SCANDALE DE LA CROIX
l'amour des richesses par la pauvreté. Tels sont aussi les remèdes que nous a laissés le Sauveur, après en avoir usé le premier largement pour nous donner l'exemple. Pourquoi ce remède vous paraît-il si amer que vous ne voulez pas en approcher vos lèvres? C'est que vous êtes sensuel, plein d'estime de vous-même et attaché aux objets terrestres. Comme votre conduite et vos sentiment: sont en opposition avec la sagesse de Dieu ! Seigneur, c'est l'excès de votre bonté et de votre sagesse qui fait mon crime. Si vous n'eussiez pas tant fait et tant souffert pour moi, je trouverais moins de difficulté à marcher sur vos traces, et je me rendrais moins coupable. Pardonnezmoi, et désormais je vous suivrai partout où vous me conduirez.
ÏIe Point. — C'est le scandale de la croix qui perdit les anges, selon l'opinion de plusieurs saints docteurs. Saint Chrysostôme dit qu'au moment où Dieu créa les anges, il voulut leur faire adorer le mystère de la Rédemption qui devait s'opérer plus tard, mais qu'un grand nombre, sentant leur orgueil blessé par l'humiliation d'un Dieu homme, refusa d'abord et se perdit. Les Juifs se perdirent de même pour avoir méconnu le Messie en Jésus-Christ pauvre et humilié; ils voulaient un Messie riche, puissant, qui rétablît le royaume d'Israël. Le même scandale de la croix perd un grand nombre de chrétiens, parce qu'il est opposé à leur profession de foi, il est un obstacle à la pratique de la religion, il est le principe de tout désordre.
1° La profession de foi que nous avons faite doit aller jusqu'à nous glorifier des humiliations et des souffrances de Jésus-Christ. Nous ne devons pas seulement le croire, nous devons dire comme saint Paul : A Dieu ne plaise que je me glorifie en quoi que ce soit, sinon en la croix de mon Sauveur Jésus. Dieu, dit saint Augustin, a attaché le salut à la croix respectée, embrassée avec toute l'ardeur de la piété ] à la croix intérieure dont fut affligé le cœur de Je-
I DWARCHI D£ LA QULNQUAGÉSIME.
sus-Christ, et à laquelle nous participons par les souffrances, les injures, les adversités, la perte de la santé, de nos biens, de notre réputation, et par les persécutions qu'on nous t'ait endurer. Voilà ce que signifie la croix. Ah! vous adorez la croix par un culte intérieur, et vous la repoussez dans la pratique, ne voulant rien souffrir pour IV mour de Jésus. Ce scandale va jusqu'à la destruction de la foi, dont le fondement est dans la croix.
2° 11 est encore un obstacle continuel à tous les devoirs et à toutes les obligations d'un chrétien. Tous les devoirs de la vie chrétienne tendent à la haine de soi-même, au crucifiement de la chair, à l'anéantissement de l'orgueil, au renoncement aux plaisirs et aux intérêts. Vous, au contraire, vous prétendez défendre vos droits, venger une injure, conserver la haine, vous faire honorer, estimer, respecter ; vous voulez satisfaire votre ambition, posséder des richesses, flatter votre chair, vivre dans la joie et le bonheur ; ainsi tout vous rebute et vous déplaît en Jésus- Christ, qui a dit : « Heureux ceux qui souffrent, quipleu- « rent, qui sont persécutés ! Heureux ceux qui sont doux. « qui ont le cœur pur! Heureux les pauvres! Celui qui a m'aime doit porter sa croix et me suivre (i). »
3° Heureux celui qui ne prendra pas de moi un sujet de scandale I D'où vient que le monde, tout chrétien qu'il se dit, offre le triste spectacle de tous les désordres? C'est que le monde, en prenant le nom de chrétien, a conservé toutes ses maximes les plus contraires à l'Evangile, il craint plus de déplaire aux hommes qu'à Dieu, il rougit de Jésus-Christ en mille circonstances, il profane le jour consacré au Seigneur, il n'oserait paraître trop souvent au pied des autels ni fréquenter les sacrements , il ne soutiendra pas la religion contre les attaques des impies, il craint plus une raillerie que les menaces les plus terribles de Jésus-Christ ; enfin le monde veut des jours de plaisirs, des fêtes, des spectacles défendus par Jésus- Ci) Malth. o.
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Christ. Voilà comment les mœurs, les usages, les maximes du monde tendent chaque jour à corrompre ce qui reste encore du christianisme parmi les hommes. On veut faire ce qu'un grand nombre se permet, et peu à peu la foi disparaît d'ici-bas. 0 Seigneur, imprimez en moi une haute estime des humiliations et des croix : ne permettez pas que je sois le persécuteur des maximes saintes que vous nous avez léguées par vos exemples et par vos paroles. Je vous suivrai, Sauveur Jésus, partout où vous irez.
IIIe Point. — Abimélech, se plaçante la tête de son armée, disait à ses soldats : « Vous ferez tout ce que vous « me verrez faire ; » puis, prenant une branche de bois, il la mit sur son épaule. Jésus-Christ, portant sa croix, nous fait la même recommandation. Il veut que nous portions notre croix ; elle est moins lourde que nous ne le pensons.
1° Celui qui veut me suivre doit se renoncer lui-même, prendre sa croix et la porter. C'est notre général qui parle ainsi ; refuserons-nous de porter l'étendard de son ignominie, dit l'apôtre, quand il nous ouvre la voie ? Si notre chef est couronné d'épines, nous qui sommes ses membres voudrons-nous paraître mous et délicats? « Courons, a ajoute l'apôtre, au combat qui nous est proposé, consia dérant Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi, « qui a préféré la croix à la joie qu'on lui proposait; rap- « pelons-nous celui qui a souffert tant d'adversités pour « des pécheurs. J'en jure par le Seigneur, ô mon Roi. « moi qui suis votre serviteur, je vous suivrai partout, à « la vie et à la mort. » En effet, « nous sommes les héri- « tiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus- Christ, pourvu « que nous souffrions avec lui pour être glorifiés avec « lui. » On ne parvenait au trône de Salomon qu'en passant par un escalier rouge, dit l'Epouse. On ne parvient au trône de Jésus-Christ que par un chemin de souffrances et de sang. Jésus mon Seigneur, allez dosant moi, je vous suivrai comme un enfant, selon mes forces.