DE LA CRAINTE DE DÉPLAIRE AUX HOMMES
liez pas leur complaire, vous n'avez plus qu'à attendre le mépris et les outrages à la place des faveurs.
Ne flattez pas les riches et n'ayez pas facilement des relations avec eux, mais liez-vous plutôt avec les hommes humbles, simples, pieux et bons; parlez avec eux de ce qui peut vous édifier. Si quelquefois vous avez des rapports avec les grands du monde, ne craignez pas de vous montrer chrétien et de parler selon la vérité, comme le prophète, sans aucune crainte : Je parlais de votre loi devant les rois, et je n'étais pas confondu (1).
IIe Poist. — Le Fils de Dieu, lorsqu'il viendra dans sa majesté, rougira de celui qui aura rougi de lui et de son enseignement (2). La crainte de la censure et la frayeur que l'on a de déplaire aux méchants empêche beaucoup de bien. Cette crainte fait que l'on veut plaire à tout le monde et ne déplaire à personne. La religion ordonne non seulement les actes intérieurs de vertu, mais encore les actes extérieurs; cependant la raillerie des uns, la méchanceté des autres et l'impiété d'un grand nombre en détournent beaucoup de l'accomplissement de ces devoirs.
1° Ceux qui aiment à dire des plaisanteries et des bons mots ont soin surtout de rendre leurs langues acérées contre les personnes qui désirent mener une vie plus régulière, parce que cette nouvelle manière de vivre fournit une ample matière à leurs railleries; ils attaquent de La même manière tous les fidèles serviteurs de Dieu et les accablent de leurs sarcasmes piquanls, parce qu'ils n'ont pas à craindre qu'on leur rende la pareille. Ils imitent leurs gestes et leurs moindres mouvements en faisant une ridicule pantomime ; ces railleries grossières excitent les autres à rire, et ils s'en applaudissent.
Méprisez les bouffons, et ne craignez pas de déplaire à ceux qui aiment ces sortes de railleries ; sans cela votre
(t) Ps. Ji3 — (2) Luc 9.
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lumière ne brillera point aux yeux des hommes, et ils ne pourront voir vos bonnes œuvres (1). Pensez que vous êtes donné en spectacle au monde, aux anges et aux hommes (2), et que si vous rougissez du Fils de l'homme. lui aussi rougira de vous lorsqu'il viendra dans sa majesté pour juger les vivants et les morts.
De la crainte de déplaire aux- hommes 'suite).
2° Le pécheur considère le juste, il cherche à le mortifie,-, et il grince des dmt$ contre lui (3). Comme la justice et l'iniquité sont en opposition, il y a aussi opposition violente entre les bons et les méchants. Si le juste à sa mort condamne la longue vie des impies (4), combien plus encore la vie des justes qui se passe sous les yeux des méchants ne les condamne-t-elle pas ! Leur vertu est une censure perpétuelle des vices de ceux-ci. Aussi les pécheurs, suivant la malice de leurs pensées, ont dit : « Tendons des « embûches au juste, parce qu'il est opposé à nos œuu vresj il nous reproche les péchés que nous commettons a contre la loi ; sa vue seule nous fatigue, car sa vie ne « ressemble point à la nôtre; il s'éloigne de nos exemo pies comme on s'éloigne des choses immondes (5). » Ces paroles s'appliquent à la lettre au Fils de Dieu, mais elles ont leur effet sur les fidèles, parce qu'elle.descendent du chef sur les membres. C'est pourquoi h Sauveur a dit : S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront (6).
Ne cherchez point à plaire aux hommes, car ils n'aiment pas les fruits de la justice; les insensés méprisent la sagesse et la science , et le nombre des insensés est infini (7). Si vous voulez leur être agréable, il faudra
Uallb. ! —(2 I Cor. i. — ;j} Ps. 5G. — (4) Sap. 4. — (o] !bid. 2. — o) Jean 15. — J) Prov. 1 ; Eccl. 1.
M LA CRAINTE DE DLPLA Ulfl AUX HOMMES. \)\
abandonner vos bonnes œuvres. Mais voici ce que dit le Seigneur : « Celui qui aura rougi de moi et de mes pa- « rôles devant cette race adultère et criminelle, le Fils « de l'homme rougira de lui lorsqu'il viendra' dans la « gloire de son Père, avec les saints anges (i). »
3° Mais la pire des générations est celle des impies et des infidèles, qui, travestissant la parole de Dieu ou la méprisant, ne rendent à Dieu qu'un culte faux, ou ne lui en rendent aucun; qui s'efforcent de détruire l'Eglise et la religion, et qui se raillent de la piété. Ils ferment le royaume du ciel devant les hommes, ils n'y entrent point et ne permettent pas aux autres d'y entrer. Ils parcourent la terre et les mers pour se faire un prosélyte et pour gagner à l'enfer une victime deux fois plus méchante qu'eux-mêmes 2). Combien de personnes qui croyaient en Jésus-Christ et qui n'osaient le confesser hautement par la crainte des Juifs (à), parce qu'ils préféraient la gloire des hommes à la gloire de Dieu! Combien y en at-il qui n'osent répudier leurs erreurs par la crainte de leurs parents et de leurs proches! Combien on en voit qui n'osent abandonner leur mauvaise conduite, quoiqu'ils le désirent, parce qu'ils craignent la fouie et leurs amis perfides !
L'apôtre, quoique vivant au milieu d'une nation perverse, ne rougissait pas de l'Evangile. C'est pourquoi il disait : « On nous maudit, et nous bénissons; nous souiu frons la persécution, et nous prenons patience ; on « blasphème contre nous, et nous prions; nous sommes « regardés comme l'ordure du monde (4). » Prenez courage et soutfrez tout aussi ; si vous ne le pouvez pas, comment pourrez-vous supporter la présence du Juge irrité ? « On croit de cœur pour obtenir la justice, et l'on con- « fesse de bouche ce que Ton croit pour obtenir le sa- « lut (5). Celui qui me confessera devant les hommes, je
.1) Marc 8. — (2J Malth. ?5. — (3) Jean 12.— (4; I Cor. 4. — (5) P,om. 10.
« le confesserai devant mon Père céleste ; mais celui qui « me reniera devant les hommes, je le renierai devant « mon Père qui est dans les cieux (1). »
IIIe Point. — Ne servez pas seulement lorsqu'on a l'œil sur vous, comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux ho??unes, mais faites de bon cœur la volonté de Dieu, comme étant les serviteurs de Dieu et non des hommes (2). Celui qui se laisse conduire par la crainte des hommes, auxquels il désire plaire et auxquels il craint de déplaire, est presque toujours trompé dans son espoir, soit qu'il lasse le bien ou le mal. Il arrive souvent qu'en faisant le bien il peut être justement accusé, et qu'en faisant le mal il croit à tort pouvoir être excusé.
1° Il ne suffit pas en effet de faire le bien, à moins qu'on ne le fasse comme il doit l'être ; et il n'est pas bien fait, s'il ne l'est par amour du bien et avec l'intention de pratiquer la vertu qui ordonne cett3 œuvre pour accomplir la volonté de Dieu, afin que l'Auteur de tout bien soit glorifié dans ses serviteurs. « Tout ce que vous faites, que ce « soit par amour pour Dieu et non pour les hommes, « sachant que le Seigneur vous donnera pour récompense « son héritage ; servez pour Jésus-Christ (3). » La plupart cependant, s'ils veulent sérieusement y faire attention, pourront remarquer dans leurs actions extérieures une grande illusion; c'est que dans leurs actions qui sont louables ils agissent souvent plutôt pour plaire aux hommes que pour plaire à Dieu, ou qu'ils les font plutôt par une habitude de crainte servile que par amour de la vertu. Ainsi leurs bonnes actions ne sont pas sans faute, parce que l'intention n^est pas pure, et que, relativement à la récompense éternelle, elles sont sans mérite et ressemblent à de l'hypocrisie.
Ne craignez point les jugements des hommes, mais craignez les jugements de Dieu, afin de ne pas paraître
(1) Mal th. iO. — (2) Eph. 6. — (5) Col. 5.
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pauvre et nu en présence du Juge, et qu'on ne vienne à vous jeter comme un serviteur inutile dans les ténèbres extérieures. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu (I).
2° Mais Terreur qui séduit ceux que le respect humain et la crainte des hommes pousse au péché est bien plus funeste ; n'osant pas résister à la multitude et aux puissants du siècle, ils s'appuient sur l'exemple de la perversité comme sur une autorité, en se persuadant que ce qui est mal est bien, afin de pouvoir faire le mal sans crainte. C'est ainsi que les anciens des Juifs persuadèrent au peuple de demander Barrabas et de faire mourir Jésus. L'histoire nous apprend que le peuple ayant voulu imiter les grands et chacun ayant voulu imiter la foule, des villes entières et des royaumes ont tout à fait perdu la foi.
« Heureux l'homme qui n'est pas allé dans le conseil « des impies et qui ne s'est pas tenu dans la voie des pé- « cheurs! Ne vous appuyez pas sur la puissance de « l'homme pécheur (v2), » ni sur la multitude des coupables ; car lorsque la colère de Dieu s'enflammera, il ne ménagera pas la multitude, mais il renversera et détruira entièrement les nations et les royaumes. // ne respectera pas la grandeur, quelle qu'elle soit, car il a créé le grand et le petit (3).