‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 32 sur 212 · LUNDI DE LA SEPTUÀGÊSIXE · texte numérisé non relu

LUNDI DE LA SEPTUÀGÊSIXE

frémissements que lui causaient le appas des voluptés 3' La force de l'habitude est si grande que lorsqu'elle a vieilli et qu'elle est consommée dans un homme avancé en âge, elle devient presque insurmontable. Ni les considérations divines, ni l'infamie, ni la dignité de sa condition, ni 1 enormité des sacrilèges, ni la sévérité de la justice divine, ni les exemples d'une vengeance terrible qui le menacent, ne sont capables de changer un homme accoutumé aux vices. La ruine d'une maison, l'énormité des dettes ne peuvent le détournerdes jeux de hasard; la mort de l'âme et du corps ne saurait arrêter l'ivrogne. Les pécheurs de cette espèce ne peuvent que difficilement être absous ; ils sont affligés, ils se confessent, mais ils ne se convertissent pas ; ils veulent, mais ils manquent de courage ; ils pleurent, et ils ne guérissent point ; enfin, abandonnés au désespoir, ils se plongent dans" toutes les ordures de l'impureté et du crime {\).

Cependant un grand prophète a paru parmi nous ; il a ressuscité un fils unique quil a rendu à sa mère (2). 11 est prêt à vous ressusciter aussi; cela est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu (3). Il crie : Jeune homme, levez-vous, je vous l'ordonne. Levez-vous donc, chassez les porteurs et les torches funèbres, rompez les liens d'une vieille habitude qui vous a vaincu. Il était facile d'abord de vous en préserver ou de rompre promptement avec elle ; maintenant il ne faut épargner ni peine ni travail pour la détruire et l'arracher entièrement.

IIe Poits't. — Le roi d'Egypte ne vous laissera point partir sans de grands efforts (4). Le prince des ténèbres ne laisse point aller sans de grands efforts ceux qu'il tient enchaînés par une vieille habitude. Il faut de grands prodiges : un seul remède ne suffit pas, il en faut beaucoup et de différentes espèces. Premièrement, il faut s'abstenir: secondement, consulter : troisièmement, s'exciter ; quatrièmement, renouveler ses forces.

(!) Eph. 4. — (3) Luc T. — (3) Malth. 10. — (4) Exod. 3.

SI LA MAUVAISE HABITUDE. o I

i° Il est nécessaire d'abord de s'abstenir de tout ce qui a commencé à rendre l'âme malade et de tout ce qui peut entretenir ou augmenter la maladie. Fuyez donc ce lieu où vous avez respiré un air pestilentiel ; fuyez cette société qui vous a perdu par la corruption de ses mœurs ; fuyez le sexe qui a amolli votre cœur et qui enflamme vos entrailles ; fuyez tout ce qui nourrit et excite l'horrible passion de la chair. Celui qui ne sait point se gouverner ni éloigner les occasions et les appas du péché, doit désespérer de son salut, parce qu'il accélère la mort.

Mais vous, fuyez sur la montagne des aromates. Il n'y a point de temps plus favorable pour fuir et pour rompre avec toutes les occasions que lorsqu'étant jeune on peut changer de vêtement et choisir un nouveau genre de vie en se consacrant à Dieu. Abstenez-vous, consultez.

2° Choisissez un guide ou un directeur de votre conscience qui soit expérimenté, prudent, patient, plein de douceur comme Moïse, et vous lui confierez votre âme ; ne murmurez pas comme les Israélites, mais soyez docile à tout ce qu'il exigera, quelque difficulté qui puisse se rencontrer; ne le quittez point sansde graves motifs, quand même il vous conduirait par des chemins difficiles et escarpés. Souvent nous saurions mieux conseiller les autre* que nous conduire nous-mêmes, parce que l'amour-propre nous aveugle. Voilà pourquoi, si un médecin est malade, il appelle un médecin.

Ne vous appuyez point sur votre propre prudence (1). quand même vous vous croiriez instruit. Saint Ambroise guérit Augustin ; notre Seigneur appelle à haute voix Lazare qui était dans le tombeau depuis quatre jours. Il sortit ayant les pieds et les mains liés et le visage couvert du linceul. Jésus voulut qu'un autre le déliât. Ainsi. fussiez-vous chef de maison ou chargé de la conduite des autres, consultez, prenez courage.

(1) Prov. 5.

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