‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 67 sur 212 · LUNDI DE LA QUIXQUAGÉSIME · texte numérisé non relu

LUNDI DE LA QUIXQUAGÉSIME

De la luxure.

Prosterné aux pieds de Marie, priez ainsi : Mère trèspure, préservez mon corps et mon âme de toute impureté.

(( Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va « par des lieux arides cherchant le repos ; mais, n'en « n'en trouvant pas, il dit: Je retournerai dans ma maison (1). » Saint Augustin remarque que l'esprit impur se trouve dans trois états différents, qui sont autant de degrés d'impureté : d'abord, l'aiguillon de la chair ; en second lieu, l'incendie ou la fureur des passions ; enfin, les chaînes d'une vieille habitude. La volonté perverse en fait une passion ; en s'abandonnant à la passion, elle devient une habitude, et lorsqu'on ne résiste pas à l'habitude, elle devient une nécessité. Opposez-vous donc aux commencements (2) : au commencement de la tentation, parce qu'il n'y en a point de plus dangereuse, ou du moins au commencement de la passion, car il n'y en a point de plus criminelle, ou enfin au commencement de l'habitude, car il n'y en a point de plus fatale.

Ier 'Point. — Chacun est tenté par sa propre concupiscence, qui l'emporte et l'attire au mal ; ensuite, quand la concupiscence a conçu, elle enfante le péché, et le péché, étant consommé, engendre la mort (3). Lorsque la chair désire ce qui est contraire à l'esprit, il ne saurait y avoir une mort plus prompte, un péché plus dangereux et plus pénétrant, une concupiscence plus entraînante et une tentation plus fréquente. Aussi saint Grégoire enseigne que ce vice détestable met tout le genre humain dans le plus grand danger.

1° Dans cette espèce de péché il n'y a jamais légèreté de matière ; les théologiens enseignent qu'il ne peut devenir léger que par le défaut de réflexion suffisante ou de résistance. Si la pensée mauvaise cause du plaisir, quoique l'on n'ait aucune volonté de commettre le péché, pourvu qu'il y ait entier consentement, la faute est grave, elle donne la mort. « Quiconque regardera « une femme pour la désirer a déjà commis le crime

(!) Matth. 12. — (2) Principiis obsta. — (5) Jnc. i.

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« dans son cœur (i), » dit le Sauveur. Tout plaisir de la chair, si on néglige de le réprimer sévèrement ou qu'il ne devienne pas légitime par le mariage, entraîne dans un danger extrêmement prochain de péché mortel et conduit promptement dans le bourbier de tous les vices. Aussi l'apôtre défend même de nommer quelque impureté que ce soit, comme il convient à des saints (2).

Vous demandez à qui ce péché fait injure, comme si la pudeur ne consistait que dans l'intégrité de la chair et l'horreur de la fornication. A qui ? dit Tertullien; à votre propre chair, que vous déshonorez honteusement en commençant parles moindres crimes et en tombant ensuite dans les excès les plus honteux. Une pudeur naturelle nous apprend assez que tout ce qui vient de la luxure est immonde et impur, la conscience vous le crie les ténèbres même le proclament. « Tout autre péché que « l'homme commet est hors de son corps, mais celui a qui commet la fornication pèche contre son propre « corps (3). » A qui? à votre âme, qui est née pour commander et pour gouverner, et vous, renversant Tordre de la raison, vous l'abaissez jusqu'à obéir à la chair, dit saint Augustin. Dans les autres passions, l'âme est vaincue par elle-même ; mais ici, chose vraiment honteuse ! elle, qui est faite pour résister au corps dont la nature lui est inférieure, elle se soumet à son empire. A qui? à la nature humaine, qui a été créée à l'image de Dieu, et que vous rendez informe et horriblement dissemblable d'elle-même en la comparant aux animaux sans raison. A qui? à la propagation du genre humain, qui exige une continence très-sévère. A qui? à votre Créateur, qui ne vous a pas appelé à ïimpureté, mais à la sainteté (4) ; à Celui dont les yeux sont purs et dont vous souillez le sein infiniment pur par vos actions honteuses. A pii? à votre Rédempteur, dont vous êtes le membre. Ne

|)Haltb. .5. — (2) Eph. a - 3 6 — (4) I Thcss. 4.

savez-vous pas que vos corps'sont les membres de Jésus- Christ ? Arracherai-je à Jésus-Christ ses membres pour en faire les membres d'une prostituée (1) ? A qui 1 à l'Esprit sanctificateur :« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple « de Dieu, et que l'Esprit saint habite en vous? Si quelce qu'un viole le temple de Dieu, Dieu le perdra.» A qui enfin? à la religion et à l'Eglise, envers laquelle vous violez vos serments les plus sacrés, les serments faits dans votre baptême et renouvelés si souvent.

2° Tout ce qui blesse la pudeur donne donc incontinent la mort. Ce péché dresse des embûches partout comme un voleur, et il tue impitoyablement tous ceux qu'il trouve sans précaution {%). Il ne se montre pas avec fracas comme la colère, mais il s'insinue et se glisse comme un serpent; il parcourt, sans qu'on s'en doute, tous les sens du corps, il mord dans le silence, et, comme l'aspic, il vomit son venin ; il s'insinue dans les veines par le badinage et la plaisanterie, par l'oisiveté et les occupations, par les chansons et les tableaux, par les livres et les lettres, par les discours et les réunions, par le luxe et le faste, par le boire et le manger, par le jeu et le sommeil; il vous agace et vous enveloppe dans ses filets. Il aime les festins et les délices; il prend feu dans le vin et allume des incendies par l'ivrognerie, dit saint Ambroise. Fuyez les assemblées où règne la licence comme on fuit devant un serpent redoutable ; fuyez les réunions secrètes, les regards et tout contact trop familier , les danses et les spectacles, qui sont, dit saint Jérôme, les indices d'une chasteté qui se meurt. Tout ce qui nourrit trop la chair et qui l'échauffé, attire et provoque la luxure.

3° Il n'y a point aussi de péché pour lequel la concupiscence ait autant d'inclination ni un penchant aussi fort que pour celui dont nous parlons, carnous pouvons facilement nous préserver des autres vices, dit saint Jérôme. Cet en-

(1) I Cor 6. — (2; Pror. 23.

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