SA5IEDI DE LA SEXAGÉSIME
certain, mais ce qui est utile. De là il suit que l'avare est facile à gagner dans toutes les sectes qui s'accommoderont à sa manière de voir ; son âme est vénale. L'impie ionatham ne se livra-t-il pas au culte des idoles par amour de l'argent? Jéroboam, roi d'Israël, fit plus encore, il entraîna tout son peuple au culte des faux dieux. L'apôtre, énumérant les divers crimes, accuse l'avarice d'être elle-même une espèce d'idolâtrie et le culte d'une fausse divinité, parce que le dieu de l'avare c'est son argent, il le sert de tout son cœur, il se donne et se consacre totalement à lui.
La conduite de Judas montre assez combien Dieu est peu de chose pour l'avare lorsque l'argent est mis en parallèle ; le disciple et l'apôtre du Sauveur le vend pour trente pièces d'argent. N'y a-t-il pas des personnes toujours disposées à vendre leur âme et leur Dieu pour un vil intérêt? Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ? Ce crime de l'avarice est-il donc inouï ? Cependant nous en sommes témoins tous les jours : avons-nous au moins horreur de le commettre ? lpsi nescierunt pastores saturitatem, declinaverunt unusquisque ad avaritiam.
IIe Point. — Un roi juste élève son royaume, mais V homme avare le détruit (i). L'avare détruit tous les liens de la société humaine, et, devenu l'ennemi général de tous les hommes, il ne connaît nullement la charité ; il est injuste, sans miséricorde et sans humanité.
4° La pensée de l'insensé est un péché (2). Tel est l'avare; il désire injustement le bien d'autrui, et, s'abandonnant à ses désirs, il examine péniblement par quel moyen et par quelle tromperie il parviendra à s'emparer de ce qu'il désire. Il médite sans cesse des fourberies (3). De la naissent toutes ses iniquités, qui sont plus nombreuses que les grains de sable ; de là les rapines, les vols, les brigandages, les divisions, les haines, les batailles, les calom-
(i) Vrov. 29. — (2) Ibid. 24. — <3) l><. 57.
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nies, les parjures. Celui qui se hâte de s'enrichir ne sera pas innocent (I). De là les balances frauduleuses des marchands, les tromperies des artisans et des ouvriers, les infidélités des domestiques, les trahisons des amis, les injustices de ses égaux, les pièges de ses proches, les déprédations violentes des riches, l'oppression des pauvres, la corruption des juges et la perversité des jugements.
Si les richesses abondent, n'y attachez pas votre cœur (2) ; si elles sont peu abondantes, ne les désirez pas. « Ceux « qui veulent devenir riches tombent dans beaucoup de « désirs inutiles et dangereux qui jettent les hommes «■ dans la tentation et dans les filets du démon (3) »
2° Au jour de la vengeance, les richesses ne seront d'aucune utilité, mais la justice délivrera de la mort (4). L'aumône aussi aie pouvoir d'en, délivrer ; cependant ni l'une ni l'autre ne délivrera l'avare, car il ne couvre point celui qui est nu, il ne loge pas le malheureux, il ne nourrit pas celui qui a faim, mais, dur et sans entrailles, il méprise sa propre chair, il rougit de ses proches et de ses parents qui sontpauvres, il n'entend point les cris des veuves et des orphelins. Lazare est assis à sa porte, les chiens lèchent ses plaies, le riche va et vient sans jeter un regard sur le pauvre qui meurt de faim ; son cœur est semblable à un lait coagulé, il est sans compassion, il cherche à dresser des pièges pour tromper le pauvre en le caressant. Il donne son argent à usure , et quelle usure! Avec quelle rigueur il exige ce qu'il n'a point donné, et comme il recueille ce qu'il n'a point semé ! Prenant son semblable, il l'étrangle en disant : Rends-moi ce que tu me dois (5), et s'il ne le paie pas, il l'envoie en prison, tandis que luimême trompe ses créanciers et remet de jour en jour à régler avec eux en proférant des mensonges ; il ne paie
(l)Prov. 23. — (2) Vs.Qi. -(5) I Tim. G. - (4) Prov. il. (5) Matth. *8. "
TQMZ II.
g . samedi de la sexagésime.
point exactement ses ouvriers et ses serviteurs ; il empruntera et ne paiera point (i).
« Insensé! cette nuit on va vous redemander votre < âme, et à qui sera;tout ce que vous avez accumulé (2)?»
3° Les crimes de l'avare envers son prochain sont -rands, mais il en médite de plus grands encore lorsque son insatiable cupidité se trouve enflammée comme une furie et quelle a perdu tout sentiment d'humanité. Le barbare parcourt les forêts, cherchant à dévorer; il se tient en embuscade comme un lion au bord de son antre pour tuer l'innocent. L'avare dévore toutes les âmes qui possèdent quelque chose (3). 11 ne craint d'user ni du fer. ni du feu. ni du poison, ni d'aucun autre moyen pour avoir et pour nuire ; il se jettera comme un furieux sur un hôte, un ami, un maître, un protecteur, un gendre, un beau-père, et le fera périr le fer à la main.
Personne n'aborde un avare avec sûreté, personne ne dormira sans danger auprès <k lui ; on ne saurait faire aucune société avec un homme qui n'est jamais rassasie ni de richesses ni de crimes, comme Va dit avec exclamation un poète : A quels excès ne pousses-tu pas les mortels, soif impie de l'or ? (Virg.)
IIIe Point. - Ils dressent des embûches contre leur propre sang; ils cherchent les moyens de tromper leurs âmes (4). L'avare pèche contre lui-même, contre son sang et sa vie qu'il consume dans un travail insensé: il pèche contre son âme qu'il perd pour l'éternité. t3aMà^
lo «Tous les jours de sa vie il mange dans les ténèbres
■ avec beaucoup de sollicitude dans l'angoisse el la tns-
« tesse (3). » A quels dangers il s'expose sur terre et sur
et à quellestempêtes ! dans quel négoce, dans quel,
Procès à s'enlace! <l™ de désirs f^racntent e" tal! Aw*t Sefs! et quelle pen- D cherche et ramasse partout
- 2 Luc !S. — t»J Ptot. s».
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quelques richesses, et que de craintes, que de sollicitudes pour les conserver ! Le Seigneur les compare à des épines, parce qu'elles piquent l'âme et la déchirent (1 . Car ce qu'on possède avec affection ne se perd point sans douleur. Celui qui est avare trouble sa maison (2). Lorsqu'il est affligé par la perte d'un bien temporel, quels cris insensés ne pousse-t-il pas ! Dans sa fureur , il frémit, il enrage, il est transporté, il conçoit des soupçons, il se querelle, il maudit, et, se suicidant lui-même dans son emportement, il se dévore et abrège ses jours. N'est-elle pas suicide cette femme qui pour de l'argent livre son honneur et sa pudeur? On la montre au doigt, et elle meurt sans honneur pour être placée éternellement parmi les morts. La cupidité est la racine de tous les maux ; ceux qui s'y abandonnent se préparent de grandes douleurs. C'est pourquoi le Sage nous dit: Celui qui hait l'avarice aura des jours nombreux (3) ; et le Seigneur ajoute : Voyez et prenez garde à toute avarice, parce que r avare est sans abondance, et il ne jouit point de ce qu'il possède (A).
2° «L'avare ne peut se gorger de son argent ; celui qui « aime les richesses n'en retire aucun fruit (5). » Il adore son or et craint d'y toucher ; quoiqu'il ait faim et soif, il se condamne lui et les siens au jeûne pour augmenter son trésor; a son œil ne peut se rassasier de le voir, ni s n « oreille de l'entendre (6). » Ce qu'il sème, ce qu'il cueille, un autre le dévorera. C'est donc une vanité, un travail stérile, une affliction d'esprit, une folie digne de mépris. Le peuple me siffle, dit-il, mais je m'en app dis. Bientôt il dira avec le roiEzéchias :« Hélas ! je suis en « paix et mon amertume est extrême (7) ; dans les ïï- « chesses où je croyais trouver le repos de mon âme et une « longue vie, c'est là précisément où je trouve tous 1rs
(1) Matlh. 13. - (2) Prov. 4 5. — (3) Ibid. 28. — (4) Luc 1%. — [5) Eecî. 5. — (6) Ibid. 1. — (7) ïsnïr ~S.