DIMANCHE DE LA SEXAGÉSIVE
* Sur la parole de Dieu.
La semence est fa parole de Dieu (l). Vous n'auriez jamais pensé que la semence confiée à la terre par le cultivateur était une figure de la parole. Jésus-Christ a daigne expliquer lui-même sa parabole du semeur. Ce semeur est le prédicateur de la parole sainte: le champ à qui elle est confiée est votre âme. Seigneur, votre parole est comme une lumière qui dirige mes pas: éclairez-moi afin que je ne m'endorme pas du sommeil de la mort.
Apprenez à estimer la divine parole, et pour cela je vous propose ces trois questions : Qu'est-ce que la parole de Dieu? pourquoi en profite-t-on si peu? pourquoi devient-elle la matière de notre réprobation?
Ier Point. — Mon âme s'est desséchée parce quelle a oublié de manger son pain (2). La parole de Dieu est un pain spirituel : son prix est immense, il est cependant facile de se le procurer.
■1° L homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de ta bouche de Dieu {3\ La parole de Dieu est la doctrine de Jésus-Christ : l'Ecriture l'appelle tantôt semence, parce qu'elle se répand dans les âmes par la prédication comme les semences qui sont confiées à la terre: tantôt pain, parce qu'elle produit dans l'âme les mêmes effets que le pain dans le corps : elle rétablit et fortifie comme le pain donné au voyageur pour lui faire poursuivre sa route, comme le pain de munition qui donne au soldat le courage pour combattre vaillamment, comme le pain de chaque jour qui donne la force de travailler ; elle donne la lumière comme le miel de Jona-
(1) Luc 8. — (2} Ps. 5. — (5; Matlh. 4.
SUR LA PAROLE DE DIEU. f>9
thas qui lui ouvrit les yeux. Seigneur, la publication de votre parole éclaire, elle nourrit, satisfait le goût et guérit, dit saint Bernard. Ce que dit saint Augustin est bien capable d'effrayer : Je vous le demande, mes frères, dit ce docteur, lequel vaut plus ou du corps de Jésus-Christ ou de sa parole ? Si vous voulez répondre justement , vous direz que la parole de Jêsus-Ckrist vaut autant que son corps.
2° La parole.de Dieu est donc d'un prix infini. Autant nous avons soin de ne pas laisser tomber à terre le corps du Sauveur, autant nous devons faire attention de ne pas penser à autre chose lorsqu'on nous distribue la parole sainte, afin qu'elle ne périsse pas. « Celui qui aura ence tendu avec négligence la parole de Dieu ne sera pas « moins coupable, dit saint Augustin, que celui qui au- « rait laissé tomber à terre le corps de Jésus-Christ. » Sans doute le saint docteur veut dire que la parole de Dieu n'est pas moins efficace que son corps pour amener les âmes au salut. C'est ainsi qu'on doit l'entendre ; car, si le corps de Jésus-Christ sanctifie, sa parole frappe, écrase, convertit. C'est donc un grand crime de mépriser la parole de Dieu. Si vous ne l'avez pas méprisée, quel profit en avez-vous tiré ?
3° La parole de Dieu ne se trouve pas seulement dans les instructions que l'on entend à l'église, mais dans les saintes lectures, dans l'explication de la doctrine chrétienne et du catholicisme, dans les bonnes pensées qui nous sont inspirées, et surtout dans la méditation. C'est principalement là que l'âme se nourrit, se fortifie et trouve du plaisir. Quand on néglige cette nourriture céleste, on peut dire avec le prophète : Mon cœur s est desséché parce que f ai oublié de manger mon pain.
IIe Point. — Cette parole sainte devient souvent inutile, parce qu'on ne la reçoit pas comme la parole de Dieu. Cependant c'est Dieu qui nous parle par la prédication , ce n'est pas un homme; penser autrement, ce n'est pas
70 DIMANCHE DE LA SEXAGÉSÎfiE.
accomplir l'obligation d'entendre la parole de Dieu, c'est la rendre inutile.
1° Ce n est pas vous qui partez, c'est l esprit de mon Père qui parle en vous. En effet, c'est Jésus-Christ qui envoya les apôtres enseigner en son nom ; c'est lui qui envoie encore les évêques et les prêtres, successeurs des apôtres, en leur disant : Allez, enseignez toutes les nations. On doit nous considérer, dit saint Paul, comme les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu. Entendez Israël, disait le prophète, ayez soin de faire ce que je vous ordonne aujourd'hui. Néanmoins les interprètes avouent que ce n'était pas Dieu lui-même qui parlait alors, mais il voulait qu'on écoutât comme lui-même le prophète qui parlait en son nom. Que de fois vous n'avez vu qu'un homme dans le prédicateur de l'Evangile 1 Pour vous, il parlait bien, il parlait mal, il était froid, il était dur, il n'avait pas de formes ; et c'était Dieu qui parlait !
2° Puisqu'il y a obligation pour le prêtre, d'après l'ordre de Jésus-Christ, de prêcher et d'enseigner, il y a obligation étroite d'écouter la parole sainte. Malheur à moi, dit saint Paul, si je ne prêche pas ! il y a pour moi nécessité. Or, s'il y a nécessité de prêcher, il y a nécessité d'entendre. Mais si vous entendez la parole de Dieu comme une production de l'homme, vous n'accomplissez plus le devoir d'écouter la parole de Dieu ; car il n'y a pas un seul homme, quelle que soit sa puissance, dont je sois obligé d'entendre la parole ; ainsi, en écoutant le prédicateur comme un homme, je n'accomplis pas le devoir qui m'est imposé d'entendre la parole sainte.
3° 11 n'y a rien de plus faible que la parole, c'est un peu d'air agité ; cependant l'Esprit saint nous assure que rien n'est plus puissant que sa parole : c'est un feu qui dévore et qui consume, c'est un marteau qui brise la pierre, c'est un glaive à deux tranchants qui sépare l'âme d'elle-même. D'où lui rien! donc ceite force ? c'est qu'elle