‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 25 sur 212 · MOYENS DE VAINCRE NOS PASSIONS · texte numérisé non relu

MOYENS DE VAINCRE NOS PASSIONS

car vous le pouvez ayant encore votre libre arbitre aidé de la grâce. Nous ne sommes entraînés nécessairement ni au vice ni à la vertu, comme le dit saint Jérôme.

1° Il faut donc empêcher autant qu'on le peut que l'émotion prolongée de la partie inférieure et sensitive ne s'élève peu à peu, et qu'elle n'embrase l'homme tout entier en l'enveloppant d'un noir tourbillon de flammes. Eloignez tout ce qui peut irriter l'imagination et blesser l'esprit, comme seraient ces réflexions : que l'injure est trop grande, qu'on ne l'a point méritée, qu'elle a été faite par un ami ou par un sujet, et en présence de témoins. » Voilà ce qu'il faut éloigner de son esprit de toutes ses forces. On doit, au contraire, se rappeler tout ce qui peut l'excuser. Supposez que cette action a été faite ou cette parole prononcée par imprudence, sans malice et par faiblesse , ou bien éloignez entièrement cette pensée en portant ailleurs votre esprit par une lecture de piétié par la prière. Cherchez enfin à laisser refroidir votre bile par quelque autre occupation, jusqu'à ce que vos entrailles bouillonnantes perdent leur chaleur.

2° Si cependant les flots de votre passion montent toujours et vous entraînent, faites au moins en sorte de conserver votre raison inébranlable, de manière qu'elle modère encore les mouvements déréglés, et qu'en supposant qu'elle ne puisse les calmer, elle sache les diriger convenablement au milieu des écueils des tempêtes. Il faut pour cela beaucoup de peine et d'adresse ; il n'est pas inouï cependant que des vaisseaux, malgré les vents contraires, soient parvenus au port.

Mais que faire si l'esprit se trouve lui-même troublé et entraîné par la violence d'une aveugle passion? Le vaisseau, il est Yrai, n'a plus alors de pilote prudent , le danger est immense ; cependant tout n'est pas désespéré , pourvu que la volonté se tienne ferme. Car le sentiment n'est pas un péché, mais c'est le consentement qui sup-

•42 DIMANCHE DE LA BKPTUAGÉSIMl.

pose la réflexion et par conséquent la lumière et l'usage de la raison; c'est saint Bernard qui parle ainsi. Affermissez donc votre volonté et retenez-la comme une ancre immobile et fixée dans le bien, et, pour n'être plus entraîné, dites souvent à la passion : Je ne veux point t'écouter, tais-toi; car il vaut mieux mourir que de commettre le pèche en la présence de Dieu (I).

Cependant ne faites rien, ne décidez rien d'après l'instinct de la passion : il ne peut pas y avoir de bon dessein lorsque la raison n'est pas saine; mettez tous vos soins à ne pas donner votre consentement; criez vers le ciel, excitez-vous au combat en considérant celui de Jésus- Christ dans le jardin, accablé de crainte, d'ennui et de tristesse. Courage, mon frère, combattez pour votre âme, et Dieu combattra pour vous contre vos ennemis (2).

Page 1