DE LA MAUVAISE HABITUDE
tion : l'on s'aperçoit de sa présence avant d'avoir prévu qu'elle arrive. La mauvaise habitude ne vient point de la nature ; c'est un vice de l'âge, qui n'est point né avec nous, et qui est accidentel. Elle n'a pas tout d'un coup toute sa puissance, mais elle croît peu à peu ; elle ne nous excite pas par un mouvement subit, elle nous entraîne petit à petit, elle nous conduit insensiblement au mal . elle se forme et s'affermit par des actes répétés.
Qui empêche donc que vous ne préveniez la mauvaise habitude avant qu'elle soit fixée dans votre âme, sinon votre négligence ? Hélas ! vous vous repentirez trop tard de cette indolence, lorsque, devenu son esclave, vous gémirez de ne pouvoir, malgré votre peine, briser des chaînes que vous pouviez secouer auparavant presque sans aucun travail !
2° Lorsque la mauvaise habitude a grandi et qu'elle a jeté de profondes racines dans le cœur, on ne peut la détruire sans de grands efforts. On ne dompte pas la nature sans de graves difficultés ; il y a une difficulté plus grande encore à réprimer la passion ; que sera-ce donc si la nature s'unit à la passion, et la passion à la mauvaise habitude? Il est difficile de rompre une corde à troit doubles (1). Une plante nouvelle ne résiste pas, mais un vieil arbre ne cède à aucune force. Souvent une légère étincelle cause un vaste incendie ; il ne faut qu'une goutte d'eau pour éteindre l'une, des rivières sont à peine capables de réprimer Vautre.
Saint Augustin, vaincu par la mauvaise habitude qu'il appelle une seconde nature, gémissait comme sous le poids d'une chaîne de fer intolérable, et il avoue en gémissant qu'il s'ensuivait qu'il avait éprouvé une espèce de nécessité de pécher. Néanmoins il secoua le joug d'une honteuse servitude, mais non pas sans un violent combat et sans le secours d'une grâce spéciale, au milieu des
(i)Eccl. i.