‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 201 sur 212 · JÉSUS MONTRE SES CICATRICES · texte numérisé non relu

JÉSUS MONTRE SES CICATRICES

La foi est rare, parce que l'orgueil de l'esprit, la duveté du cœur et le vice impur ont prévalu. On ne peut pas croire, parce que Dieu a aveuglé les yeux et endurci le cœur, afin qu'on ne voie pas, qu'on ne comprenne pas et qu'on ne se convertisse pas (i). Si saint Jean a dit : « 11 «< y a maintenant beaucoup d'Antechrists, d'où nous sa- « vons que la dernière heure est arrivée (2), » combien plus aujourd'hui approche le temps dont notre Seigneur a dit : Pensez-vous que lorsque le Fils de l'homme viendra, il trouvera beaucoup de loi sur la terre? Je crois, Seigneur, secourez mon incrédulité (3); augmentez notre foi (4), afin que lorsque vous viendrez nous nous trouvions fermes et fondés dans la foi (5).

Jésus-Christ montre sus cicatrices et les whs&rèi

1er Point. — H y a dans saint Thomas plusieurs espèces de fautes. 1° Il s'éloigne de l'assemblée des apôtres, ce qui est cause que la première fois il ne voit pas Jésus- Christ. Ne vous séparez jamais de la communauté ou de l'assemblée des fidèles. 2° Tl y a en lui de l'incrédulité avec obstination ; quoique tous, les autres lui disent la vérité, ils ne peuvent le convaincre. 3° Il y a de la présomption, il ne veut pas croire s'il ne met pas son doigt et ses mains dans les blessures. Ce n'est point à nous de prescrire à Dieu ce qu'il doit permettre ou de quelle manière il doit nous aider. 4° Il resta huit jours dans cet état sans se laisser fléchir ; il est probable cependant que la Mère du Sauveur s'opposait à cette manière d'agir. Je prendrai garde de ne pas tomber dans ces quatre espèces de fautes. Dieu les permit pour fortifier la foi à la résur-

(1) Jean 12. - (2) I Jean 2 — (5) M.irc 9. — (4) Luc il. — (o) Coloss. 1 .

i i — SAMEDI DE PAQUES-

rection, parle témoignage même de Thomas l'incrédule; cela confirme la vérité de cette parole de Jésus-Christ ; Personne ne vient à moi, si mon Père ne l'attire, parce que la foi est un don de Dieu.

IIe Point. — Voyez la bonté de Jésus-Christ : c'est le bon Pasteur qui cherche la brebis perdue ; il revient, il entre les portes étant fermées, il salue auparavant en disant : La paix soit avec vous; il veut guérir Thomas en présence des autres, afin de montrer qu'il lui accorde cette grâce en faveur de ceux qui étaient fidèles, que tous fussent témoins de la bonté de leur Maître, qu'ils en retirassent de la consolation, et qu'ayant été témoins de son incrédulité et de son infidélité, ils le fussent aussi de sa loi et devinssent plus fermes dans cette vertu.

Remarquez la douceur avec laquelle il parle à Thomas, et comment il lui montre qu'il connaît ses pensées ; il l'invite à le toucher : Portez ici votre doigt. Comme il ne se montre qu'en faveur de Thomas, il ne dit rien aux autres et ne parle qu'à lui.

IIIe Point. — La confession de Thomas. Il n'est pas dit qu'il ait touché le Sauveur, parce qu'il put être éclairé à la vue des cicatrices de Jésus-Christ; mais il est croyable que Jésus-Christ voulut qu'il le touchât, qu'il lui prit la main et se l'appliquât.

Thomas, ayant vu et touché, fut rempli d'une grande lumière, et, embrasé du feu de la charité, il s'écria : Mon Seigneur et mon Dieu! Il ne dit pas notre, mais mon, expression qui montre son amour singulier et extrême. Jésus-Christ ne le déclare pas heureux à cause de cette confession, comme il avait fait à Pierre, parce que Thomas avait été incrédule et que sa foi fut l'effet forcé de ce qu'il voyait et touchait ; le Sauveur appelle heureux ceux gui n ont point vu et qui ont cru, ceux qui ne cherchent pas le témoignage de leurs sens et qui ne demandent pas à Dieu des preuves selon leur caprice.

Le Seigneur dit ailleurs : Heureux ceux qui voient ce que

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vous voyez; mais c'est pour signifier que nous sommes heureux nous-mêmes, qui, après que Jésus-Christ a paru, jouissons de sa grâce et de ses sacrements, que beaucoup de prophètes et de rois ont désiré de le voir et ne l'ont point vu, parce qu'il n'était pas décrété que le Sauveur viendrait dans leur temps. Heureux encore ceux qui voient Jésus-Christ, mais non ceux qui croient parce qu'ils le voient, étant disposés à ne pas croire sans cela. Ainsi Thomas eût été considéré comme heureux s'il eût cru sans avoir vu Jésus-Christ, indépendamment du bonheur qu'il éprouvait en le voyant. La vue de Jésus-Christ n'enlève donc pas la béatitude, elle l'apporte au contraire ) mais elle enlève la béatitude, si elle devient nécessaire pour avoir la foi. Ceux qui voient par la foi Jésus-Christ dans l'Eucharistie sont heureux, parce que, ne le voyant pas, ils croient ; ils sont même deux fois heureux,- et parce qu'ils voient, et parce qu'ils croient ne voyant pas.

4° Cest pour raffermir la foi à la résurrection que Jésus-Christ voulut paraître dans le même corps tout percé et cicatrisé comme Job espérait que serait le sien lorsqu'il disait : Je verrai mon Dieu dans ma chair.

En signe de triomphe, pour montrer que c'est par ces blessures qu'il a vaincu et qu'il se glorifie de ses souffrances , pour nous exciter aussi à souffrir et à nous glorifier avec saint Paul, qui disait: Je porte sur mon corps les -tigmates de mon Seigneur Jésus. Seigneur, je suis votre serviteur, marquez-moi de votre signe afin que je sois reconnu vous appartenir et que je ne puisse pas me soustraire à votre service.

2° Ces cicatrices sont comme un mémorial et comme une preuve constante de son amour et du prix auquel il nous a rachetés, comme un moyen de s'exciter à nous faire du bien ; ses mains semblent toujours prêtes à nous bénir abondamment, d'autant plus que son cœur

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est ouvert par l'amour excessif qu'il nous porte. Je vous placerai donc, ô Jésus, comme un sceau sur mon cœur, comme un cachet sur mon bras, afin de l'aire toutes mes actions pour l'amour de vous et en vue de vous plaire.

Ces cicatrices sont comme l'arc-en-ciel qui lait que Dieu se rappelle l'alliance qu'il a faite avec nous en Jésus- Christ. O Dieu qui êtes notre protecteur, voyez et jetez un regard sur le visage de votre Christ. Vois donc, mon âme, cet arc d'alliance, et bénis celui qui l'a fait ; il est admirable dans sa splendeur, il a enveloppé le ciel de gloire ; ce sont les mains de Dieu qui l'ont montré.

La vue de ces cicatrices nous excite à l'aimer et à le servir, en considérant combien il nous a aimés et ce qu'il a fait pour nous ; c'est le langage que nous parlent son côté et ses mains percées. Ils nous invil^nt, comme la colombe, à entrer dans les fentes du rocher, dans l'ouverture de la maçonnerie ; si l'épervier infernal tourne autour de nous, si le monde et la chair nous persécutent, allons à notre asile ; si les embarras nous troublent, cherchons là le repos et la paix.

Ouvrez-moi votre cœur et je vous ouvrirai le mien, dit le Sauveur : il ouvre son cœur, me montre ses mains ouvertes afin que je combatte pour sa gloire ; il montre ses pieds afin que je dirige les miens vers l'obéissance que je lui dois, en persévérant jusqu'à la fin, et que je puise ainsi avec joie dans les sources de mon Sauveur les eaux qui rendent la santé.

3° Ces cicatrices sont restées pour être la confusion des damnés au jour du jugement; il leur montrera ce qu'il a fait pour eux et combien ils l'ont méprisé. Elles seront la consolation des élus auxquels elles auront profité ; elles seront leur consolation éternelle, en les considérant comme un monument de l'amour qu'il leur porte.

Faites, ô mon Dieu, que je m'établisse et que je demeure dans ces plaie?, que l'apprenne ainsi à vous aimer, à vous

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plaire par mes œuvres et à marcher jusqu'à la fin sur vos traces. Amen.

* Sur la paix avec Dieu dans la foi.

Heureux ceux qui n'ont point vu et qui ont cru (1). Représentez-vous Thomas aux pieds de Jésus, et lui disant, dans le trouble qui l'agitait, seulement ces paroles : Mon Seigneur et mon Dieu ! Vous le regardez sans doute comme bienheureux d'avoir touché les plaies adorables de Jésus- Christ; peut-être aussi plus d'une fois vous avez envié le sort des apôtres, qui l'ont vu, qui ont bu, mangé et con versé si souvent avec lui avant et après sa résurrection. Le Sauveur cependant n'en juge pas comme vous ; il donne la paix à ses apôtres, mais à condition qu'ils y& seront pas incrédules mais fidèles, et il ajoute : Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. La foi n'a plus de mérite quand son objet tombe sous les sens; l'esprit alors peut être satisfait, mais il ne jouit pas de cette paix qui est un don si doux, et qui est accordée comme une récompense de la foi; il peut satisfaire son orgueil, mais il ne peut pas mériter. Voulez-vous jouir decettepaix céleste? soumettez votre esprit au joug de la foi, et comme la foi sans les œuvres est une foi morte, au témoignage de saint Jacques, montrez votre foi par vos œuvres ; vous aurez la paix du cœur, une foi qui sera la règle de votre esprit, une foiqui régnera dans le cœur et qui deviendra la règle de votre conduite.

Ier Pom-r. — Dieu, comme étant le maître souverain et le créateur de tous les hommes, a le droit d'exiger de leur part la soumission la plus sincère sans leur laisser connaître les motifs de leur croyance. On voit tous les

(i)Luc 20.

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