermissent dans la crainte du Seigneur : « Vous « nous avez livrés comme des brebis qu'on mène à la « boucherie, vous nous avez dispersés parmi les nations, « et notre cœur ne vous a pas abandonné.» Elles excitent la miséricorde de Dieu et réjouissent le cœur : « Vos con-
!) Maltb. 5. — (2) Thren. 1 et Ncbr. 12. — 3- Eccfi. 2.
« solaiions ont réjoui mon âme et mon cœur à propor- « tion du nombre de mes douleurs (1). »
Celui qui perd la patience perd tous ces biens, et ce qui est un signe de prédestination devient un signe de réprobation, car il amasse et entasse sur lui-même autant de maux pour l'avenir. « Je vous bénis, Seigneur mon Dieu. « parce que vous m'avez châtié et sauvé (2) ; voyez mon c< humiliation et mes peines, et remettez-moi tous mes « péchés (3). »
IIIe Point. — Ceux qu'il a justifies, il les a glorifiés. De même que Dieu, par la conformité avec l'image de son Fils, ou autrement par les souffrances et les tribulations, nous a prédestinés à la grâce et à la justice et qu'il nous y conduit ainsi, c'est aussi de la même manière qu'il conduit et prédestine à la gloire, afin que son Fils soit le premier né et le modèle de ceux qui par lui parviennent au salut. C'est pourquoi l'apôtre exhorte les fidèles à supporter les mêmes peines comme un signe de prédestination et un gage de l'héritage, a afin, dit-il, que notre a espérance pour vous soit ferme, sachant que, comme a vous êtes associés à sa passion, vous le serez aussi à sa « gloire et à son bonheur Je) ; car l'Esprit saint rend té- « moignage à notre esprit que nous sommes les enfants ■< et les héritiers, si nous souffrons avec lui (5). Dieu pu- ( rifie les cœurs comme on purifie l'or (G). » C'est par le feu des tribulations qu'il les éprouve, pour savoir s'ils i'aiment de toutes leurs forces, s'ils l'aiment avec persévérance. Ceux qui supportent cette épreuve rendent leur vocation et leur élection assurée par la pratique des vertus (7); ils augmentent leur mérite et leur couronne.
a Le Seigneur vous éprouve, dit Moïse au peuple, afin a que l'on sache ouvertement si vous l'aimez ou non de ce tout votre cœur et de toute votre âme (8). » Dieu n'éprouve et ne tente pas pour faire tomber, mais pour faire
(!) Ps. H».45cl95.-^(2)Tob. U .— (5) Ts. 2ï. — (4) il Cor. il. — 5; Rom. . — (6) Vrov. \7. —CI) II fctr. i. — (8)Dcut. 15.
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voir ce qui est caché dans le cœur, pour exercer et affermir la vertu ; car beaucoup de gens l'aiment de bouche et mentent en le disant; ils le louent et le bénissent quand il leur fait du bien, mais lorsqu'il les touche ils le maudissent en face. Pour ceux-là la tribulation n'est pas un signe de prédestination, njais plutôt de réprobation. « Ils n'ont pas soutenu son épreuve, ils ont murmuré sous « leur tentej(l), » S'ils ne se soulèvent pas contre Dieu, ils s'insurgent et se répandent en colère contre les créatures. « quoiqu'il n'arrive pas une calamité dans la ville que « le Seigneur ne l'ait fait arriver lui-même (2) ; » car tout ce qui nous arrive nous atteint par la permission et sous la direction de la divine providence. Le Seigneur se mit en fureur contre son peuple, et il jura dans sa colère qu'il n'entrerait pas dans son repos.
« Mon fils, en entrant au service de Dieu, préparez « votre âme à la tentation , abaissez votre cœur et prenez 1 courage. » Unissez-vous à Dieu et prenez patience dans votre humilité, afin que votre vie s'accroisse au dernier u jour; car la vertu se perfectionne dans l'infirmité (3). » La patience est une vertu, elle fait partie de la force qui exerce les autres vertus, telles que la foi, l'espérance, la charité, la mansuétude, l'humilité et la miséricorde, selon les diverses tentations; elle édifie le prochain, glorifie Dieu et ouvre la porte étroite. « La tribulation opèrn a la patience, la patience l'épreuve, l'épreuve l'espé- « rance, et l'espérance ne trompe pas (4). »
2° Mes frères, dit l'apôtre saint Jacques, regardez « comme un grand sujet de joie lorsque vous serez a éprouvés de diverses manières, sachant que la foi qui <( est éprouvée opère la patience, et la patience est une a œuvre parfaite ; ainsi vous serez parfaits et irréprocha- « blés, et il ne vous manquera rien (o). » La tribulation
Ci) Ps. 4 OS. — (2) Aroos- o. — (5) Eccli. 2; II Cor. 12 — \ Rom. 5. — (5) Jac. i.
jni)I Dî! PAQUES.
produit donc la patience, perfectionne la fidélité à qui la couronne est promise : « Soyez fidèle jusqu'à la mort, et « je vous donnerai la couronne de vie (1); agissez avec n courage, que votre cœur se fortifie, et prenez patience. a Dieu est fidèle, il viendra à votre secours et ne tardera « pas (2). Abraham ne fut->il pas trouvé fidèle dans la ten- « tation (3)? «C'est après avoir été éprouvé par de grandes tentations qu'il devint l'ami de Dieu. Celui qui est éprouvé doit être assuré qu'Usera couronné (4).
Nous sommes la demeure spirituelle de Dieu, et, comme des pierres vivantes, nous entrons dans la construction de la céleste Jérusalem qui s'élève jusqu'au ciel. Le ciseau de l'affliction prépare ces pierres à entrer dans la construction de cette cité sainte: après qu'elles ont été polies par le grattoir et le marteau dont les coups redoublés et salutaires portés par le céleste architecte leur donnent la forme qui convient, elles sont placées dans les joints qui doivent couronner l'édifice. « Heureux donc ['homme « qui supporte la tentation, car, après avoir été éprouvé. « il recevra la couronne de vie. »
Le signe du Dieu vivant que saint Jean vit dans l'Apocalypse n'était autre chose que le signe de la croix que l^s serviteurs de Dieu portent, sur le front avant que le Fils de Dieu n'envoie ses anges qui sépareront les méchants du milieu des justes. Le signe de la croix est un signe de prédestination et de salut. « Car ceux qui en sont « marqués et qui sont revêtus de robes blanches, qui « sont-ils et d'où viennent-ils? Ce sont ceux qui viennent « de la grande tribulation et qui ont lavé leurs vêtements a dans le sang de l'Agneau. Ils n'auront plus ni faim ni a soif; Dieu essuiera toutes leurs larmes. » Le signe de la croix est le signe du Fils de l'homme qui apparaîtra dans le ciel lorsqu'il viendra dans sa majesté. Le soleil s'obs-
(1) Apoc. 2. — (2) Ps. 2<5 et 1 Cor. *0. -~(o) I Bach. 2. — (4) Tob. 5.
JÉSUS REPROCHE AUX DISCIPLES LEBft INCRÉDULITÉ. 433
urcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et toutes les nations pousseront décris lamentables ; tous les déserteurs de la croix gémiront. tous les ennemis de la croix fuiront avec les démons. Mais lorsque ces choses commenceront, regardez et levez la tète, vous tous qui êtes marqués du signe sacré de la croix. « car votre rédemption approche; réjouissez-vous et a tressaillez d'allégresse, car votre récompense est grande u dans le ciel (1). »
Jésus reproche à ses disciples leur insréétAité.
a II apparut enfin aux onze lorqu'ils étaient à table et leur reprocha leur incrédulité (2). » Les disciples pouvaient à peine se persuader que le Seigneur fût ressuscité, quoiqu'il eût prédit les circonstances de sa mort, le jour de sa résurrection, et que plusieurs hommes et plusieurs femmes assurassent constamment qu'il leur était apparu. Si je ne vois pas, dit Thomas, je ne croirai pas (3). Mais comme le Sauveur avait donné sa résurrection pour preuve de sa mission et de sa divinité, sans laquelle notre religion et notre foi seraient vaines, ou plutôt n'existeraient pas, c'est pour cela que, pendant quarante jours, il se montra si souvent dans diverses circonstances, afin que ses disciples n'eussent aucun doute, qu'ils en fussent bien persuadés et fussent disposés à confirmer cette vérité dans tous les lieux de l'univers où ils prêcheraient, même en répandant leur sang. Heureux ceux qui n'ont point vu et qui ont cru ! Cependant pensez-vous que le Fils de l'homme, lorsqu'il viendra, trouvera beaucoup de foi sur la terre? Déjà la foi est rare parce que l'humilité d'esprit est rare , la docilité de cœur est rare, la chasteté
(t) Luc 21 et Matlh. 5. — (2) Marc 16. — (5) Jean 20.
TO>IE II. i'?
de la chair est rare. Ce qui étouffe la foi et l'éteint,
c'est l'orgueil de l'esprit, la dureté du cœur et la luxuiv de la chair.
Ier Point. — Sans h fui. il est impossible de plaire à l) ; car la foi est la racine de l'espérance et de la charité, le fondement de toute la vie surnaturelle et du salut éternel : car le juste vit de la foi (2) : c'est un don de Dieu qui descend du Père des lumières, une lumière qui sert de guide à travers le chemin des commandements, et qui conduit au royaume de Dieu. Personne ne peut l'avoir de soi-même. Mais le sage du siècle la rejette par orgueil : « Je vous loue, ô mon Père, de ce que vous l'avez a cachée aux sages et aux prudents, et que vous l'avez a révélée aux enfants (3); » car, comme il est nécessaire de captiver l'esprit sous l'obéissance de la foi, l'humilité est nécessaire pour la foi. L'esprit orgueilleux méprise avec arrogance les vérités qu'il ne peut comprendre ; par la présomption, il descend à l'incertitude : par l'incertitude, à la dissension : et par la dissension, à l'obstination.
1° La philosophie superbe prétend juger de tout; elle se vante de pouvoir se suffire: elle sonde tout, même les secrets de Dieu. Ce qu'elle ne comprend pas ce qu'elle ne voit pas, elle ne le croit pas ; et comme elle voit peu on rien, parce que la nature échappe à la vue et opère d'une manière occulte, elle enseigne à douter de tout. Dieu n'a-t-il pas rendu insensée la sagesse du siècle ? Celui qui veut sonder la majesté sera accablé par sa gloire (4 . Celui qui ne comprend pas ce qui est au dessous de lui, comment comprendra-t-il ce qui est au dessus, si Dieu ne le lui révèle? Comment la lumière delà raison suffirat-elle pour chercher et trouver la justice et la béatitude, quand elle n'offre rien dans les choses de la nature qui soit certain et hors de doute? L'iniquité se ment à ellemême (Te.
Lr.H.— 2, Uom. i. — ? Matth.il. —(4) Prov.^j. —
JÉSUS REPROCHE AUX DISCIPLES LEUR INCRÉDULITÉ. 43-ï
Quand même l'orgueilleux, qui n'a de confiance qu'en lui-même, recevrait une révélation, son audace le pousserait encore à l'incertitude et au doute. En considérant avec trop de curiosité les mystères de la foi, et en cherchant à les comprendre, il veut savoir comment Dieu est (out à la foi un et trois, Dieu et homme , comment la grâce de Dieu et sa prescience s'accordent avec le libre arbitre de l'homme ; l'obscurité qui couvre ces vérités agite son orgueil et l'enflamme. Fréquentant et écoutant avec confiance ceux dont les discours rongent comme le cancer , lisant imprudemment toutes les arguties de l'erreur, auxquelles il ne trouve pas une réponse, peu à peu. semblable à un enfant indécis, il est emporté à tout vent de doctrine, dans toute la malice des hommes, et il en vient à la dissension
2° « La foi détruit toute hauteur qui s'élève contre la « science de Dieu, et réduit en servitude toute in tell i- « gence sous l'obéissance de Jésus-Christ (1). » Mais l'esprit d'orgueil ne se soumet à personne, il ne veut pas être captivé ; il s'élève et se soulève contre l'autorité que Jésus-Christ a établie dans son Eglise pour enseigner et pour reprendre, lorsqu'il envoya ses apôtres, en leur disant : Je vous envoie comme mon Père m'a envoyé; allez donc, enseignez toutes les nations ; celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise. Je vous le dis en vérité, le sort de Sodoma sera moins insupportable au jour du jugement que le sort de celui qui vous aura méprisés. Tout homme s'associe à celui qui lui est semblable (2). Ainsi toutorgueilleux, tout arrogant s'éloignera de ceux qui se soumettent avec simplicité de cœur et avec humilité ; il ira se réunir à ceux qui résistent à la puissance, qui méprisent la domination, qui croient ou ne croient pas, parce qu'ils suivent leur sens privé. S'il y
(i) II Cor. 2. — (2) Jean 20 ; Matth. 28 ; Luc 10 : Mat th. 10 et Kccli. 15.
avait dans ces gens-là autant de génie que d'orgueil, ils inventeraient de nouvelles erreurs et des sectes nouvelles qu'ils attireraient du sein de l'Eglise dans la chaire de pestilence. Ils sont sortis d'avec nous, mais ils n'étaient pas des nôtres, car ils n'avaient pas l'esprit de Jésus-Christ, l'esprit d'humilité et d'obéissance ; s'ils eussent été des nôtres, ils fussent restés avec nous. «
3° De là, que de dissensions, que de contentions, que de fureurs ! que de scandales, de schismes, de monstres qui prennent naissance dans une invincible opiniâtreté ! Les hommes méchants, comme dit l'apôtre à Thimothée, deviennent toujours pires ; ils errent et conduisent à l'erreur ; ils sont orgueilleux, superbes, désobéissants, fiers, corrompus d'esprit; ils ont abandonné la foi; ayant tout l'orgueil des démons, ils emploient toute leur malice à séduire les âmes; ils n'écoutent ni les avertissements de ieurs pasteurs, ni les foudres de l'Eglise qu'ils voudraient détruire s'ils le pouvaient, pour renverser le royaume de Jésus-Christ sur la terre.
Que de mal n'a pas causé la vanité et l'orgueil des Grecs ! que d'erreurs s'en sont suivies ! La religion, la foi, l'Eglise, ont abandonné l'Orient, et toute la nation a péri sous le joug du mahométisme. Quelles erreurs n'a pas fait naître l'orgueilleuse philosophie! que de maux n'a-telle pas suscités! Prenons garde qu'on ne nous dise : a Le royaume de Dieu vous sera enlevé et donné à une « nation qui saura en profiter. » La foi est déjà rare parmi nous, parce que pour la foi il faut l'humilité l'esprit.
IIe Point. — « Il leur reprocha leur incrédulité et la ( dureté de leur cœur, parce qu'ils n'avaient pas voulu roire ceux qui l'avaient vu ressusciter. » Quoique l'assentiment à la foi vienne de l'esprit, cependant ils est excité par la volonté, d'après une pieuse affection qui porte à croire, et qui est parfaitement libre et sans aucune contrainte : car la foi est la démonstration de ce que